MACVAL

Le MACVAL est ouvert tous les jours de la semaine sauf le lundi:
du mardi au vendredi de 10 h à 18 h
le week-end et jours fériés de 12 h à 19 h.

Fermeture les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

tél. : 01 43 91 64 20
fax : 01 79 86 16 57

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94400 Vitry-sur-Seine

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Elina Brotherus

Large de vue, hommage
à Erik Satie (détails)
2006
45 Tirages argentiques couleur sur papier, contrecollés sur aluminium anodisé et encadrés avec verre gravé,
30,1x35,6 cm (chaque)
Collection MAC/VAL,
musée d’art contemporain
du Val-de-Marne.
Acquis avec la participation
du FRAM Île-de-France.
Photo © Jacques Faujour.

Notice :

Elina Brotherus commence au milieu des années 1990 son exploration photographique du monde par des autoportraits. Puis, se détachant peu à peu de la traduction d’une individualité et élargissant sa pratique, elle présente le corps en tant que figure universelle et travaille la thématique du paysage. Pour poser son cadre, elle privilégie les décors de pleine nature ou encore des intérieurs austères, propices à la création d’images épurées et très composées.

À la recherche de la synthèse d’un lieu et d’une situation, l’artiste se concentre sur les éléments premiers constitutifs des images : la lumière, l’espace et le temps. Diplômée à la fois en art et en chimie analytique, Elina Brotherus développe une approche de la photographie empreinte de méthode scientifique – la rigueur de la série, la pratique de l’observation minutieuse – pour composer des œuvres pleines d’une approche intime du monde. « Les paysages sont des trouvailles », révèle-t-elle à propos de sa démarche. Simultanément sur le motif et chargée de références, Large de vue, Hommage à Erik Satie est une installation de quarante-cinq photographies mises en relation en une longue frise et associées systématiquement à des mots gravés sur le verre du cadre qui les protège. Pour cette œuvre, Elina Brotherus a emprunté à Erik Satie les intentions de jeu détaillées et fantasques indiquées sur sa partition Aperçus désagréables, une pièce pour piano à quatre mains créée en 1912. Cette association de mots à des nus, à des paysages provoque des correspondances sensibles, crée des passerelles entre les perceptions. Les photographies de Large de vue, à la manière des peintures romantiques, dégagent l’expression d’une profonde intériorité.

Elina Brotherus cite volontiers Caspar David Friedrich, qui peignit si souvent l’homme en contemplateur de la nature et de ses phénomènes, questionnant de manière métaphorique notre place dans le monde. Cependant, si le travail de composition d’Elina Brotherus semble comparable, la sensation d’écoulement temporel y est toute différente, moins suspendue. L’exposition en série inscrit les photographies dans une forme de déroulement proche de la temporalité musicale, rythmique.

Ainsi, Elina Brotherus réorchestre les grands genres classiques de la peinture, mêlant à la douceur du temps qu’il fait et qui passe dans ses œuvres la représentation métaphorique d’une frontalité face au monde… large de vue.

M.G.

C’est pas beau de critiquer ?

« Carte blanche au critique d’art qui nous offre un texte personnel, subjectif, amusé, distancié, poétique… critique sur l’œuvre de son choix dans la collection du MAC/VAL.. C’est pas beau de critiquer ? Une collection de « commentaires » en partenariat avec l’AICA/Association Internationale des Critiques d’Art. »

Elina BROTHERUS, Large de vue, Hommage à Erik Satie, 2006

« Elina Brotherus et le paysage dépeuplé » On parle d’images « saisissantes » et cette idée m’est revenue à l’esprit, quand je fus arrêté net par la série de photographies d’Elina Brotherus Large de vue, Hommage à Erik Satie (2006).

