Exposition collective
Du 20 septembre 2014 au 25 janvier 2015

Mot du commissaire de l’exposition

AD NAUSEAM

Tania Mouraud, depuis son entrée en art, n’a eu de cesse de déterritorialiser/reterritorialiser sa pratique. Remettant en jeu régulièrement les formes de son action, elle poursuit néanmoins son exploration avec ténacité et constance entre concept et espace sensible. En 1989, Loïc Malle décrit ce qui me semble sonner comme le programme, la ligne de force, le principe de l’œuvre, le principe à l’œuvre chez Tania Mouraud : une « conscience critique du sujet dans son rapport perceptif, cognitif et linguistique au monde » (in Tania Mouraud, CAC Pablo Neruda).

« Voilà ce que j’ai vu », nous dit-elle. Mais qu’est-ce que voir ? Que voit-on ? Y a-t-il à voir au-delà de ce qui est visible, là sous nos yeux ? Les images de Tania Mouraud ont cette qualité qu’elles sont chargées de toutes les images du monde. Voir, c’est tenter de résoudre une énigme en permanence, tenter de découvrir une autre réalité que celle que nous percevons. Voir, faire image, c’est faire émerger de la signification, donner un sens. Nous sommes, devant toute image, à la recherche de l’image qui manque. Pour Pascal Quignard, le visible ne suffit pas pour comprendre ce qui est vu, le visible ne s’interprète qu’en référence à l’invisible. « Il y a une image qui manque dans toute image. […] L’image qui est à voir, qui est comme devant être vue, manque dans l’image. » (in Sur l’image qui manque à nos jours, Arléa, 2014)

L’exposition « AD NAUSEAM » prend le parti de donner voix à deux directions tenues par Tania Mouraud dans tout son œuvre. Apparemment contradictoires et antagonistes, elles sont néanmoins complémentaires. L’exposition joue donc de polarités comme intérieur/extérieur, high and low, physicalité/abstraction… Les œuvres de Tania Mouraud nous invitent à ralentir, à nous défaire de la rapidité. Tania Mouraud pratique un art de la méditation.

D’un côté, l’espace muséal est investi par une monumentale installation audiovisuelle ; de l’autre, se déploient des écritures (bâches sur les façades du musée, tickets d’entrée, affiches dans la ville) qui contaminent l’espace urbain alentour. D’un côté, des images-mouvement et des sons ; de l’autre, des images-texte, des phrases.
D’un côté, la violence sourde d’AD NAUSEAM ; de l’autre, « MEMEPASPEUR », « CEUXQUINEPEUVENTSERAPPELER
LEPASSESONTCONDAMNESALEREPETER », « IHAVEADREAM ».
D’un côté, la destruction programmée et mécanique du vivant ; de l’autre, l’affirmation d’une résistance, d’un rêve collectif. D’un côté, le constat d’un désastre permanent ; de l’autre, l’affirmation éphémère d’un espoir néanmoins. D’un côté, un univers machinique qui broie, qui écrase ad libitum ; de l’autre, un appel aux consciences humaines. D’un côté, le bruit des brouillards, la métaphore ; de l’autre, une plongée dans le monde et la lettre. D’un côté, une recombinaison permanente des images et des sons pour construire un espace mental et sensible en phase avec les corps ; de l’autre, des écritures qui arrêtent, induisent une pause dans le flux du réel. Ici et là, la même volonté de ralentir. Ici et là, des voyages de l’œil, du corps et de l’esprit.

Frank Lamy

 

Petit Journal

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