Veit Stratmann

Du 26 juin 2009

L’artiste d’origine allemande, Veit Stratmann, imagine pour le MAC VAL une œuvre inédite. À la fois monumentale et discrète, son installation se déploie sur plus de 800 mètres carrés dans les espaces de circulation du musée. Près d’une soixantaine de néons retenus en l’air par des filins créent un ciel lumineux artificiel et transfigurent radicalement les plafonds du musée, invitant ainsi le public à renouveler son appréhension de l’espace.

Mot du commissaire de l’exposition

Les interventions de Veit Stratmann sont d’une relative neutralité (ici, des néons distribués dans les espaces de circulation du musée en guise de plafond lumineux, fonctionnel et opérateur du regard), elles passent parfois inaperçues, optant, comme le signale Michel Gauthier dans un article consacré au travail de l’artiste, « pour un design qui rend l’objet plausible au regard de sa fonctionnalité ».

Le projet « Au MAC VAL » présente 64 modules lumineux suspendus au plafond du hall d’entrée, depuis l’espace entre le restaurant et l’auditorium, en passant par l’espace du couloir en pente entre le hall d’entrée et le vestibule bas. Les modules se composent chacun d’une unité lumineuse – une réglette, un tube fluorescent d’une longueur de 150 cm – et d’un moteur. Les éléments lumineux sont suspendus depuis le moteur à l’aide de deux câbles. Les moteurs sont logés dans des éléments tubulaires fixés au plafond. Les éléments lumineux sont simultanément entraînés tous les jours par les moteurs dans un mouvement de 45°. Ce mouvement s’effectue, à partir d’une position initiale en direction nord/sud, à 16 h.

Alors que Jacques Ripault, l’architecte du musée, envisage la pente du terrain comme une invitation physique faite au visiteur pour le conduire aux œuvres, Veit Stratmann est marqué par les grandes portes vitrées de l’édifice, par lesquelles on entre et sort, mais à travers lesquelles notre regard est happé par la large allée extérieure qui traverse le jardin en sa profondeur. Seulement, l’élan est aussitôt brisé par la grille au bout de l’allée, dont rien n’explique la présence – sauf peut-être qu’elle bouche une ouverture du jardin, initialement prévue mais non réalisée.

Veit Stratmann nous raconte : « Dans le grand hall d’entrée, deux options sont possibles. Me diriger vers la librairie et le restaurant ou me tourner vers les espaces d’exposition. La même chose se répète, une fois que j’ai pris la décision de me tourner vers les espaces d’exposition. Il faut choisir entre la collection permanente, à gauche, et les expositions temporaires, à droite. Il me semble parfois que les différentes composantes fonctionnelles et spatiales du musée se tournent le dos et que je déambule en permanence dans une faille d’espace.
Un autre élément m’a également frappé très tôt : l’enclos rectangulaire qui ordonne le jardin. Si j’ai bien compris, le Conseil général, lors de l’acquisition du terrain pour le futur MAC VAL, n’a pu acquérir le terrain qui est maintenant matérialisé par l’enclos. Et, visiblement, la forme du MAC VAL est en grande partie conditionnée par cette impossibilité. Après le décès des propriétaires du terrain, le lot “absent” a pu tout de même être acquis et intégré dans le parc du MAC VAL, devenu depuis le jardin Michel Germa.
Mais il a été décidé de re-matérialiser le “lot absent” en délimitant sa surface sur trois côtés par des murets, et sur le quatrième par un plan d’eau. Il devient alors un enclos, sans autre raison d’être apparente que celle de constituer un élément décoratif du jardin. Ainsi la relation entre le bâtiment et le “lot absent devenu enclos” se trouve-t-elle à la fois inversée et neutralisée. L’enclos devient un élément d’une qualité étonnante, contradictoire en soi : il flotte dans l’espace sans lien avec ce qui l’entoure et ordonne en même temps, par sa taille et sa matérialité ostentatoire, tous les mouvements dans l’espace vert. Face à tous ces phénomènes, j’ai en permanence l’impression d’évoluer dans une sorte de faille meuble et élastique. Je me sens hors contexte, incapable d’assumer une posture cohérente face à mon environnement.
En éclairant son intérieur, les modules lumineux centrent le bâtiment sur lui-même et retiennent les regards des personnes circulant dans le hall. Mais à partir de leur position initiale nord sud, l’alignement des modules n’est jamais parallèle à un axe du bâtiment, aussi ouvrent-ils toujours le bâtiment vers l’extérieur, vers ce qu’il n’est pas. Ils renvoient donc en même temps toujours les regards dehors. Comme leur fonction d’éclairage du hall et leur rôle de déflecteur du regard sont contradictoires, il est impossible de regarder les modules dans ces deux “affectations” à la fois. Un choix dans la qualité du regard doit être opéré, tout en sachant qu’aucune des deux alternatives ne peut être considérée comme la bonne. »

Frank Lamy

Présentation

L’artiste d’origine allemande, Veit Stratmann, imagine pour le MAC VAL une œuvre inédite. À la fois monumentale et discrète, son installation se déploie sur plus de 800 mètres carrés dans les espaces de circulation du musée. Près d’une soixantaine de néons retenus en l’air par des filins créent un ciel lumineux artificiel et transfigurent radicalement les plafonds du musée, invitant ainsi le public à renouveler son appréhension de l’espace.