L’analogie musicale est voulue, évidemment, et peut-être même la répartition des quarante-cinq images sur trois pans de mur, rappelant la prédilection d’Erik Satie pour les trilogies, comme les Trois morceaux en forme de poire, et pour les titres aussi saugrenus que Vexations ou Embryons desséchés. En outre, en s’approchant des images, on s’aperçoit, surtout si on les regarde par en dessous pour éviter les reflets de l’éclairage au plafond, qu’elles sont toutes sous verre et que chacune porte (comme beaucoup de partitions de Satie) une instruction ou autre indication ici gravée sur la vitre, par exemple « dire », « souriez », « avec plaisir », « noblement », parfois malicieusement décalée par rapport à l’image placée derrière. Une photographie de l’artiste se tenant la tête dans la main s’accompagne ainsi de la mention « retenir », tandis qu’un paysage brumeux serait « visible » et un bord de mer « à voir ».
Les effets de couleur et la position du personnage dénotent, comme toujours chez Elina Brotherus, une sensibilité esthétique ancrée dans la tradition de la peinture occidentale. Le modèle incontournable est fourni par le peintre romantique allemand Caspar David Friedrich : son Voyageur contemplant une mer de nuages (1818) représente un personnage solitaire dont la silhouette se découpe sur un ciel d’aurore ou de crépuscule (c’est difficile à déterminer), au sommet d’un piton rocheux qui perce la nappe de brume en contrebas. Friedrich, on le sait, a dématérialisé le paysage pour tenter de peindre non pas vraiment ce qu’il avait sous les yeux, mais plutôt ce qu’il voyait à l’intérieur de lui-même et qu’il a cherché à transposer. Si Elina Brotherus est, à l’instar de Friedrich, en communion affective avec la nature, elle s’attache davantage aux ambiances éphémères de celle-ci qu’à sa dimension sublime « éternelle ». Un degré analogue de subjectivité imprègne ses œuvres, même lorsque la présence humaine s’y fait tout juste sentir en creux, sans qu’elle ait l’air d’adhérer pour autant à un quelconque système de croyance. Les images de l’artiste regardant par la fenêtre, assise sur un matelas, renvoient aussi l’écho d’un motif romantique assimilé depuis longtemps, accentuant le climat de solitude et d’introspection. Le principe de la série permet à Elina Brotherus de laisser une place à l’improvisation et aux effets fortuits. C’est ainsi qu’elle en est venue à explorer non seulement ses émotions les plus intimes, mais aussi les moyens de les transcrire du mieux possible. « J’offre un écran au spectateur, déclarait-elle déjà en 1999, à lui d’y projeter ses sentiments et ses désirs personnels. » Cela pourrait contribuer à expliquer sa focalisation grandissante sur les paysages de son enfance et sur leurs confins imaginaires. Toutes ses œuvres actuelles traduisent une sorte d’indifférence aux circonstances immédiates et tendent vers des formes musicales de thèmes et variations. Tels les compositeurs américains minimalistes, dont on dit souvent qu’ils se sont inspirés d’Erik Satie, elle refuse l’idée de progression linéaire, préférant tourner autour d’un thème, d’une atmosphère ou d’un argument indéfini, et y revenir ensuite sans jamais essayer d’imposer une conclusion ou d’arriver à un constat définitif. En abordant le paysage comme un prolongement de sa personne, et en y projetant ses émotions personnelles, Elina Brotherus fuit peut-être l’environnement surdéterministe, essentiellement masculin, de la grande ville industrielle. Dans cet accrochage temporaire au MAC/VAL, ses images tirent leur force de leur isolement quasi religieux par rapport à beaucoup d’œuvres présentées tout autour. Elles ont un fondement intellectuel, mais leur aspect est surtout dicté par une sensibilité esthétique et des préoccupations plastiques. Dans une institution qui s’est donné une mission ouvertement pédagogique, elles introduisent un répit, une respiration, un moment d’intensité et de désir. Peut-être teintées de nostalgie ou de regret, elles recèlent aussi l’espoir d’un ressourcement spirituel et d’une élévation vers quelque chose qui dépasse les bienfaits matériels d’une société organisée rationnellement. On fait une pause et on repart plus riche qu’avant.

Henry Meyric Hughes

Notice :

Elina Brotherus commence au milieu des années 1990 son exploration photographique du monde par des autoportraits. Puis, se détachant peu à peu de la traduction d’une individualité et élargissant sa pratique, elle présente le corps en tant que figure universelle et travaille la thématique du paysage. Pour poser son cadre, elle privilégie les décors de pleine nature ou encore des intérieurs austères, propices à la création d’images épurées et très composées.

À la recherche de la synthèse d’un lieu et d’une situation, l’artiste se concentre sur les éléments premiers constitutifs des images : la lumière, l’espace et le temps. Diplômée à la fois en art et en chimie analytique, Elina Brotherus développe une approche de la photographie empreinte de méthode scientifique – la rigueur de la série, la pratique de l’observation minutieuse – pour composer des œuvres pleines d’une approche intime du monde. « Les paysages sont des trouvailles », révèle-t-elle à propos de sa démarche. Simultanément sur le motif et chargée de références, Large de vue, Hommage à Erik Satie est une installation de quarante-cinq photographies mises en relation en une longue frise et associées systématiquement à des mots gravés sur le verre du cadre qui les protège. Pour cette œuvre, Elina Brotherus a emprunté à Erik Satie les intentions de jeu détaillées et fantasques indiquées sur sa partition Aperçus désagréables, une pièce pour piano à quatre mains créée en 1912. Cette association de mots à des nus, à des paysages provoque des correspondances sensibles, crée des passerelles entre les perceptions. Les photographies de Large de vue, à la manière des peintures romantiques, dégagent l’expression d’une profonde intériorité.

Elina Brotherus cite volontiers Caspar David Friedrich, qui peignit si souvent l’homme en contemplateur de la nature et de ses phénomènes, questionnant de manière métaphorique notre place dans le monde. Cependant, si le travail de composition d’Elina Brotherus semble comparable, la sensation d’écoulement temporel y est toute différente, moins suspendue. L’exposition en série inscrit les photographies dans une forme de déroulement proche de la temporalité musicale, rythmique.

