exposition collective
22 octobre 2010 - 16 janvier 2011
  007/015  

série « Paramour »

Jean-Luc Verna est un agent double. Il réinterprète, rejoue, (re)dessine, réarrange. Le personnage ne sort « jamais sans rien, toujours légèrement customisé », confie-t-il. Il a le corps piercé, tatoué, constellé d’étoiles dont la première s’est logée sur son coeur, arbore une prothèse dentaire métallique amovible, porte parfois des lentilles de contact « oeil-de-chat ». Il prend la pose pour des photographies où figures de l’histoire de l’art et iconographie
rock se confondent, dévoilant d’improbables ponts sémantique,
temporel et formel entre la haute et la basse culture (« Michel-Ange, Saint-Sébastien, Le jugement dernier (Sixtine)/Lux Interior (Cramps), Live 80’s »,1999). Dans « Body Double X » (2000), remake du film d’Andrzej Zulawski « L’important c’est d’aimer », Brice Dellsperger demande à Jean-Luc Verna, acteur, de rejouer en play-back tous les personnages du film, dont celui, fascinant, incarné par Romy Schneider.

Jean-Luc Verna est également chanteur, avec Arnaud Maguet dans Beauty & the Beat ou avec ses Dum Dum Boys, reprenant « ses » standards (Siouxsie and the Banshees, Nico et le Velvet Underground…), danseur pour la chorégraphe Gisèle Vienne, lecteur des Décadentistes chers à Jean de Palacio, amoureux transi de Michel-Ange, Siouxsie Sioux et Diamanda Galas, mais il est avant tout dessinateur, envisageant cette pratique comme un acte érotique, allers-retours du crayon à l’encre qui pénètre la cimaise. Le dessin,
pour lui, « part d’un acte d’hygiène domestique. Faut que ça sorte ».

Pour l’exposition « Let’s Dance », Jean-Luc Verna réalise un immense walldrawing figurant un miroir de loge, sur lequel il inscrit un motif récurrent de son répertoire : un sommet montagneux pyramidal criblé d’étoiles, barré d’un mot-image, Paramour, logo détourné de la société de production de films Paramount. « Je passe mon temps à tuer mes dessins. […] Alors je les calque, photocopie, transfère (au trichloréthylène), je tue la vivacité du trait. Reste une macule pourrie, un tatoo émoussé. » Le spectacle est fini ? La fête aussi ? Pourtant, la lumière brille encore.

J.B.

 

Jean-Luc Verna

1991
Photogravure sur papier de chanvre,
80 x 60 cm.
Collection particulière.
Édité par Semiose, Paris.
Courtesy Air de Paris, Paris.
Photo © Marc Domage.