Exposition collective
Du 7 mai au 19 septembre 2010
  010/015  

And if I don’t meet you no more in this world/Then I’ll, I’ll meet you in the next one/And don’t be late, don’t be late

Les dispositifs de Cerith Wyn Evans, que le médium soit du texte, un miroir
ou des photographies, fonctionnent comme des catalyseurs, des réservoirs
de signification. L’artiste travaille sur la perception, la transmission, le
codage. Le texte, littéraire ou philosophique, fait partie de ses matériaux
privilégiés. Mis en forme et en lumière, le langage acquiert une dimension
plastique. Les Fireworks sont des structures en bois matérialisant les
phrases qui se consument à un moment donné. Les Chandeliers émettent
en morse des citations d’auteurs (John Cage, madame de Lafayette, Judith
Butler, Pierre Klossowski…) que l’on peut lire ou écouter ailleurs, dans
des endroits discrets.

En citant Voodoo Child (Slight Return) (1968) de Jimi Hendrix, Wyn Evans crée avec And if I don’t meet you un objet polysémique. Cette chanson culte ressortit de façon posthume en 1970, comme single, et devint n° 1 des ventes au Royaume-Uni. Elle est réputée pour son interprétation envoûtante et la richesse de ses effets sonores : saturation du son, utilisation d’une pédale, son panoramique. Le sentiment amoureux, leitmotiv de la chanson populaire, est ici porté à son paroxysme : un amour si absolu qu’il efface la mort et élève ses protagonistes au-dessus de la condition humaine.

Pour cette pièce, l’artiste invente le « néon en négatif » : les lettres ne sont
pas lumineuses mais recouvertes de peinture noire sur leur face visible,
les mots apparaissant par contraste optique sur le halo blanc que l’arrière
du néon envoie sur le mur. En citant Hendrix sans le nommer, Wyn Evans
tisse des liens entre une idole des années 1960, la littérature (Roméo et
Juliette), la mythologie (Orphée et Eurydice), retrouvant la figure du cycle
et l’idée d’un réengendrement perpétuel de la pensée, si fréquents dans
son oeuvre.

A.B.

 

Cerith Wyn Evans

2006
Néon « en négatif », dimensions variables. Collection Rita Rovelli Caltagirone, France. Avec l’aimable autorisation de Jay Jopling/White Cube, Londres.
© Photo Stephen White.