Exposition collective
Du 7 mai au 19 septembre 2010
  007/015  

Transpiration : Portrait olfactif

Depuis la fin des années 1970, usant d’une grande diversité de médiums ( la
performance, la sculpture, l’installation, la vidéo ), Jana Sterbak questionne
notre condition humaine. Ses objets et dispositifs sont énigmatiques, pseudofonctionnels
et métaphoriques. Le choix de matériaux émotionnellement
et symboliquement chargés, inertes ( métaux et minéraux ) ou au contraire
périssables et/ou instables ( feu, glace, électricité, pain, viande… ), installe
l’humain au coeur d’une double approche, biologique et culturelle.

Avec Transpiration : Portrait olfactif, le propos est extrêmement resserré :
un flacon en verre massif, dont la forme irrégulière évoque un organe, une
tumeur, un galet ou un coquillage, renferme une reconstitution chimique
de la sueur de son partenaire. L’esthétique n’a rien de clinique, le matériau
évoque l’alchimie : tout renvoie au bizarre, au baroque, au cabinet de
curiosités, à un univers antérieur à l’aseptisation généralisée.

« Portrait olfactif » : on le sait, la sueur fonctionne comme la « signature »
chimique d’un individu ; pour les autres animaux, elle est un moyen de
communication essentiel. S’il renfermait une sueur authentique, l’objet
serait l’équivalent « subtil » des boucles de cheveux ou des photographies
que l’on conserve comme des reliques. Un remède contre la séparation, à
respirer pour raviver l’excitation, le souvenir de l’intimité, de la proximité
sensuelle. Et le portrait retrouverait sa fonction primitive, quasi magique,
de contrecarrer la dégradation des corps ou simplement l’oubli.

Mais ce liquide synthétique n’exprime l’essence de l’amant qu’appliqué sur
une autre peau. Au-delà de la représentation, il s’agit alors d’envoûtement,
de rituel, de prise de possession.
i. b

 

Jana Sterbak

1995
Verre, sueur humaine reconstituée, 16 x 28
x 14 cm.
Prêt de l’artiste.