MACVAL

Le MACVAL est ouvert tous les jours de la semaine sauf le lundi:
du mardi au vendredi de 10 h à 18 h
le week-end et jours fériés de 12 h à 19 h.

Fermeture les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

tél. : 01 43 91 64 20
fax : 01 79 86 16 57

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Place de la Libération
94400 Vitry-sur-Seine

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Martin Barré

Spray sur toile, 113 x 105 cm. Collection MAC/VAL, musée d’art contemporain du val-de-Marne.

C’est pas beau de critiquer ?

Carte blanche au critique d’art qui nous offre un texte personnel, subjectif, amusé, distancié, poétique… critique sur l’œuvre de son choix dans la collection du MAC/VAL. C’est pas beau de critiquer ? Une collection de « commentaires » en partenariat avec l’AICA/Association internationale des Critiques d’Art.

Martin BARRÉ, 67-AZ-2, 1967

Une énergie saisie au vol
En 1968, sur le boulevard Saint-Germain, dans une galerie où j’avais mes habitudes, je découvris une série de tableaux, tous de format carré, dont les fonds blancs semblaient livrés au jeu aérien de quelques noirs agissant comme par effraction. Ces tableaux, je le découvris rapidement, étaient réalisés à la bombe aérosol. Pas de coups de pinceaux, pas de constructions affirmant la vieille autorité de l’expérience picturale ; mais des gestes rapides qui apportaient un écho hors nature aux premiers graffitis aperçus, à l’époque, dans le métro. Réunis sous un intitulé collectif, Zèbres, qui disculpait la peinture de toute ambition de composition, ces œuvres imposaient le secret de leur motivation.

Par la combinaison des tracés fixant des trajectoires obliques, par la platitude de ceux ci, le procédé retenu par l’artiste jouait l’évidence, et dans le même suggérait qu’il était le résultat d’une savante perversion. Avouant par ses bombages, des règles au demeurant simples, Martin Barré parvenait à ce tour de force : bâtir des œuvres d’une grande force, d’une exceptionnelle énergie en cherchant dans le même temps à ne pas œuvrer. En recourant à la rapidité du bombage, le système utilisé n’était cependant pas une réduction, bien au contraire. Car ce qui était capté dans les toiles très immobiles, c’était bien la question de la condition des formes dans l’espace, leur secrète vitesse, leur pensée-vibration.

67-AZ –2 avec son nom glacé d’inventaire nous amène à penser que l’œuvre a été conçue en dehors de toute norme subjective, dans une dimension qui brise toute hiérarchie sur laquelle le sensible intervient. Cette œuvre appartient à la série des zébrures. Celles-ci, au nombre de douze, y sont assez denses, sans pour autant couvrir la totalité de la surface. Douze projections picturales traçant des simulacres de parallèles et trouvant dans l’approximation de leur orientation linéaire, un tremblé, un frémissement sensoriel qui coupe court à l’illusionnisme spatial. On dirait que l’artiste a choisi justement de traiter l’absurde des conventions les plus simples qui veulent que les lignes soient parfaitement tracées, que des obliques ne se rencontrant en aucun point soient parallèles, et que la maîtrise du tracé soit le résultat d’un geste pensé. Ici, les imperfections relevées dans l’organisation des lignes sont le motif essentiel de la démarche du peintre. Elles sont pour lui un moyen de doter les linéaments de quelque chair : celle du mouvement relativement brusque qui les ont engendrés.

En élaborant un système qui intègre volontairement l’accident, Martin Barré nous rappelle au passage qu’il n’est pas géomètre et que dans ses variations, il s’agit bien pour lui d’éprouver la tension de noirs poreux, vaporisés sur des fonds blancs, de mettre l’accent sur la dépendance réciproque des toiles par des marquages diagonaux, et non de calculer des ordres ni même de quantifier des qualités. Chaque tracé, chaque orientation, chaque rapport, chaque complément , chaque dimension : tout ce que l’oeil est capable de percevoir et le cerveau d’analyser, n’est finalement rien d’autre que ce qui est perçu et analysé. Il n’y a chez Martin Barré aucune intention d’en finir avec quoi que ce soit. Les marquages obliques ne portent pas le deuil de la forme patiemment élaborée, ils formulent simplement une demande d’attention. Ce n’est pas seulement la rapidité du passage qui se donne à voir, mais une liberté favorisant un nouveau mode d’apparition de l’espace peinture.

Détaché de tout sujet, de toute règle autoritaire, 67-AZ-2 révèle quelque chose qui appartient à la méthode de Martin Barré : une émotion intérieure à l’objet-tableau. Une émotion, comme un affleurement de ce qui n’est pas fixe, de ce qui paraît une énergie saisie au vol. Une émotion, à comprendre quand survient autre chose que la stabilité et que des énergies immédiates, attachées à un peu de matière, poussent à l’accomplissement l’expérience de la légèreté.

