Le grand sommeil Episode 1
19 Mai au 10 Septembre 2006

Présentation

Le titre donne le ton : Le Grand Sommeil, d’Howard Hawks (1946), archétype du film noir américain, annonce l’univers fictionnel et artificiel en jeu dans l’oeuvre de Claude Lévêque.
Le Grand Sommeil est une installation in situ, une œuvre environnementale conçue spécialement pour le lieu.

Présentation

Le titre donne le ton : Le Grand Sommeil, d’Howard Hawks (1946), archétype du film noir américain, annonce l’univers fictionnel et artificiel en jeu dans l’oeuvre de Claude Lévêque.
Le Grand Sommeil est une installation in situ, une œuvre environnementale conçue spécialement pour le lieu.
L’artiste construit une image en trois dimensions. Par la théâtralisation des objets qui la constituent, le recours à la lumière noire, un procédé de renversement à 180 ° de l’espace et un son spécifiquement créé,
il bouleverse les sens et les repères spatio-temporels. Claude Lévêque rêve pour nous un souvenir d’enfance, un récit sans mot, par assemblage d’éléments simples, reconnaissables. Des rangées de lits, lits d’internat, d’hôpital, ordonnés et subordonnés à un imaginaire du collectif aliénant. Mais la vision critique de l’artiste a dérangé cet ordre inquiétant, opérant par renversement.

La lumière noire transforme des lits inoffensifs en fantomatiques vaisseaux descendant du plafond, comme dans les contes ou les rêves. Le sol s’est dérobé, devenu un toit où des demi-sphères, comme des hublots, contiennent des boules blanches tombées des lits. Billes et bouliers.
Souvenirs de jeux.
Le lit, motif récurrent dans l’œuvre de Claude Lévêque, est ici multiplié. Pris dans son unicité, il évoque pour chacun l’enfance, l’amour ou la mort ; ainsi répété, reproduit sans le moindre détail, il se vide de sa charge symbolique et devient emblématique du collectif, d’un monde dépersonnalisé, vide d’expérience individuelle. Un son d’ambiance, évoquant les airs banals et lancinants de restaurants exotiques bon marché, et une lumière noire qui nous plonge dans une fausse nuit suppléent la métaphore du grand sommeil. Cette fantasmagorie palpable nous livre une vision et une volonté du monde.

L’artiste dit l’ordre mais, le renversant, le mettant à sac, la tête en bas, il moque largement l’édifiant et procède à la rébellion, à l’attentat et au détournement.

L’enfance est au centre du récit, thème récurrent dans les pièces de Claude Lévêque, ainsi que la nuit, qui s’avance toujours, créant le déséquilibre, le questionnement. Ce dortoir d’internat dénonce la fin éphémère de l’ordre, et annonce le coup d’envoi d’un jeu qui peut commencer.

Le Grand Sommeil fonctionne comme l’œuvre littéraire, par métaphore, espace à lire, et nous invite en son monde comme n’y étant pas.

L’installation fonctionnerait comme un conte de fées utilisant les ressorts narratifs de l’enchantement, du basculement ou renversement de situation, du parcours initiatique. Le visiteur joue dans cet espace fictionnel des étapes essentielles, l’enfance, la mort, et expérimente la peur
du vide, de l’absence. C’est une atmosphère que le public est invité à pénétrer. La traversée de l’espace ne suppléera cependant pas à l’absence, à la perte que souligne l’installation.

Stéphanie Airaud et Muriel Ryngaert, équipe des publics

Edito

Claude Lévêque présente du 19 mai au 10 septembre 2006 une installation in situ inédite , intitulée Le Grand Sommeil . Cette présentation imaginée pour le MAC/VAL, compose, après l’exposition de Jacques Monory Détour (présentée du 18 novembre au 26 mars 2006), le deuxième volet d’une rencontre entre deux artistes majeurs de l’art contemporain en France.

Cette rencontre figure le projet qui anime le musée : raconter l’histoire artistique du territoire français à travers ses artistes.
Le musée propose aux artistes d’être les architectes de leur exposition, acteurs et maîtres d’œuvre de la vision de leur travail. Jacques Monory a livré, pour le premier épisode de cette rencontre en deux temps, un parcours inédit dans son œuvre.

Claude Lévêque nous entraîne pour le deuxième épisode dans une expérience toujours sensible du monde mais d’une expression radicalement différente. Il interpelle tous nos sens, créant une distance métaphorique entre la réalité et l’image.