Comme le sculpteur ou l’architecte, Veit Stratmann s’approprie l’histoire intime du musée d’art contemporain du Val-de-Marne pour démultiplier du sens à partir de la déclinaison d’un module lumineux. Chez Stratmann, il y a souvent la tentation de fabriquer de l’ambiguïté, l’œuvre se réduirait-elle à un geste plastique ? Comment le visiteur perçoit-il ces objets, ces œuvres ? Contaminant les espaces de circulation, il déploie son installation de façon mécanique, tel un ballet, pris au piège de la logique inhérente à la forme. Par ce biais, l’artiste interroge les affirmations de l’architecture et propulse le visiteur au coeur de l’œuvre.

« L’artiste Veit Stratmann réalise des structures qui utilisent le plus souvent un vocabulaire formel standard et discret issu du répertoire industriel. De fait, quoi de plus ordinaire que des tubes fluorescents disposés en rangées parallèles dans un espace public ? Quoi de plus banal que cet élément fonctionnel courant ? La fonctionnalité est en effet une problématique récurrente dans travail de Veit Stratmann. Bon nombre de ses structures incluent une fonction : un déplacement, une assise, un appui, un passage. Cette caractéristique le distingue fondamentalement des artistes minimalistes des années 60 avec lesquels il semble pourtant partager certains points communs : le goût pour les formes élémentaires, les structures simples et répétitives, les alignements succincts, les matériaux et les objets industriels préexistants. Veit Stratmann apprécie ainsi la forme rudimentaire de ces tubes non conçus par l’artiste mais produits en usine.
Il considère la qualité éphémère et transitoire de ces supports lumineux qu’il souhaite voir s’éteindre lorsque le musée ferme, car, pour l’artiste, il importe de conserver la fonction mais aussi l’emplacement habituel de ces lampes. Les tubes sont suspendus dans les espaces de circulation du musée et non disposés dans les galeries d’exposition. Veit Stratmann cherche ainsi à adhérer aux lieux, ses codes, son vocabulaire pour mieux en révéler les qualités impalpables.
Afin d’ « activer » cette recherche, Veit Stratmann attribue à son installation une fonction supplémentaire : la mobilité. L’ensemble de ces tubes tourne en effet chaque nuit d’un quart de tour, pointant ainsi une direction différente. La fonction se dédouble : élément fixe, il s’ajoute à l’espace, l’absorbe, pour mieux en affirmer la vacuité. Objet mobile, il désoriente notre perception des lieux, en dissout la cohérence en créant un vide supplémentaire, « une zone dans laquelle le regard ne s’arrête plus » (dixit l’artiste). »

Véronique Souben

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Oeuvre

Le projet « Au MAC VAL » présente 64 modules lumineux suspendus au plafond du hall d’entrée, depuis l’espace entre le restaurant et l’auditorium, en passant par l’espace du couloir en pente entre le hall d’entrée et le vestibule bas. Les modules se composent chacun d’une unité lumineuse – une réglette, un tube fluorescent d’une longueur de 150 cm – et d’un moteur. Les éléments lumineux sont suspendus depuis le moteur à l’aide de deux câbles. Les moteurs sont logés dans des éléments tubulaires fixés au plafond. Les éléments lumineux sont simultanément entraînés tous les jours par les moteurs dans un mouvement de 45°. Ce mouvement s’effectue, à partir d’une position initiale en direction nord/sud, à 16 h.

« Au MAC VAL »
Vue de « Au MAC VAL », exposition de Veit Stratmann, 2009.
Photo Jacques Faujour
© Adagp, Paris 2012.
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« Au MAC VAL »
Vue de « Au MAC VAL », exposition de Veit Stratmann, 2009.
Photo Jacques Faujour
© Adagp, Paris 2012.
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Eléments Biographiques

Veit Stratmann
Né en 1960 à Bochum (Allemagne)
Vit et travaille à Paris.

Expositions personnelles
(sélection.)

2009 « Au MAC VAL », MAC VAL, musée d’art contemporain du Val-de-Marne, Vitry-sur-Seine, France.

2008
« Veit Stratmann », Centre d’art Clark, Montréal, Canada.

2007
« Veit Stratmann », Fondation Serralves, Porto, Portugal.

2005
« Für den Alten Garten », Staatliches Museum, Schwerin, Allemagne.

2003
« A Saint Nazaire », Le Grand Café, Saint Nazaire, France.

2002
« Das Element für die Strasse », neues Model, Badischer Kunstverein, Kalsruhe, Allemagne.

2001
« Veit Stratmann », Musée des Moulages, Université Lumière, Lyon, France.
« Veit Stratmann », Chapelle du Geneteil, Château-Gontier, France.

2000 « Les devantures de la Rue Saint Gilles », Galerie Chez Valentin, Paris, France.

1998
« La façade de la galerie », Galerie Roger Tator, Lyon, France.

1996
« L’élément pour la ville », Galerie Arndt & Partner et Künstlrhaus Bethanien, Berlin, Allemagne.

1995
« Déposition 3 », Galerie The Anderson, Richmond, USA.

1994
Fondation Joan Miro, Barcelone, Espagne.
« Déposition 1 », W139, Amsterdam, Pays-Bas.

1990
« Art Cologne, Förderkoje », Galerie Ernesto & Krips, Cologne, Allemagne.

1989
« Fossé », Ruine der Künste, Berlin, Allemagne.