Jesper Just

This Unknown Spectacle
Du 22 octobre au 5 février 2012
Vernissage le vendredi 21 octobre à partir de 18h30 au MAC/VAL

À l’automne 2011, le musée d’art contemporain du Val-de-Marne, à Vitry-sur-Seine, crée l’événement avec la première exposition monographique dans une institution en France du Danois Jesper Just.

Son commissaire, Frank Lamy, a invité ce jeune artiste à investir pendant quatre mois les salles d’expositions temporaires du musée en mettant en scène pas moins de six de ses films dont sa toute nouvelle production réalisée au cours de l’été à Paris, spécifiquement pour l’occasion : « This Nameless Spectacle »

Mot du commissaire de l’exposition

« … que c’est-il vraiment passé l’année dernière ? Voici les questions auxquelles vous, spectateur, aurez à répondre. Soyez attentif, un objet, un geste, un décor, une attitude, le moindre détail à son importance. Pour la première fois au cinéma, vous serez le co-auteur d’un film, à partir des images que vous verrez, vous créerez vous-même l’histoire, d’après votre sensibilité, votre caractère, votre humeur, votre vie passée. C’est à vous qu’il appartiendra de décider si cette image, ou celle-là, représente la vérité ou le mensonge, si cette image est réelle ou imaginaire, si cette image figure le présent ou le passé, tous les éléments vous seront donnés, à vous de conclure. »

Extrait de la bande-annonce du film « L’année dernière à Marienbad » Alain Resnais, 1961

Les films de Jesper Just distillent une ambiance trouble. Ils se construisent sur une étrangeté irrésolue. Déplaçant les codes et techniques du cinéma dans le champ des arts dits plastiques, manipulant et jouant des codes narratifs et autres conventions du genre, il nous entraîne dans un univers suspendu où la mécanique fantasmatique fonctionne à plein régime.

Le point de départ de ses films réside très souvent dans la mise en relation de faits, lieux, situations, anecdotes, etc. De forme courte, ils concentrent des faisceaux de significations sans jamais les dénouer. Ses films sont empreints d’une sorte de mélancolie grave, non dénuée d’un humour distancé. Fortement oniriques, ils accèdent à une forme de signification relative et émotionnelle propre à chaque spectateur.

Très référencés, ses films déroulent des images feuilletées dont la succession, sculptant le temps, joue pleinement du pacte narratif.

Entre réalisme et constructions mentales, les films de Jesper just mettent en scène des émotions, des états psychiques, des relations individuelles, des situations. Décors, objets, bande-son en sont des personnages à part entière. La chanson, fonctionnant comme dans le cinéma de Bollywood, vient commenter et prolonger ce qu’il nous faut bien appeler l’intrigue. Regards, gestes constituent les éléments d’un vocabulaire très maîtrisé où cadrage et montage deviennent les opérateurs de toute une machinerie désirante où le corps est central. Les clichés volent en éclats, interrogeant l’idée même de représentation, nous appelant à aller au-delà du miroir, derrière le rideau de fumée des apparences.

Pour cette première monographie dans une institution française, nous avons souhaité accompagner la nouvelle production, « This Unknown Spectacle » (2011), pièce centrale de l’exposition, d’un ensemble de cinq films, permettant ainsi une meilleure appréhension de l’univers de Jesper Just.

Frank Lamy

Présentation

À l’automne 2011, alors que la capitale française fête la création artistique internationale, le musée d’art contemporain du Val-de-Marne, à Vitry-sur-Seine, crée l’événement avec la première exposition monographique dans une institution en France du Danois Jesper Just. Son commissaire, Frank Lamy, a invité ce jeune artiste à investir pendant quatre mois les salles d’expositions temporaires du musée en mettant en scène pas moins de six de ses films dont sa toute nouvelle production réalisée au cours de l’été à Paris, spécifiquement pour l’occasion. Au travers de son exposition « This Unknown Spectacle », Jesper Just propose au public du MAC VAL une expérience artistique et cinématographique inédite. Par la qualité de l’éclairage, l’étrangeté des décors, l’absence d’une narration évidente et le refus de tout dialogue, ses films se transforment alors à leurs yeux en de captivants « poèmes visuels », en d’étranges tableaux en mouvement. Le parcours offert aux visiteurs, au travers de productions aussi fascinantes que troublantes, prend alors un caractère onirique propice à l’introspection. Les questions d’identité, de transgression sociale, d’humanité sont sans aucun doute au coeur de cette œuvre énigmatique, à l’esthétique raffinée et référentielle.

