Œuvres

Marée basse, courant I

Marée basse, courant I est une peinture de paysage qui appartient à une série de tableaux réalisée en 1986, où l’eau et le sable sont prétextes à un jeu sur les limites de la représentation, entre figuration et abstraction. Les lignes de fuite buttent au bord du temps et empêchent le regard de sortir du table, elles s’arrêtent en effet grâce à un cadre très serré, centré sur le motif principal et unique, le sable et les lignes d’eau. Au bord de la mer, les secondes passent lentement, l’espace se dilate dans ces traces régulières et répétitives.

Pôle

Pôle est une installation qui réunit une projection de diapositives réalisées par Nicolas Moulin et un dispositif sonore imaginé par Bertrand Lamarche. Pour ces quatre-vingts photographies, Nicolas Moulin choisi un point de vue inhabituel : l’appareil photographique est posé au pied des immeubles, contre le mur, l’objectif dirigé vers le ciel. Ces prises de vue en contre-plongée donnent l’illusion de paysages froid et désertique, évoquent un univers de science-fiction.
Sur la platine, une tête de lecture capte les vibrations du mouvement d’un disque en acétate non gravé. Les enceintes diffusent ce bruit, faisant elles-même vibrer la platine. Ce phénomène de basse fréquence n’est pas uniforme mais varie en fonction du nombre de personnes présentes autour de l’œuvre. Le son offre ainsi, en écho aux images, la traduction d’un espace sans limite.

L’Île

Pierre Ardouvin reconstitue une île déserte à partir d’éléments domestiques. Le linoléum y tient lieu de sable blanc, le porte-manteau perroquet de palmier, les néons évoquent les mers du Sud. Des antipodes au quotidien, le dépaysement n’est qu’une question de point de vue. Si l’assemblage invite au voyage en chambre, à l’évasion par la fiction, il révèle aussi le cliché, l’exotisme stéréotypé : le paysage de rêve est ici standardisé et préfabriqué. En jouant sur les formes et sur les mots (« Lille, l’île »), Pierre Ardouvin propose une métaphore du dépaysement.

Monochrome bleu

Investi dans une réflexion sur les codes qui régissent l’espace urbain, Michel de Broin a répondu à la commande du Conseil Général du Val-de-Marne d’une estampe pour l’édition 2008 du Festival de l’Oh !. Dans sa composition, constituée de plusieurs vues photographiques de la ville de Vitry-sur-Seine, sont incrustées des images de piscines privées. Tout en questionnant la valeur de l’eau et son partage équitable, Michel de Broin projette ainsi de parasiter la circulation, de bousculer l’ordre public.

Festival de l’Oh !

Philippe Cognée prend pour sujet le quotidien : chaises, machines à laver, cabanes de chantiers, façades d’immeubles, rayonnages de supermarchés… Depuis trente ans, il met en place une technique picturale singulière aux effets de flous volontaires. Partant d’une photographie de l’objet (ici une photo de vacances), le peintre brouille la lisibilité de l’image en faisant fondre la peinture à la cire. Pour cette estampe, l’artiste a ensuite reporté l’image peinte sur la pierre lithographique.
L’image du château de sable se désagrège alors pour laisser place à l’image d’une ruine. Ne reste plus que le souvenir du château de sable…et celui des vacances.

Bal « chez Gégène »

Observateur du quotidien urbain et des loisirs populaires, Robert Doisneau a réalisé plusieurs photographies de cette guinguette de Joinville, sur les bords de Marne, ouverte depuis 1918 et chantée par Bourvil en 1953. Comme toute scène de genre, cette image de bal musette se charge aujourd’hui d’une valeur documentaire, témoin d’usages passés. L’histoire des guinguettes du bord de Marne est liée à celle du travail (le repos dominical, accordé en 1906, celui du samedi en 1936). Entre la fin du XIXe siècle et l’après-guerre, le motif de la « partie de campagne » a été présent dans la littérature, la peinture, et au cinéma, de Maupassant à Jean Renoir, d’Auguste Renoir à Fernand Léger.

Citroën, moi j’aime

D’abord photographe, Raymond Hains a exploré des pratiques variées : décollage d’affiches, objets, installation, jeux de mots… Dès les années 1960, il a fait de la marque commerciale un sujet artistique, exposant des pochettes d’allumettes géantes au nom des régies SEITA et SAFFA. Ici, c’est une forme immédiatement identifiée comme la marque d’automobiles Citroën qui s’impose d’abord. Mais c’est ensuite une composition de lignes et de teintes, épurée, presque abstraite. Raymond Hains propose à la fois une œuvre minimaliste, une représentation d’un élément omniprésent du décor de notre vie – l’auto et évoque avec humour la dimension publicitaire et commerciale de la société.

