Alain Bublex

2005
Vidéo-projection béta numérique transférée sur DVD, couleur, sonore, 10’44’.
Collection MAC/VAL, musée d’art contemporain du
Val-de-Marne.
Acquis grâce au mécénat de la société Berim.
Photo © Jacques Faujour.

Notice

Après des études d’arts appliqués et dix ans passés chez Renault comme designer industriel, Alain Bublex décide de se consacrer à l’invention toujours, non plus d’objets destinés à la production industrielle en série, mais à celle d’un regard porté sur le monde. Nourri de données tout autant réelles que fictives, il met en jeu le dessin, la photographie et plus récemment l’installation vidéo pour rendre compte de l’existence du paysage contemporain, y apportant son humour et de nouvelles perspectives et trajectoires…

Si les questionnements sur l’architecture et l’urbanisme – à côté de sujets comme le design, la mode, l’alimentation… – marquent une constante dans son œuvre, c’est que ces activités, déterminantes dans l’organisation anthropologique, politique et sociologique de nos espaces de vie, façonnent le paysage contemporain à grande échelle et révèlent une concomitance particulièrement étroite entre imaginaire et réel. Le projet architectural se situe, en effet, à la frontière entre projection mentale et construction concrète, entre poésie et ingénierie. Ni architecte ni urbaniste, mais séduit par la qualité intrinsèque des projets – leur aspect formel, leur force… –, Alain Bublex réadapte des propositions architecturales et d’urbanisme inabouties, abandonnées ou reléguées au rayon des utopies des architectes, de Le Corbusier à Renzo Piano. Leur faisant « prendre l’air une nouvelle fois », il les confronte au réel pour établir une perspective entre différents moments de l’histoire de l’architecture.

Ainsi, le groupe d’architectes utopistes anglais Archigram, et plus particulièrement le travail de Peter Cook, l’amènent en 2000 à imaginer une ville modulable, composée de cellules habitables greffées sur l’architecture préexistante en fonction des besoins temporaires de leurs habitants. Donnant corps à une utopie née dans les années 1960 de la critique des politiques d’urbanisation, il met en œuvre un système de réinvention de la ville. Plug-In City, 1964-2000 fait partie de la première génération de ce programme de réinvention du réel et pose ses fondements. Un fragment du plan Plug-In City de 1964 de Peter Cook y côtoie vingt photographies d’Algeco prises sur différents chantiers. La juxtaposition met en évidence la parenté entre ces habitacles éphémères, révèle le potentiel de ce baraquement de chantier à devenir l’unité élémentaire de la ville modulable réactualisée par Alain Bublex et suggère implicitement la piste à suivre pour concrétiser éventuellement le projet d’intervention architecturale de Peter Cook, resté au stade théorique.

D’autres plug-ins ont vu le jour depuis. Pour ce projet artistique qui consiste à envisager le paysage comme chantier, Alain Bublex a commencé à photographier intentionnellement le paysage urbain, sur lequel il intervient dans un second temps. Ce geste artistique, par lequel l’enregistrement du réel s’inscrit soudain sur le même plan que l’intervention fictive des plug-ins, a sensiblement réorienté son travail et permis d’y introduire par la suite la vidéo.

An.B.