Ainsi, Elina Brotherus réorchestre les grands genres classiques de la peinture, mêlant à la douceur du temps qu’il fait et qui passe dans ses œuvres la représentation métaphorique d’une frontalité face au monde… large de vue.

M.G.

C’est pas beau de critiquer ?

« Carte blanche au critique d’art qui nous offre un texte personnel, subjectif, amusé, distancié, poétique… critique sur l’œuvre de son choix dans la collection du MAC/VAL.. C’est pas beau de critiquer ? Une collection de « commentaires » en partenariat avec l’AICA/Association Internationale des Critiques d’Art. »

Elina BROTHERUS, Large de vue, Hommage à Erik Satie, 2006

« Elina Brotherus et le paysage dépeuplé » On parle d’images « saisissantes » et cette idée m’est revenue à l’esprit, quand je fus arrêté net par la série de photographies d’Elina Brotherus Large de vue, Hommage à Erik Satie (2006).

L’analogie musicale est voulue, évidemment, et peut-être même la répartition des quarante-cinq images sur trois pans de mur, rappelant la prédilection d’Erik Satie pour les trilogies, comme les Trois morceaux en forme de poire, et pour les titres aussi saugrenus que Vexations ou Embryons desséchés. En outre, en s’approchant des images, on s’aperçoit, surtout si on les regarde par en dessous pour éviter les reflets de l’éclairage au plafond, qu’elles sont toutes sous verre et que chacune porte (comme beaucoup de partitions de Satie) une instruction ou autre indication ici gravée sur la vitre, par exemple « dire », « souriez », « avec plaisir », « noblement », parfois malicieusement décalée par rapport à l’image placée derrière. Une photographie de l’artiste se tenant la tête dans la main s’accompagne ainsi de la mention « retenir », tandis qu’un paysage brumeux serait « visible » et un bord de mer « à voir ».
Les effets de couleur et la position du personnage dénotent, comme toujours chez Elina Brotherus, une sensibilité esthétique ancrée dans la tradition de la peinture occidentale. Le modèle incontournable est fourni par le peintre romantique allemand Caspar David Friedrich : son Voyageur contemplant une mer de nuages (1818) représente un personnage solitaire dont la silhouette se découpe sur un ciel d’aurore ou de crépuscule (c’est difficile à déterminer), au sommet d’un piton rocheux qui perce la nappe de brume en contrebas. Friedrich, on le sait, a dématérialisé le paysage pour tenter de peindre non pas vraiment ce qu’il avait sous les yeux, mais plutôt ce qu’il voyait à l’intérieur de lui-même et qu’il a cherché à transposer. Si Elina Brotherus est, à l’instar de Friedrich, en communion affective avec la nature, elle s’attache davantage aux ambiances éphémères de celle-ci qu’à sa dimension sublime « éternelle ». Un degré analogue de subjectivité imprègne ses œuvres, même lorsque la présence humaine s’y fait tout juste sentir en creux, sans qu’elle ait l’air d’adhérer pour autant à un quelconque système de croyance. Les images de l’artiste regardant par la fenêtre, assise sur un matelas, renvoient aussi l’écho d’un motif romantique assimilé depuis longtemps, accentuant le climat de solitude et d’introspection. Le principe de la série permet à Elina Brotherus de laisser une place à l’improvisation et aux effets fortuits. C’est ainsi qu’elle en est venue à explorer non seulement ses émotions les plus intimes, mais aussi les moyens de les transcrire du mieux possible. « J’offre un écran au spectateur, déclarait-elle déjà en 1999, à lui d’y projeter ses sentiments et ses désirs personnels. » Cela pourrait contribuer à expliquer sa focalisation grandissante sur les paysages de son enfance et sur leurs confins imaginaires. Toutes ses œuvres actuelles traduisent une sorte d’indifférence aux circonstances immédiates et tendent vers des formes musicales de thèmes et variations. Tels les compositeurs américains minimalistes, dont on dit souvent qu’ils se sont inspirés d’Erik Satie, elle refuse l’idée de progression linéaire, préférant tourner autour d’un thème, d’une atmosphère ou d’un argument indéfini, et y revenir ensuite sans jamais essayer d’imposer une conclusion ou d’arriver à un constat définitif. En abordant le paysage comme un prolongement de sa personne, et en y projetant ses émotions personnelles, Elina Brotherus fuit peut-être l’environnement surdéterministe, essentiellement masculin, de la grande ville industrielle. Dans cet accrochage temporaire au MAC/VAL, ses images tirent leur force de leur isolement quasi religieux par rapport à beaucoup d’œuvres présentées tout autour. Elles ont un fondement intellectuel, mais leur aspect est surtout dicté par une sensibilité esthétique et des préoccupations plastiques. Dans une institution qui s’est donné une mission ouvertement pédagogique, elles introduisent un répit, une respiration, un moment d’intensité et de désir. Peut-être teintées de nostalgie ou de regret, elles recèlent aussi l’espoir d’un ressourcement spirituel et d’une élévation vers quelque chose qui dépasse les bienfaits matériels d’une société organisée rationnellement. On fait une pause et on repart plus riche qu’avant.

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