Si les films de Jesper Just semblent bien avoir l’aspect du cinéma, il ne faut pas pour autant se laisser tromper par leur aspect séduisant. La beauté enivrante de ses images sature les écrans. Le moindre détail a son importance. En éliminant méticuleusement tout élément parasite, l’artiste crée des ambiances parfois dérangeantes. Prenant pour point de départ : un lieu, un parc, un bâtiment, une île … Il n’y a guère de story-board défini à l’avance - Jesper Just construit le scénario de son film au fur et à mesure. Avec obstination, il travaille d’abord la lumière. Puis, il la sculpte pour obtenir des images d’une beauté évanescente, ambigüe. Subitement, selon la même logique de changement de décor, il transporte le spectateur dans un « ailleurs » des plus inattendus.

Dans ses films, les histoires de rencontres, de culpabilité présentent une étonnante continuité mélodramatique en dépit des changements de décor et d’action. Pourquoi tel personnage se met-il à chanter ? Pourquoi celui-ci pleure-t-il ? En l’absence de définition d’une intrigue, en l’absence de caractérisation des personnages, les images ne livrent que la matérialité des affects qu’ils éprouvent. Parfois, l’atmosphère devient lourde au point que le spectateur a le sentiment d’être devenu un intrus en assistant à une scène à laquelle il n’aurait pas été convié. Il ne faut cependant pas sous-estimer l’humour grinçant de l’artiste qui prend un malin plaisir à livrer une vision inattendue du monde qui bouscule les stéréotypes du désir.

Parmi les films présentés dans l’exposition, It Will All End in Tears dépeint le sentiment amoureux, en partie mystique, entre deux hommes de deux générations différentes. Le premier des trois actes qui se déroulent à New York prend pour cadre un jardin brumeux asiatique où un homme erre à la recherche d’un jeune homme. Ce dernier entonne Only You tandis que son compagnon joue du tambour. Un gong retentit. Le jeune homme disparait laissant place à une pluie de pétales de roses. Le second acte fait référence à une citation de Jean Genet tirée du Miracle de la rose. Cette fois les protagonistes sont dans une salle de tribunal désert. Des hommes qui pourraient être des jurés se mettent à hurler de manière comique les paroles de la célèbre chanson de Cole Porter, I’ve Got You Under My Skin. Enfin le dernier acte prend place sur le toit des studios de cinéma Silver Cup de Brooklyn où l’on retrouve les deux hommes avant d’assister à un feu d’artifice illuminant l’horizon new-yorkais. Malgré des changements de décor et d’action qui pourraient paraître incompréhensibles, l’histoire de cette rencontre présente une étonnante continuité mélodramatique.

D’autres films semblent être plus réflexifs, tel A Vicious Undertow qui se construit autour d’un personnage féminin entre deux âges, qui siffle l’air de Night in White Satin dans un bar. La caméra glisse sur sa nuque, sa peau, ses lèvres avant de se tourner sur une seconde femme qui entonne le même air. Un homme se joint à elles. Dans une succession de plans rapides, la caméra saisit la femme qui danse la valse avec la jeune femme, puis l’homme, puis à nouveau avec la jeune femme… comme si celle-ci était en proie à une hallucination. Subitement, la femme se fige et se dirige vers la sortie avant de contempler une dernière fois, sur le seuil les deux autres personnages. Puis elle détourne le regard et change de décor. Propulsée en pleine nuit sur les marches d’un escalier sans fin, elle semble vouloir échapper à la mélancolie en se déplaçant dans un espace, hors du temps.

Jesper Just manipule avec bonheur « les clichés du cinéma » pour surprendre les spectateurs. Il les amène là où ils n’y s’y attendent pas. Avec « This Unknown Spectacle » il réussit un nouveau tour de force, en livrant des images d’un Paris d’une beauté sombre et troublante. En opérant une série de décalages, il entraîne le public dans des contrées inexplorées où la beauté des images génère un trouble saisissant.

Œuvres

Éléments biographiques

Jesper Just est né en 1974 à Copenhague et est diplômé de la Royal Danish Academy of Fine Arts ; il vit à New York.

Son travail a été notamment présenté au MoMA (New York), à la Tate Modern (Londres) et à la Kunsthalle (Vienne).
Il est représenté par la Galerie Perrotin, Paris.

Vidéos entretien de l’artiste

« A propos de ’This Unknown Spectacle’ », réal. : Antonie Bergmeier, prod. : MAC VAL. Entretien avec Jesper Just à l’occasion de son exposition (21 oct. 2011 - 5 fév. 2012)