Anne Tronche

C’est pas beau de critiquer ?

Carte blanche au critique d’art qui nous offre un texte personnel, subjectif, amusé, distancié, poétique… critique sur l’œuvre de son choix dans la collection du MAC/VAL. C’est pas beau de critiquer ? Une collection de « commentaires » en partenariat avec l’AICA/Association internationale des Critiques d’Art.

Martin BARRÉ, 67-AZ-2, 1967

Une énergie saisie au vol
En 1968, sur le boulevard Saint-Germain, dans une galerie où j’avais mes habitudes, je découvris une série de tableaux, tous de format carré, dont les fonds blancs semblaient livrés au jeu aérien de quelques noirs agissant comme par effraction. Ces tableaux, je le découvris rapidement, étaient réalisés à la bombe aérosol. Pas de coups de pinceaux, pas de constructions affirmant la vieille autorité de l’expérience picturale ; mais des gestes rapides qui apportaient un écho hors nature aux premiers graffitis aperçus, à l’époque, dans le métro. Réunis sous un intitulé collectif, Zèbres, qui disculpait la peinture de toute ambition de composition, ces œuvres imposaient le secret de leur motivation.

Par la combinaison des tracés fixant des trajectoires obliques, par la platitude de ceux ci, le procédé retenu par l’artiste jouait l’évidence, et dans le même suggérait qu’il était le résultat d’une savante perversion. Avouant par ses bombages, des règles au demeurant simples, Martin Barré parvenait à ce tour de force : bâtir des œuvres d’une grande force, d’une exceptionnelle énergie en cherchant dans le même temps à ne pas œuvrer. En recourant à la rapidité du bombage, le système utilisé n’était cependant pas une réduction, bien au contraire. Car ce qui était capté dans les toiles très immobiles, c’était bien la question de la condition des formes dans l’espace, leur secrète vitesse, leur pensée-vibration.

67-AZ –2 avec son nom glacé d’inventaire nous amène à penser que l’œuvre a été conçue en dehors de toute norme subjective, dans une dimension qui brise toute hiérarchie sur laquelle le sensible intervient. Cette œuvre appartient à la série des zébrures. Celles-ci, au nombre de douze, y sont assez denses, sans pour autant couvrir la totalité de la surface. Douze projections picturales traçant des simulacres de parallèles et trouvant dans l’approximation de leur orientation linéaire, un tremblé, un frémissement sensoriel qui coupe court à l’illusionnisme spatial. On dirait que l’artiste a choisi justement de traiter l’absurde des conventions les plus simples qui veulent que les lignes soient parfaitement tracées, que des obliques ne se rencontrant en aucun point soient parallèles, et que la maîtrise du tracé soit le résultat d’un geste pensé. Ici, les imperfections relevées dans l’organisation des lignes sont le motif essentiel de la démarche du peintre. Elles sont pour lui un moyen de doter les linéaments de quelque chair : celle du mouvement relativement brusque qui les ont engendrés.

En élaborant un système qui intègre volontairement l’accident, Martin Barré nous rappelle au passage qu’il n’est pas géomètre et que dans ses variations, il s’agit bien pour lui d’éprouver la tension de noirs poreux, vaporisés sur des fonds blancs, de mettre l’accent sur la dépendance réciproque des toiles par des marquages diagonaux, et non de calculer des ordres ni même de quantifier des qualités. Chaque tracé, chaque orientation, chaque rapport, chaque complément , chaque dimension : tout ce que l’oeil est capable de percevoir et le cerveau d’analyser, n’est finalement rien d’autre que ce qui est perçu et analysé. Il n’y a chez Martin Barré aucune intention d’en finir avec quoi que ce soit. Les marquages obliques ne portent pas le deuil de la forme patiemment élaborée, ils formulent simplement une demande d’attention. Ce n’est pas seulement la rapidité du passage qui se donne à voir, mais une liberté favorisant un nouveau mode d’apparition de l’espace peinture.

Détaché de tout sujet, de toute règle autoritaire, 67-AZ-2 révèle quelque chose qui appartient à la méthode de Martin Barré : une émotion intérieure à l’objet-tableau. Une émotion, comme un affleurement de ce qui n’est pas fixe, de ce qui paraît une énergie saisie au vol. Une émotion, à comprendre quand survient autre chose que la stabilité et que des énergies immédiates, attachées à un peu de matière, poussent à l’accomplissement l’expérience de la légèreté.

Anne Tronche

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