Cycles d'expositions monographiques
13 Octobre 2006 au 26 Août 2007

Mot du commissaire de l’exposition

Troisième volet de l’exposition monographique ZPC, du 19 mai au 26 août 2007.
Artistes : Artistes : Francis Baudevin, Serge Lhermitte, Arnaud Maguet, Pierre Petit, Jérôme Saint-Loubert Bié, Stephan Shankland, Simon Starling, Tatiana Trouvé.

L’art est, de tout temps, une caisse de
résonance des questions de société.
Les artistes y « réfléchissent » leur époque
et ses enjeux. L’histoire des relations entre art et
économie est longue. Elle est balisée par de nombreuses
et importantes expositions qui laissent la part belle
aux formes que l’on pourrait rapidement regrouper
sous l’appellation d’economic art (depuis les obligations
pour la roulette de Monte-Carlo de Marcel Duchamp
en 1924 jusqu’aux activités entrepreneuriales
d’un Fabrice Hyber). Pour « Zones de Productivités
Concertées », cycle de vingt et une expositions
monographiques réparties en trois chapitres sur toute
la saison 2006-2007, il s’agit de décaler la perspective.

En réunissant des univers artistiques qui, à un moment
de leur processus, mettent en oeuvre des questionnements
économiques (le travail, l’échange, la production,
le stock, l’activité, la fonction, les flux, l’atelier),
ce n’est pas tant à des développements thématiques
que ce cycle d’expositions convie le visiteur, mais à une
analyse décalée.

L’économie – ses interrogations, ses concepts, sa pensée –
y est envisagée comme un filtre d’analyse de certaines
pratiques artistiques contemporaines. Les oeuvres
des artistes invités ne se situent pas dans un rapport
illustratif ou mimétique face à la sphère économique.
Polysémiques, elles dépassent très largement
ces notions. L’économie est ici un prétexte.
L’hypothèse de travail est la suivante : que se passe-t-il
si, dans la relation analytique et critique aux oeuvres,
est opéré un pas de côté ?

Ce cycle d’expositions pose, en outre, une articulation
particulière entre expositions monographiques
et approche thématique. Si les expositions sont
autonomes, elles sont néanmoins englobées dans
un spectre d’analyse unique. Interrogeant ainsi,
au-delà de la thématique parcourue, la notion même
de programmation. Chaque chapitre de cette histoire
proposera des rencontres, des collisions entre
des univers artistiques hétérogènes dans un espace
qui allie blocs d’intensités et zones de circulations,
d’échanges, d’autonomie, d’activité.

Anthropologue a-morale et sentimentale des images
et représentations, Sandy Amerio décrypte les signes et
agencements émis par le monde contemporain : impact,
résurgence, révolution… Elle analyse comment certains
phénomènes sociaux informent la construction
de l’inconscient collectif et machinique du monde.
Dans des dispositifs quasi cinématographiques,
Alain Bernardini s’attaque à l’image du travail.
Et de son grand impensé : l’inactivité. En s’immisçant
dans les flux de production, il y introduit du suspens,
il met à jour des moments de pause dans le flux du réel.
Jouant de la tension inhérente au travail salarial
(vendre sa force de travail), il résiste à toute idéalisation
des représentations de la productivité héroïque,
pour réfléchir et infléchir peut-être l’image du travail.
À qui appartiennent les images ? Quelle valeur pour
l’image ? Quelle place pour l’artiste dans un système
économico-culturel parfois kafkaïen ? Raphaël
Boccanfuso travaille au dévoilement des structures
invisibles de l’appareil idéologique, s’immisce tel un
virus corrosif dans une société de contrôle et de l’image.
Dans ses sculptures, Daniel Firman envisage le corps
dans ses relations à l’espace qui l’entoure et dans lequel
il évolue. Espace mémoriel, physique, social, psychique.
Métaphores ou actions, ses oeuvres évoquent
et travaillent le déséquilibre contemporain.

Élodie Lesourd pratique un art de l’appropriation et de
la post-production. Du remix inspiré de la philosophie
du Do It Yourself punk. Hybridant les genres,
de Barthes au death metal, en passant par l’art
contemporain, détournant les références, elle joue
pleinement, en peinture, des phénomènes inhérents
à la reprise.

Pascal Pinaud interroge sans relâche le champ
de la peinture (ses outils, ses procédures, ses moyens,
ses limites, ses possibles). Menant une entreprise
polymorphe de « mise en questions » de la peinture,
il déplace l’atelier, il met en oeuvre des procédures
mécaniques, industrielles. Cette mise en jeu des
possibilités de la forme et de la notion de tableau,
de la notion d’authenticité, passe par une pratique
diffuse, quasi anonyme, de la création revendiquant
l’absence d’un style unique.

Frank Lamy

 

Petit Journal

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