Permanent Leak de Mircea Cantor
Yvon Lambert éditeur, 2016

« La galerie des quiproquos, le livre d’artiste en abrégé »

Du 10 février au 10 mai 2026

Depuis plus de 20 ans, le MAC VAL réunit une rare et remarquable collection de livres d’artistes (environ 800 pièces). Conservée au centre de documentation du musée, elle est enrichie et valorisée sous différentes formes (ateliers du livre d’artiste en écho aux collections permanentes ou aux expositions temporaires, présentations thématiques dans le cadre de médiations ou lors d’expositions dans des vitrines dédiées au centre de documentation…) chaque fois qu’il est possible, autrement dit autant qu’il est nécessaire. L’histoire du livre d’artiste est une excellente manière de circuler dans certaines problématiques de l’art contemporain tant ses accointances avec l’édition sous différentes formes sont nombreuses. Les artistes se nourrissent des revues, des manifestes, des tracts, des fanzines et prolongent, commentent, explicitent ou nuancent en créant des objets, souvent hybrides, que critiques et spécialistes nomment livres d’artistes.
La polysémie de ce médium est sujette à de fertiles quiproquos quant aux définitions, aux limites et aux manifestations de ce qui s’apparente à une pratique irremplaçable. Si le dénominateur commun est le livre, l’objet reste difficile à définir et ne peut l’être sans la preuve matérielle, ou par l’exemple. C’est pourquoi de fertiles discussions ou polémiques eurent lieu pour tenter de trouver un terme générique qui renvoie autant à une pratique qu’à une certaine conception du « facteur édition » et de la fonction dans l’art contemporain des multiples et de leur redéfinition.
À l’occasion du deuxième opus de l’exposition de la collection « Le genre idéal », une vingtaine d’ouvrages issus des fonds du centre de documentation du musée s’emparent à leur manière de la théorie des genres qui fut, dès l’origine, liée à des questions de rhétoriques, donc de lecture ou d’écriture. Durant les temps modernes, le livre joua un rôle essentiel pour conforter cette conception, tout comme à l’époque contemporaine le livre d’artiste sait jouer avec ses codes, ses attendus pour mieux les détourner et parfois les tourner en dérision. Aussi, chacun des livres d’artistes présenté est relié à un genre (la nature morte, le paysage, la scène de genre, le portrait, -le grand genre-, la peinture d’histoire, respectivement rebaptisés dans « Le genre idéal » : les biens, les horizons, les gestes, les gens, les heures). Mais, comme les œuvres des collections permanentes, ces catégories sont tantôt poreuses, tantôt fluides, tantôt insolites. Ces circulations sont autant d’invitations pour interroger les limites du genre : : le livre d’artiste pouvant s’affirmer comme le 6e des genres.
Anne Moeglin-Delcroix dans Esthétique du livre d’artiste (catalogue de l’exposition à la Bnf en 1997) fait le lien entre le livre d’artiste, son histoire et le principe de collections. L’autrice prend soin de rappeler que le livre d’artiste interroge moins les questions spatiales que celles du temps. Ce qu’elle nomme la suite matérielle des pages est une contrainte qui induit un déroulé, une temporalité dont les artistes aiment à s’affranchir. À ce rêve de synchronicité s’adjoint les ruses des artistes pour déjouer les principaux pièges du déroulé ou de la progression et donner, une fois encore, raison à l’énigmatique conseil de Stéphane Mallarmé : n’être pour aucune illustration.

Cette large présentation sera l’occasion de découvrir au musée la série « Référents » de Christophe Cuzin, ensemble d’estampes réalisée en 2003 de 70 sérigraphies produites en réponse à une question posée à l’artiste en 1995 par un groupe de l’Institut universitaire de formation des maîtres de Chartres : « Quels sont les artistes qui ont influencé votre travail ? »
En reprenant ses notes de ses années en tant qu’étudiant à l’École des Beaux-arts, l’artiste a établi une liste de 70 artistes. Chaque dessin est fait par ordinateur et imprimé en sérigraphie bi-chrome.

Galerie Bernard Jordan. Acquisition en 2024 avec l’aide de l’État et de la région Île-de-France dans le cadre du Fonds Régional d’Acquisition des Musées / FRAM.