Felice Varini

Trois cercles désaxés, MAC VAL 2005
2005
Peinture acrylique, dimensions variables.
Collection MAC VAL, Musée d’art contemporain du Val-de-Marne.
Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France.
Photo © André Morin.

Notice

Felice Varini travaille l’espace et la question de sa perception à partir de la construction de points de vue. Ses œuvres géométriques se font discours sur une architecture, à l’échelle d’un intérieur, d’une rue ou d’un quartier. Élaborés depuis la toute fin des années 1970, leurs processus semblent trouver une double origine dans les travaux in situ de Daniel Buren et dans les grands wall drawings de Sol Lewitt.

À l’occasion de l’inauguration du MAC VAL en 2005, Felice Varini a marqué le vestibule du musée d’une installation peinte directement sur les murs, les vitres et le plafond du bâtiment. Il a choisi stratégiquement un espace de circulation, où les visiteurs en mouvement ont l’occasion de multiplier leurs points de vue sur l’œuvre. Partant d’une composition réalisée préalablement sur une photographie du lieu, il a inscrit des formes géométriques bidimensionnelles sur cette architecture, éclatées dans toute la profondeur de la salle grâce à un simple rétroprojecteur. Les dessins circulaires ainsi projetés, d’abord marqués au crayon, ont été peints à l’acrylique. Fonctionnant sur le principe de l’anamorphose, trois grands cercles rouge vermillon, formes flottantes dans un plan virtuel, apparaissent au regardeur à l’endroit précis de la projection initiale, proposant un point de vue secret sur le bâtiment, son dessin et ses particularités. Ailleurs dans l’espace, le visiteur ne perçoit qu’un désordre de lignes courbes à l’aspect chaotique et fragmenté, extrêmement dynamique.

Le processus de composition et de réalisation de l’œuvre s’inspire des règles de la perspective utilisées depuis la Renaissance dans les tableaux mais en procédant à une inversion totale. Alors que le système inventé par Brunelleschi concentre les lignes de fuite en un seul point d’un plan pour y creuser une profondeur fictive, le travail de Felice Varini rétablit la projection de la pyramide perspectiviste en trois dimensions et la développe dans l’espace même du regardeur. Le point de fuite devient point de vue, au coeur de la prunelle du spectateur. Celui-ci est alors plongé dans une situation de perception où se conjuguent une posture d’expérience optique et le pur plaisir de l’illusion, lié à l’apparition d’une image faussement trompeuse.

En réactualisant en 2010 une œuvre inaugurale qui a marqué le regard porté sur ce bâtiment aux lignes modernistes, l’artiste et le musée jouent avec la mémoire récente de l’institution et de son public.

M.G.

Felice Varini
Trois cercles désaxés, 2005