Rétrospective
10 octobre 2008 – 25 janvier 2009

Présentation

Cette première rétrospective de Nathalie Talec, artiste française née en 1960, retrace une aventure artistique de 30 ans de création.

Non chronologique, non exhaustif, ce parcours rassemble une trentaine d’œuvres (dessins, photographies, sculptures, performances, projets … ) comme autant de marqueurs fictionnels, d’embrayeurs narratifs,
d’amorces et de leurres.

Œuvres historiques, réactualisations, nouvelles productions sont réunies dans un dispositif inédit, un décor qui fait œuvre, empruntant à certains codes cinématographiques et à l’imagerie industrielle.

Autoportraits, masques, transfuges et autres avatars

« L’autoportrait n’est pas une pratique abstraite. Il reproduit
un modèle. L’autoportrait m’ouvre le territoire d’une nouvelle
modalité de la subjectivité : celle d’une identité d’emprunt,
d’un détour, d’une mise en scène du moi. L’autoportrait est
mis en chantier au travers de pratiques aussi diverses que
le dessin, la photographie en relief, la sculpture et la vidéo,
me permettant ainsi d’explorer et de mettre en œuvre le
caractère et la valeur d’expérience de mon travail. […] Dans
certains dessins, l’autoportrait devient une figure générique,
un motif simple et sans expression, qui me permet de
réintroduire le modèle en lui conservant une grande
transparence et une grande faculté d’action sur son propre
monde. Le personnage représenté n’a de valeur que dans
l’acte qu’il réalise ou le regard qu’il porte à l’acte réalisé. »

Nathalie Talec, L’abécédaire de Nathalie Talec, Petit Journal de l’exposition Solo intégral, my way,
Frac Franche-Comté, 2006.

L’artiste en explorateur

« Il n’y a qu’un seul but à notre progression : définir notre
position. Nous traversons une terre inconnue et ignorons
à tous moments ce que chaque nouveau regard doit nous
révéler d’abîmes, mais notre allure reste la même […]. »
Knud Rasmussen, Du Groenland au Pacifique : deux ans d’intimité avec des tribus d’Esquimaux inconnus. 1929.

Nathalie Talec reproduit à l’entrée de la salle d’exposition cet extrait du compte rendu d’exploration de Knud Rasmussen. A l’exception de celle réalisée au Groenland en 1987, les expéditions de Nathalie Talec ne sont que des fictions dont les figures empruntent leurs attributs à de célèbres explorateurs polaires, Paul-Emile Victor ou Knud Rasmussen.

Dans un entretien avec Claire Le Restif, elle explique sa conception de
l’exploration polaire comme métaphore de l’expérience artistique :
« Je pense qu’il y a une grande proximité entre la figure de l’explorateur polaire et le personnage de l’artiste. L’un comme l’autre aborde des territoires inconnus, lance des défis au réel, selon des postures de découverte, de tentative de survie et d’exploration de l’inconnu. L’un comme l’autre souhaite trouver une issue, une forme, par un geste, un déplacement, un objet, un compte-rendu. Tout cela semble réunir ces deux personnages que j’ai endossés dès le début de mon activité artistique. Cela n’a rien à voir avec le corps et sa résistance, plutôt avec ce qui constitue l’homme dans son environnement, dans ses sensations, ses déplacements, sa pensée […]. »

Nathalie Talec, Autoportrait avec détecteur d’aurores boréales, 1986. Série des « Portraits stratégiques ». Collection Mac/val, Vitry-sur-Seine.

L’artiste en scientifique

« Il y aurait peut-être chez moi une fascination pour la
science et son discours, conjointement appréhendés par
les scientifiques, les philosophes et les artistes depuis
la Renaissance... pour ce qui dans ce discours renvoie à
l’innommable et à l’indicible, sur fond d’observation et
d’expérimentation … »

(...) Si la science intéresse Nathalie Talec, c’est en tant que langage, système
d’investigation du réel, somme de savoirs à réinvestir par l’imaginaire et
manière de dire le monde. Pour mettre à l’épreuve ses codes et sa démarche,
l’artiste s’approprie les gestes du laborantin ou mime la posture du
conférencier. Elle va jusqu’à signer de son nom un système de mesure inédit.

Nathalie Talec, entretien avec Claire Le Restif, « La première fois que j’ai vu la neige, c’était au Paramount », catalogue de l’exposition Nathalie Talec, Mac/val, 2008, p.181.

L’artiste en être-animal

« La figure du cerf est devenue mon icône et interroge
aujourd’hui la question du savoir, de l’art et du langage au
travers d’oeuvres aussi diverses que des performances, des
photographies, des dessins ou encore des chansons. »

Nathalie Talec. Citation extraite du dossier pour « Les bois de l’incertitude ».

Depuis les années 2000, Nathalie Talec utilise l’ambiguïté de cet être hybride,
le cerf, pour multiplier les références et « rejouer » dans différents contextes
à la fois le conte et l’histoire de l’art, l’univers médiatique et la mythologie
archaïque.

L’artiste en poseur

C’est un verrou fermé
des effets de pudeur
qui laissent imaginer
des frissons et des pleurs
Ça brille de jalousie
L’amour ça fait du bruit

Chanson de Nathalie Talec, Haute fidélité (extrait).
Performance au musée du Louvre, janvier 2006.

Nathalie Talec se met en scène, prend la pose. Comprendre ses personnages et sa posture d’artiste-interprète c’est aussi aller vers « l’art d’attitude » comme expression artistique. Elle est une digne héritière de « l’attitude Fluxus » concomitante de l’apparition du personnage médiatique pop.

Quant à ses sources d’inspiration, elle puise dans les littératures scientifiques, mythologiques, mais n’échappe pas à la télévision, et aux archétypes médiatiques inventés pour un public à la recherche de sensations : la sitcom, le monde de la variété pour verser dans l’intime via le sentimentalisme.

 

JPEG - 232.8 ko

PDF - 1.1 Mo
cqfd
Télécharger la version PDF