Exposition collective
Du 23 février au 19 mai 2013

Mot du commissaire de l’exposition

En résonance avec le cinquième accrochage des oeuvres de la collection, qui, sous le titre de « Vivement demain », explore le mythe de l’artiste visionnaire, « Émoi & moi » s’inscrit dans la continuité de l’exposition collective « Situation(s) [48°47’34’’N/2°23’14’’ E] »* où s’est développée une réflexion autour d’un appel à des « Êtres au monde » résistants et agissants, tournés vers l’Autre. « Émoi & moi » renverse la perspective et réunit des oeuvres qui font de l’introspection une force motrice. Usant de métaphores, les artistes réunis ici développent des stratégies d’expression pour habiter le monde.

Les Cellules d’Absalon déroulent une réflexion autour de l’inscription d’un corps générique dans un espace, un habitacle célibataire, entre enfermement et protection, repli sur soi (capsulaire, monacal, carcéral, foetal…). Les maquettes présentées jouent pleinement de la dimension projective de toute oeuvre d’art et fonctionnent comme des « propositions d’habitation ».
Pierre Buraglio ancre sa mise en question des moyens de la peinture dans une approche autobiographique, teintée de souvenirs. Avec le Mémento caviardé, c’est l’activité de toute une année qui sert de point de départ à cette composition plastique. Toute une intimité est ainsi exhibée mais cachée dans un même mouvement.
Pascal Convert, poursuivant ses interrogations sur la représentation et la fabrique des images, se livre avec sa Chambre de sommeil à une mise en forme (une mise en lieu) de son activité cérébrale et physiologique durant une nuit de 1991, relevé graphique d’un espace inconnu, d’un intérieur impensable.
Simon English dresse, avec ses dessins, une sorte de cartographie mentale, à la recherche de souvenirs perdus et d’instants fugaces. Fantasmes, énervements, joies, lapsus, ratages, associations, obsessions… se combinent à l’infini, en un territoire mouvant, théâtre d’ombre où rien n’est certain.
Dans Nocturnal, Alexandre Gérard, traquant les failles du réel, tente de comprendre sa somniloquie. Enregistrements et transcriptions/traductions sont les outils de cette entreprise « idiote » et analytique de dévoilement.
Pierre Joseph dé/re-construit le réel et ses représentations à l’aune des usages idiosyncrasiques. Il met en crise la validité des systèmes et outils de mise en forme du monde.
Avec Joris Lacoste, c’est d’hypnose et de performativité de la parole dont il est question. Ses rêves préparés gisent à tout jamais dans la mémoire de leurs possesseurs.
Laura Lamiel, quant à elle, combine et agence sans cesse ses Figures, véritable remise en jeu/mise en abyme (en exposition) d’espaces mentaux où se développe toute une matériologie poétique singulière et mystérieuse.
Avec The Lovers, Dominik Lang poursuit son questionnement de l’idée même d’héritage, dans un dialogue intergénérationnel personnel et artistique.
L’Aliment Blanc de Robert Malaval agit comme une métaphore des forces obscures, obsessionnelles et névrotiques qui recouvrent le monde et font ex/im-ploser le réel, entre grouillement et envahissement.
Annette Messager, entre collection de signatures et de châteaux en Espagne, met en crise l’idée de l’unicité du sujet et l’affirme comme construction sociale écartelée entre différentes instances.
Les Objets de prémonition de Daniel Pommereulle, entre séduction et agressivité, portent un regard pour le moins aigu et tranchant sur l’activité artistique.
Les Psycho-objets de Jean-Pierre Raynaud se nourrissent de références personnelles et symboliques mettant en tension leur charge émotive et obsessionnelle, leur potentiel psychique intime.
Tout l’oeuvre de Tatiana Trouvé métaphorise les mécaniques cérébrales dans une approche tant psychanalytique qu’énergétique. Ça circule dans ces reconfigurations d’espaces rhizomatiques. Wallinger affirme l’existence du Sujet, du « JE », polymorphe et écartelé, comme matière même de l’art, interrogeant par la même occasion la performativité de l’énonciation. Qui dit JE ?
Point de départ de l’exposition, le film Dancing, de Patrick Mario Bernard, Xavier Brillat, Pierre Tridivic (diffusé le 7 avril), articule une méditation autour du travail de l’art à l’aune de l’irrationnel. Réalité et fiction s’entremêlent dans ce film fantastique construit autour de la figure du double.

Jouant avec et tordant le cou à l’idée que l’art serait l’expression d’une intériorité, questionnant cette idée même d’intériorité, cette exposition construit une réflexion sur ce qui pourrait s’appeler une archéologie du « je ». Comment donner forme à l’impalpable, à l’irrationnel, à l’invisible, aux émotions, à la fugacité des instants passés ? Si élaborer des espaces mentaux est une des taches de l’art, comment les représenter ? Cette difficulté, voire cette impossibilité, se donne comme une dynamique fertile dans les œuvres réunies qui permet de poser la question essentielle : qu’est-ce qu’un Sujet ? Comment se construit-il ? Qu’est-ce que le travail de l’art ? Comment les artistes jouent-ils de l’interface entre soi et le monde ?

Frank Lamy.

A propos de l’exposition " Emoi & moi", entretien avec Frank LAMY du 18 février 2013

 

Petit Journal

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