Claude Rutault
(né en 1941, vit à Vaucresson)
«Collection de définitions/méthodes et réciproquement»
«d/m 140, prêter la collection» : Claude Rutault a demandé
à un de ses collectionneurs de penser une nouvelle présentation
d’une dizaine de «définition/méthode» (d/m). «La série des“collections” aborde le fonctionnement économique de l’oeuvre de front, prise
en charge, nature de la possession, exposition, accumulation, dispersion…»
1973. Claude Rutault énonce sa première «définition/méthode» : «une toile tendue sur châssis peinte de la même couleur que le mur
sur lequel elle est accrochée. Sont utilisables tous les formats
standards disponibles dans le commerce qu’ils soient rectangulaires,
carrés, ronds ou ovales. L’accrochage est traditionnel.»
Interrogation des conditions de la production, l’artiste ne«fabrique» plus le tableau, il l’écrit et en confie la réalisation
matérielle au «preneur en charge», au collectionneur.
«Le preneur s’approprie ce qui dans le tableau permettait d’apprécier
le talent de l’artiste : choix des couleurs, harmonie, composition ;
mon travail d’artiste se situant en amont. À partir de là, je prends
le risque que le résultat me surprenne dans un sens ou dans l’autre,
mais heureusement ce ne sera toujours que provisoire.»
Oeuvres présentées :
d/m 34 papiers, 1975 ; d/m 35 papiers transparents, 1975 ; d/m 97 à remplir, 1978 ;
d/m 106 toile/papier, 1979 ; d/m 115 pile ou face 3, 1980 ;
d/m 120 réplique aux 3 monochromes, 1982 ; d/m 145 légendes, 1985 ;
d/m 177 non peint, 1977-1987 ; d/m 191 tableau d’affichage, 1990 ;
d/m 208 bis repeindre, 1995 ; d/m 254 toile contre le mur, 1994 ;
d/m 272 papiers double face, 1996.
Collection Françoise et Jean-Philippe Billarant
Oeuvres de Claude Rutault dans la collection
d/m 34, papiers, 1975.
(extraits de notes sur le non-peint, 1977).
définition/méthode :
réalisation assimilée à une peinture : sur un mur donné ne peut être exposée qu’une seule feuille de papier, soit blanche soit d’une autre couleur que blanche. sont utilisées des feuilles standard aussi bien pour les formats que pour les couleurs. l’œuvre étant dépendante du mur, peuvent être seulement considérées comme identiques deux feuilles de même format sur deux murs de dimensions identiques, pour éviter cette identité il est alors nécessaire d’utiliser un papier de format différent. mais…, c’est oublier le temps.
la peinture concerne le problème du blanc, ce blanc n’étant jamais le même : tantôt le blanc du mur, la feuille de papier est alors de n’importe quelle autre couleur, tantôt le blanc du papier si le mur ne l’est pas.
n’importe quel côté de la feuille est utilisable, il n’y a ni recto ni verso, ni haut ni bas, ni largeur ni longueur. la feuille peut être utilisée dans n’importe quel sens pourvu qu’elle respecte l’orthogonalité du mur.
je considère aujourd’hui qu’il suffit que deux travaux soient dans des endroits différents pour qu’ils soient différents.
le nombre de réalisations n’est pas limité.
d/m 35, papiers transparents, 1975.
définition/méthode :
un papier par mur, les papiers sont standard et tous identiques pour une réalisation donnée. chaque papier est fixé par deux épingles en haut, à gauche et à droite, afin de laisser la partie basse de la feuille libre. le sens d’accrochage importe peu pourvu qu’il respecte l’orthogonalité du mur, cette proposition peut être réalisée sur n’importe quel mur, qu’il soit uni ou non.
comme pour toutes les œuvres sur papiers, transparents ou non, il n’y a jamais de cadre. les feuilles utilisées sont des feuilles standard qu’il est facile de remplacer.
le nombre de réalisations n’est pas limité.
d/m 97, à remplir, 1978.
définition/méthode :
deux toiles placées aux extrémités du mur, celui qui prend en charge la peinture peut ou non compléter.
les données fixes sont les deux toiles que le preneur en charge choisit.
le nombre d’éléments ajoutés, forme, format, accrochage sont également libres.
est imposée à celui qui prend en charge la mise en œuvre d’une logique visible du nombre, de la forme, du format et de l’accrochage du ou des éléments ajoutés. est imposé également de peindre les éléments ajoutés comme les deux toiles, c’est-à-dire de la même couleur que le mur.
le descriptif est composé de l’ensemble visible accroché au mur. dès la première actualisation les toiles de départ sont fixes mais les éléments ajoutés peuvent toujours être modifiés. il suffit d’établir un nouveau descriptif. le prix de l’œuvre est fixé pour les deux toiles de départ et augmente en fonction des ajouts.
d/m 106, toile/papier, 1979.
