
Le travail de l’artiste SMITH est immédiatement reconnaissable : réalisé à l’aide de caméras thermiques, il classe le monde en nuances de rouge, d’orange et de bleu, selon qu’un corps chaud passe, ou non, sous l’œil de son appareil. La vision infrarouge ou thermique appartient à ces généalogies tortueuses qui croisent histoire du cinéma et techniques de surveillance dans une « logistique de la perception » au dos de laquelle on n’est bien jamais sûres de ce que l’on va trouver…
À l’occasion de l’exposition consacrée à SMITH par le MAC VAL, les Écrans ont voulu voir ces machines qui éprouvent le chaud et le froid, qui lorgnent jusque dans les corps, qui savent reconnaître et poursuivre. Ce programme se fera en compagnie d’artistes qui se sont emparées de ces technologies opératoires – au premier rang desquels SMITH avec UNDA (2016) – pour remonter le fil de cette tentation de faire du
cinéma avec du matériel médical, policier ou militaire.
Au commencement, il y avait la lumière, et par conséquent, le positif et le négatif que manie Paolo Gioli dans Secondo il mio occhio di vetro (1971). Puis il y a eu les spectres sombres au milieu de villes suréclairées par les images de surveillance (A Lack of Clarity, Stefan Kruse, 2020). Et tout autour, les images thermiques et leurs dégradés de couleur qui servent parfois à révéler ce qui est ordinairement invisible : le travail domestique (Warm Objects, Peggy Ahwesh, 2007), les bouffées de chaleur (Haute Flash, Marne Lucas, 2018) ou encore la respiration d’un arbre (Dendromité, Karine Bonneval, 2017).
Occitane Lacurie
👉 14h : Ici grand ouvert
Visite guidée de l’exposition de l’artiste SMITH “Ici grand ouvert” au MAC VAL
👉 15h15 : Images chauffées à blanc, projection de six films à l’auditorium du MAC VAL
— Secondo il mio occhio di vetro
Paolo Gioli, 1971, Italie,13’
Se masquant le regard des horreurs du monde, l’artiste, présent à l’image dès le début du film dans le rôle de l’homme à la caméra, a troqué son œil, pour un œil de verre, facétieux, fantasmatique, onirique. Autoportrait d’un Gioli qui hurle au son des percussions. Le film est alternance d’ombre et de lumière, de positif et de négatif, mais il est résolument sous le signe de l’art africain, du masque, du visage décomposé en facettes.
— A Lack of Clarity
Stefan Kruse, 2020, Danemark, 23’
L’éclairage public traverse la nuit d’une ville moderne. Un écran d’ordinateur maintient l’espace urbain dans un état d’insomnie permanent, où le jour et la nuit ne se distinguent plus. À partir de vidéos de caméras thermiques trouvées en ligne, A Lack of Clarity questionne l’extension des technologies de surveillance dans la ville contemporaine.
— Warm Objects
Peggy Ahwesh, 2007, Etats-Unis, 6’
Des moments domestiques, des activités quotidiennes ordinaires et des scènes de rue filmées avec une caméra infrarouge généralement utilisée pour ses applications militaires et l’espionnage, visant à commenter notre complicité / passivité sur la guerre en Irak et l’état d’angoisse des citoyens Américains.
— Haute Flash
Marne Lucas, 2018, Etats-Unis, 7’
Un court-métrage expérimental en infrarouge (IR) sur la transition hormonale de la ménopause. Tourné entièrement avec une lunette de visée infrarouge de qualité militaire, le réticule est visible tout au long du film, faisant référence à la sensation ciblée de changements hormonaux radicaux ressentie tout au long de la périménopause.
— Dendromité
Karine Bonneval, 2017, France, 10’
Dendromité cherche à mettre en relation la respiration d’un corps humain et celle d’un arbre. L’espace du film s’inspire des chambres de mesure qui permettent d’isoler une zone du végétal afin d’enregistrer puis d’analyser ses échanges gazeux avec l’atmosphère, et des protocoles scientifiques qui en découlent.
— UNDA
SMITH, 2016, France, 13’
À Paris, tous les cent ans, la Seine est en crue. Le grand magasin La Samaritaine surplombe la rivière. Dans l’enceinte secrète du bâtiment, le temps s’est effondré, entre passé et futur, entre destruction et reconstruction. Dans cet espace intemporel, une conscience est née. Elle s’appelle Unda. Une femme sans corps, réveillée par les mouvements de la rivière agitée par la lune.
