«Le Théâtron des nuages»
Du 10 mars au 3 juin 2012

Entretien avec Frank Lamy et David Perreau

En 2010, le Mamco de Genève a consacré une exposition rétrospective à IFP, dont vous étiez par ailleurs le commissaire, quelles sont les spécificités et différences pour l’exposition au MAC/VAL ?

David Perreau : Avant le Mamco, jamais autant d’ œuvres d’IFP n’avaient été réunies dans une seule exposition. Ce projet visait notamment à mettre à l’épreuve (de la critique, de l’histoire) un œuvre qui selon moi avait marqué de façon durable l’art des années 80. Au MAC/VAL, l’exposition sera très différente dans sa forme : plus radicale et moins muséale qu’au Mamco. Ici la configuration architecturale du musée a sûrement orienté l’option proposée par Jean-François Brun et Dominique Pasqualini, les « figurants » d’IFP : sur une imposante structure en échafaudages, sera présenté l’essentiel des oeuvres de l’exposition. Ce dispositif trouve évidemment son sens compte-tenu de la place déterminante de la notion d’« exposition » dans la pratique d’IFP.
Comme au Mamco, l’exposition du MAC/VAL interrogera en creux la question de la rétrospective : ici aussi l’inventaire exhaustif des oeuvres d’IFP ne sera pas présenté. Et certaines « images génériques » trouveront de nouvelles formes d’énonciation.

Pourquoi montrer IFP aujourd’hui ?

David Perreau  : L’exposition du MAC/VAL vise à reconsidérer une sorte de mythe : celui d’une « agence » qui a développé son activité sur 10 ans seulement. Et qui, comme peu d’artistes de cette génération en France, a marqué de façon décisive l’art des années 80. Si la pratique d’IFP croise celle d’une génération d’artistes américains « post-conceptuels » (Sherrie Levine ou Allan McCollum par exemple) - que Brun et Pasqualini rencontrent d’ailleurs à New York au tout début des années 80 -, il semble également clair qu’elle annonce certaines obsessions des années 90 - pensons à Philippe Parreno ou Liam Gillick par exemple.
Plus important peut-être : entre 1984 et 1994, les oeuvres d’IFP produisent à leur manière un point de vue critique et politique sur l’état du monde qui, avec le recul du temps, résonne de façon prémonitoire.

Quel choix et dispositif ont été opérés pour montrer leur travail ?

David Perreau : Il n’a jamais été question de tout exposer. Le choix des oeuvres a été fait sur la base d’une sorte de « diagnostic critique ». Et sur la prise en compte d’une évidence dans l’art d’IFP : entre 1984 et 1994, très peu d’oeuvres ont finalement été produites. Et parmi ces oeuvres, nombreuses sont celles qui mettent en jeu, avec insistance et abus, les mêmes images (de ciel par exemple) ou les mêmes éléments (strapontins ou bâches par exemple). Nous avons fait un choix qui souligne la valeur « modulaire » des oeuvres d’IFP : à l’heure où cet entretien est fait, nous avons encore très peu de visibilité sur le « plan d’accrochage ». Nous savons néanmoins que l’exposition du MAC/VAL sera l’occasion d’associations et de combinaisons inédites entre les oeuvres.

Cette exposition d’IFP est présentée en même temps que le nouvel accrochage des oeuvres de la collection du MAC/VAL. Existe-t-il des liens entre les deux expositions ?

Frank Lamy : Avec ce projet démarre un cycle d’expositions à caractère plus historique, où nous souhaitons donner à voir des moments un peu mis de côté de l’histoire de l’art en France, afin de prolonger autrement le travail scientifique mené au sein de la collection.
Si le 5e Parcours se tourne vers une mise en question de l’avenir, l’exposition se tourne donc, à l’inverse, vers la décade 1984-1994, visitée aujourd’hui, en 2012.
Cette exposition « Le théâtron des nuages », faisant suite à la monographie très cinématographique de Jesper Just, en prend le contre-pied. Il est important pour nous de donner à voir la diversité de l’art contemporain.