Le Déjeuner sur l’herbe

Alain Jacquet explore les possibilités de fabrication d’une image peinte à partir des techniques de reproduction mécaniques. A partir de 1963, il transpose sur toile, à l’acrylique, diverses images photographiques. Tramées et imprimées en trichromie, elles jouent le mimétisme avec l’image publicitaire.
A l’origine de ce diptyque, tiré à 95 exemplaires « comme une voiture produite à la chaîne », un tableau vivant. L’artiste réinterprète la composition bucolique d’Edouard Manet de 1863, reprise en 1961 par Pablo Picasso, en faisant poser des amis au bord d’une piscine en banlieue parisienne. Le critique Pierre Restany, la galeriste Jeannine de Goldschmidt et le peintre Mario Schifano participent à cet hommage.

Rappel 60

On dirait une photographie, mais c’est pourtant une peinture. Depuis les années 60, Peter Klasen peint des fragments de paysage urbain, à l’aérographe sur toile, avec une objectivité photographique. En développant un univers très reconnaissable, froid, voire clinique, l’artiste propose un regard concentré sur les limites et les contrôles symboliques qui balisent notre vie quotidienne.

Venises

Hommage par son titre au récit de voyage de Paul Morand publié en 1971, cette œuvre évoque les vedute, vues de Venise et de sa lagune peintes au XVIIIe siècle par Canaletto ou les Guardi. Le plan fixe de 40 minutes, ramené à 8 minutes par le montage et l’accélération de l’image, a pour objet les métamorphoses du paysage, le défilement du temps, et les limites de la vision. A l’heure bleue, quand la nuit succède au jour, le ciel et la mer fusionnent dans un monochrome seulement ponctué par le passage des embarcations et les feux de la ville.

Seeland

La route qui s’enroule d’une image à l’autre inscrit cette œuvre dans la tradition classique de la peinture de paysage en même temps qu’elle évoque les road-movie, ces films où les héros traversent des terres désertées. Chaque image de ce paysage islandais se fond dans la suivante, la ligne d’horizon est très haute et fluctuante : la perspective se dérobe. La bande-son, ballade d’Elvis Presley Are you lonesome tonight ?, est intermittente, à l’image d’une radio dont on modifie constamment les fréquences.

Twice Upon a Time

De manière entièrement artisanale, Vincent Olinet reproduit minutieusement une caravelle. Ce navire utilisé par les explorateurs portugais à l’époque des Grandes Découvertes deviendra chez Walt Disney l’emblème du bateau pirate. La sculpture oscille entre deux échelles : trop grande pour être une maquette, elle est trop petitement équipée pour être utilisée. Construit dans un bois traité qui rendrait possible sa mise à l’eau, l’objet est ici échoué, comme à marée basse, prêt à partir. Le titre fait référence à l’univers du conte et à la puissance créatrice de l’imagination. Vincent Olinet travaille ici à la lisière de la fiction et du vraisemblable, du jeu de l’enfant et du sérieux du modéliste.

Métaphore photographique

Les images de Philippe Ramette relèvent d’une mise en scène récurrente : un homme seul (l’artiste lui-même) revêtu d’un costume sombre, outillé de « prothèses » agit dans un paysage naturel. Réalisée sans trucage, Métaphore photographique présente le portrait de cet homme ordinaire, projeté dans une situation périlleuse. Entre un défi à la loi de la gravité et un jeu autour de la perception, cette image parmi d’autres compose la figure d’un héroïsme burlesque.

Paysage 2 CV

Pierre Buraglio a élaboré sa démarche à partir d’une critique de la peinture traditionnelle, en portant une attention particulière aux matériaux de la peinture, à son support et sa surface. Il permet ainsi de renouveler le geste de peindre. Prélever, collecter, assembler sont devenus des pratiques de peintre. Le tableau classique était une fenêtre ouverte sur le monde. Ici, la portière de voiture dont la fenêtre est opacifiée, ne représente pas un paysage mais le signifie comme un souvenir ou une image mentale.

Concrete Step, Memory Recorder

Concrete step, Memory Recorder est une valise modifiée qui fonctionne soit en mode enregistrement pour agir en boîte noire, soit en mode de diffusion, émettant dans l’espace d’exposition les bruits enregistrés le temps de son hypothétique et précédent déplacement à New York, Las Vegas, Amsterdam... C’est une sculpture sonore et mobile.