définition/méthode :
sont accrochées face à face une feuille de papier et une toile identiques. chaque support répond à son utilisation habituelle dans mes propositions : la toile est peinte de la même couleur que le mur et la couleur du papier est déterminée par celle du mur mais selon la règle définie à la d/m 34, papiers : lorsque le mur est blanc le papier est de n’importe quelle couleur sauf blanc et il est blanc lorsque le mur ne l’est pas.
tantôt c’est la toile qui détermine la forme et le format du papier, tantôt l’inverse.
le nombre de réalisations n’est pas limité.
d/m 115, pile ou face 3, 1980.
définition/méthode :
au départ un nombre fixe de toiles : dix toiles rectangulaires, dix toiles carrées, dix toiles ovales, dix toiles rondes, dix toiles dont la longueur est le double de la largeur. ces toiles sont peintes de cinq couleurs différentes et il doit y avoir dix toiles de chaque couleur. à chaque présentation au moins une toile est repeinte de la même couleur que le mur sur lequel elle est accrochée, ou une d/m est réalisée. les toiles sont ensuite replacées dans la pile. il reste au moins une toile de chaque couleur de départ et de chaque couleur utilisée au fur et à mesure. au bout d’un certain temps, lorsque cette évolution de couleur est terminée, bloquée par la règle énoncée ci-dessus, la pile se fige, ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut plus repeindre les toiles. à partir de là, à chaque nouvelle présentation c’est le mur qu’il faut peindre de la même couleur que la toile. l’obligation d’accrocher au moins une toile rend la peinture nécessaire.
d/m 120, « réplique », 1982.
définition/méthode :
à partir des trois monochromes de rodtchenko en 1921, d’où le titre de « réplique », ces trois monochromes avaient été présentés à l’exposition 5 x 5 = 25 à moscou, une toile jaune, une rouge et une bleue.
« réplique » est une oeuvre qui comporte plusieurs séries de toiles :
1. d’abord trois toiles de mêmes dimensions que celles de rodtchenko en 1921 : 62 x 52,5 cm. six autres identiques ont été construites et mises en réserve.
2. plusieurs autres séries, allant toujours par trois, dans des formats légèrement plus grands, mais assez proches.
3. les modes de présentation énumérés ici ne constituent pas la totalité des possibilités.
la présentation maximum : trois murs, trois couleurs, jaune, rouge et bleu, une toile accrochée sur chaque mur. contre un quatrième mur est posée la pile des six toiles identiques à celles accrochées, préparées en blanc.
soit simplement deux murs, couleurs au choix, rouge, bleu ou jaune. exemple : toile jaune sur mur jaune, toile rouge sur mur rouge, contre le troisième mur blanc plusieurs possibilités : toile bleue posée par terre contre lui, toile blanche, ou rien…, les autres toiles, blanches, appuyées contre un quatrième mur.
soit un seul mur peint… reprendre la logique du paragraphe précédent.
de nombreuses extensions sont possibles : aucun mur peint, l’œuvre étant présentée sous forme de neuf toiles dont une jaune, une bleue et une rouge.
la proposition des papiers peut être envisagée mais doit toujours jouer avec les toiles. elle ne peut jamais actualiser l’œuvre seule.
« réplique » est une réponse et non une reconstitution nostalgique.
elle s’éloigne progressivement de son point de départ.
d/m 140, prêter la collection, 1983.
définition/méthode :
établissement d’un descriptif de la collection dont le preneur en charge et cr. doivent conserver un exemplaire. figurant à la suite de cette liste sont décrites les modalités du prêt avec la plus grande précision possible.
le rôle de cr. est à discuter avec le preneur en charge : organisation du prêt dans ses aspects artistiques, économiques, juridiques, présentation de la collection, rédaction d’un catalogue…
d/m 145, légendes, 1985.
définition/méthode :
principe : une grande toile peinte de la même couleur que le mur sur lequel elle est accrochée. juste à sa droite, sans que la place soit mécaniquement définie mais là où figure habituellement le cartel, une très petite toile, n° 0 paysage ou marine (12 x 18 cm ou 10 x 18 cm), est accrochée, également peinte de la même couleur que le mur. s’il s’agit d’un mur non peint, la légende n’est pas peinte non plus.
il est possible de légender un mur vide, l’œuvre d’un autre artiste, une sculpture, une photographie ou une autre d/m.
il est également possible d’associer la d/m 34 : un papier peut être légendé par une toile et un papier peut légender une toile.
le nombre de réalisations n’est pas limité.
d/m 177, non peint, 1977-1987, première présentation.
