Détour Episode 1
18 novembre 2005 – 26 mars 2006

Eléments biographiques

Jacques Monory débute la peinture à une époque
où la scène artistique contemporaine est du côté
d’une peinture gestuelle, abstraite ou, de manière
un peu plus ambiguë, non figurative.

Matières, coulures, le tableau est, dans l’héritage le plus du direct du surréalisme, un espace de l’inconscient, que le geste du peintre délivre à tous.

Cependant, dès 1962, il tourne le dos à l’école de Paris,
chantre de cette abstraction lyrique devenue académisme,
pour interroger le monde qui l’entoure. Comme lui,
en France au milieu des années 1950, les nouveaux réalistes
rejettent cette peinture fermée sur elle-même et considèrent
la réalité extérieure comme le matériau essentiel.

Influencé par les pop artistes américains, Monory a cette conviction :
l’histoire quotidienne des hommes, leurs images, leurs objets
doivent prendre place dans l’espace pictural du tableau.

Sa peinture devient figurative, mais non réaliste, précise
mais non objective, une « figuration narrative ». Il ne fait pas
de constat cynique de la société de consommation et de
la prolifération des images publicitaires ou médiatiques.
Il donne à voir un « catalogue mondial d’images incurables »,
angoisses et perversions de l’humanité dont il dénonce
les faux-semblants et dont il fait pourtant partie.

Entre autobiographie et récit d’une histoire collective, Jacques
Monory
sème dans ses tableaux organisés en séries successives
des éléments de sa vie réelle, fantasmée ou rêvée.

Les images photographiques sont le point de départ de
ses tableaux et fonctionnent comme un instantané, une coupe
neutre dans le réel. Extraites des actualités cinématographiques,
de la télévision, documents scientifiques, photos de famille
ou stéréotypes de la société américaine (gangsters, cow-boys,
revolvers), les images projetées sur la toile s’entrechoquent,
se juxtaposent, se fragmentent et prolifèrent, quitte
à confondre réel et fiction.

Jacques Monory monte ses images comme au cinéma. Kaléidoscope, collusion, syncope.
Le tableau, souvent de grand format, devient écran
de cinéma, baigné dans un bleu monochrome, espace saturé
d’indices, d’arrêts sur image – cet instant suspendu où le
temps laisse place à l’angoisse et à l’attente de l’action finale,
comme dans les films noirs américains. En bleu ou en
Technicolor, les histoires de gangsters, de femmes fatales ou
de voleuses que nous raconte Jacques Monory baignent dans
un climat narratif qui ne tient compte d’aucune temporalité
connue.

Prenant pour cible les comportements humains
les plus détestables, vanité, jalousie, cupidité, sa peinture se
révèle chronique, journal. Le bleu est constamment employé
par Monory comme outil de représentation et motif. Il met
à distance le peintre de ce réel trop brutal qu’il partage
malgré lui avec le reste de l’humanité ; il nous plonge dans un
univers onirique glacé et nostalgique, immobilisé entre réalité
et fiction, entre mythologie personnelle et rêve collectif.

 

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