Exposition collective
Du 7 mai au 19 septembre 2010
  012/015  

Kids on a Tomb

Kevin Francis Gray immortalise dans la résine, le bronze ou le marbre la
fragilité d’adolescents tourmentés. À une conception minimaliste de la
sculpture importée des États-Unis en Angleterre par Anthony Caro au
début des années 1960, il oppose une approche traditionnelle, des schémas
iconographiques issus du classicisme qu’il contamine d’une décadence
appartenant autant à la Babylone de Pyrame et Thisbé qu’à l’époque
contemporaine. En prenant la photographie pour point de départ de la
réalisation de ses sculptures, l’artiste dresse le portrait d’un type de société
au travers d’individus qui eux-mêmes tentent de se fabriquer une image.
Dans une fusion d’esthétiques au réalisme ambigu, il emprunte à une
représentation académique les proportions canoniques et conjugue à
l’emploi de matériaux nobles une focalisation extrême sur les composantes
essentielles de la sculpture – les socles sont souvent aussi importants que
les corps qu’ils supportent.

Dans Kids on a Tomb, l’utilisation de drapés cite la sculpture baroque, pour laquelle ceux-ci signifient autant que l’expression d’un visage ou le geste d’une main. Servant au xviie siècle à séparer deux réalités, terrestre et
céleste, le motif du linceul éloigne ici le couple de la banalité du monde.
« Outsiders » pour toujours, les deux gisants ainsi piégés entre l’enfance
et l’âge adulte acquièrent la jeunesse éternelle.

Alors que la statuaire grecque portait à son paroxysme la perfection de la
représentation, considérant la beauté du corps comme une forme d’exorcisme du chaos, Kevin Francis Gray fait de cette fascination adolescente pour le sentimental et le macabre un monument nappé d’une surface lisse et miroitante. Avatars contemporains de Roméo et Juliette, les deux enfants deviennent les figurines grandeur nature d’une tragédie pop.

L.H.

 

Kevin Francis Gray

2008
Fibre de verre, résine, peinture automobile, 110 x 110 x 165 cm.
Prêt de l’artiste. Avec l’aimable autorisation de la fondation David Roberts, Londres.
© Photo Tara Moore.