définition/méthode :
lorsque le mur n’est pas peint, la toile ne l’est pas non plus, non peint au sens strict du terme pour l’un comme pour l’autre. pour le mur, le non-peint c’est le matériau de construction visible tel quel, pierre, béton, bois, placoplâtre…
pour la toile, non peint veut dire non préparé, l’apprêt devant être considéré comme de la peinture, et ceci même pour les autres supports que les toiles, lin, coton, mais aussi bois, verre, métal. cette d/m s’applique à n’importe quelle d/m sur un mur non peint, à une simple toile peinte de la même couleur que le mur sur lequel elle est accrochée aussi bien qu’aux papiers.
le non-peint s’applique également en l’absence de mur ou en présence de paroi transparente.
d/m 191, tableau d’affichage, 1990.
définition/méthode :
une grande toile peinte de la même couleur que le mur sur lequel elle est accrochée. n’importe quel format rectangulaire.
sur cette toile est fixée, discrètement, une série de papiers dont la couleur répond à la d/m 34, papiers : les papiers sont de n’importe quelle couleur sauf blancs si la toile est blanche et blanc si la toile ne l’est pas.
les premières réalisations ont utilisé une série bien précise de papiers : in-12 (18,5 x 11 cm), in-8 (20 x 13 cm), in-8 carré (22 x 14 cm), in-8 raisin (27 x 17,5 cm), in-4 carré (28 x 22 cm), in-4 raisin (32 x 24,5 cm), in-4 jésus (35 x 27 cm).
en accord avec le preneur en charge cette liste a été élargie. la condition est simplement qu’il y ait plusieurs papiers et qu’ils laissent voir la toile. les actualisations possibles d’une telle proposition sont variables et il est intéressant de la réaliser de façon différente en fonction du lieu, en utilisant une plus grande variété de formats. il est ainsi possible de souligner la différence entre la réalisation dans un musée et celle dans sa cuisine.
d/m 208 bis, repeindre, version 1995.
définition/méthode :
repeindre en blanc, effacer par la peinture chacune de mes œuvres antérieures aux d/m.
les repeindre toutes. toutes celles auxquelles j’ai accès sachant que certaines échappent et ne peuvent être récupérées qu’au fur et à mesure.
repeindre en protégeant au maximum le support.
à partir de cette préparation des œuvres, toiles ou papiers ne peuvent plus être présentés que comme supports de d/m, c’est-à- dire peints de la même couleur que le mur sur lequel ils sont accrochés.
cet acte efface à tout jamais leur statut d’objet fini.
ce qui doit être repeint : tout ce qui un jour peut devenir une œuvre finie accrochée au mur. comment ? tel quel, en gardant ou non un échantillon ?
que reste-t-il alors de tout ce qui a été fait avant 1973 ? une documentation la plus complète et la plus précise possible, chaque peinture étant photographiée avant d’être repeinte et tous les documents et notes conservés et classés.
les supports ainsi préparés peuvent devenir des peintures à l’unité ou être intégrés comme matériel, pas tout à fait neutralisé, dans les d/m les plus complexes.
il s’agit d’un travail en cours qui va prendre du temps, sans doute plusieurs années, mais parfaitement établi quant à son principe.
d/m 254, toile contre le mur, 1994.
dérive de la d/m 1, toile à l’unité, supprimée.
définition/méthode :
toile tendue sur châssis peinte de la même couleur que le mur sur lequel elle est accrochée. la toile est fixée au mur de sorte qu’on voit ses dessous, c’est-à-dire le châssis. n’importe quel format standard, de forme indifférente, est utilisable. la couleur de la toile est visible sur la tranche qui est toujours peinte.
le nombre de réalisations n’est pas limité.
d/m 272, papiers double face, 1996.
papier double face a un statut unique dans l’œuvre de cr., elle reste sa propriété. elle définit la production de matériau pour expérimenter les d/m accessibles sur le website www.tram-art.org/rutault/.
elle aime jouer avec les petits enfants.
définition/méthode :
on utilise des papiers blancs et des papiers de couleurs, n’importe quelle couleur. une seule face du papier est sérigraphiée de façon uniforme et sans marge :
en blanc si le papier est de couleur,
en couleur si le papier est blanc.
la production n’est pas limitée :
ces papiers sont utilisés pour expérimenter l’actualisation des d/m de cr. dans ce cadre. la face sérigraphiée est assimilée à la peinture selon la règle de la d/m 1, toile à l’unité : le support peint et le mur doivent apparaître identiques sous l’angle de la couleur. le papier étant déjà peint, il faut peindre le mur de la même couleur.
la face non sérigraphiée reste régie par la d/m 34, papiers : lorsque le mur est blanc le papier est de n’importe quelle couleur sauf blanc, il est blanc si le mur ne l’est pas.
ce texte est ouverture maximale. il ne préjuge en rien des utilisations infinies et des nombreuses actualisations à discuter via le site notamment.
papiers double face, disponibles auprès du cneAi, prix selon dimensions, livrés avec certificat d’origine.
Textes des d/m extraits de claude rutault, définitions/méthodes, le livre, 1973-2000, Paris, Productions Flammarion 4, 2000.
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