À travers ses scénographies, Claude Lévêque invite le visiteur à investir l’œuvre, il le confronte à sa propre histoire et aux échos de la culture dans une exploration qui dépasse les souvenirs personnels de l’artiste. Ce jeu des sensations et de l’enfermement permet au visiteur d’être acteur et de laisser libre cours à son imagination.

L’œuvre est ici unique, spectaculaire tout en jouant d’éléments simples, chacun contribuant à la mise en scène d’une atmosphère poétique. Claude Lévêque nous parle de son histoire, entre autres histoires. D’un temps précis de sa jeunesse, il rejoint les souvenirs des autres.

Par les assemblages d’objets, par la lumière, par le son, par l’impression des éléments transparaît l’histoire d’un temps, fugace mais universel. Souvent, émane des œuvres de Claude Lévêque cette impression de « déjà-vu », ou plutôt de déjà vécu.
Son œuvre tend à ramener à la surface l’intime pour l’entraîner dans le territoire du commun et du partagé.
Son univers nous ramène sur le chemin de notre histoire, grâce à des indices : des moments de vie, des signes du temps qui composent des réminiscences, des images de l’enfance qui nous rattrapent et nous troublent.

Ses évocations, souvent métaphoriques, parfois immatérielles ou dématérialisées, créent des images en trois dimensions, ambiances composées d’objets renversés, de musique, de souvenirs retrouvés d’une jeunesse incessante qui nous poursuit.
Cette nouvelle installation de Claude Lévêque sera présentée, dans les salles d’expositions temporaires, sur une surface de 1 350 m2. À l’occasion de l’exposition, un catalogue de 208 pages en couleur sera édité aux éditions du MAC/VAL.

3 questions à Claude Lévêque

Vos installations créent des univers plastiques parfois inquiétants,
entre fiction et réalité. Selon quel principe fonctionne le dispositif
du
Grand Sommeil ?

L’espace est baigné dans une atmosphère nocturne, d’où seuls
émergent les lits et les boules, qui apparaissent comme des
silhouettes. Les lits suspendus à l’envers, retournés vers le bas,
semblent s’envoler vers le ciel, en tout cas vers le plafond.

Parallèlement à la thématique de l’enfance, du sommeil et de la nuit,
l’ensemble de la pièce est donc construit à partir d’un principe
de renversement, de retournement.
Un certain nombre d’éléments
récurrents dans mon travail accentuent la sensation de déséquilibre,
de perte de repères, et vont dans le sens d’une perturbation qui instaure
une rupture avec le réel et crée un rempart, une protection.
Sans pour autant proposer de situation véritablement stable, ce dispositif oppose à un monde dur et impitoyable des situations de métamorphoses.

D’où vient cet enfant au visage lunaire, visuel de l’exposition
Le Grand Sommeil ?

Le Grand Sommeil fait référence à une de mes premières installations,
présentée en 1984 au musée d’Art moderne de la Ville de Paris,
à laquelle par la suite l’ensemble de mon travail a été longtemps
assimilé : La Nuit.

Pour le visuel de l’exposition du MAC/VAL,
je reprends une des photos d’enfants que j’avais alors utilisées,
celle de Mehdi, l’acteur du feuilleton télé des années 1960
Belle et Sébastien. Je tenais beaucoup à la présence de ce portrait,
immédiatement reconnaissable. Belle et Sébastien est l’un
des premiers feuilletons télé, il fait – en tout cas faisait ! – partie
de l’inconscient collectif. Les autres portraits étaient ceux d’enfants
anonymes, selon une iconographie emblématique de l’enfance.

Avec Le Grand Sommeil, je reviens sur La Nuit, mais sur un mode
radicalement différent. Depuis, j’ai évolué vers un univers beaucoup
moins marqué par la mémoire et par l’enfance, vers des situations
de représentations davantage liées au monde d’aujourd’hui.

La production de cette installation est l’occasion d’une nouvelle
collaboration avec Gerome Nox, musicien.

La bande sonore qui accompagne Le Grand Sommeil est
un son d’ambiance qui peut évoquer l’atmosphère d’un restaurant
chinois.
J’ai été fasciné au Japon par les salles de « patchinko »,
un jeu très populaire, sorte de flipper beaucoup plus rapide.
L’ambiance de ces salles est absolument folle et généralement
baignée par une musique pseudo-asiatique parfaitement banale,
qui s’articule très bien avec le bruit et le mouvement perpétuel
des boules du patchinko.
_Cette musique hybride s’inscrit dans
une temporalité tout à fait ambiguë qui m’intéresse beaucoup :
mixée aujourd’hui, elle est constituée d’airs anciens qui véhiculent
tout ce qu’il y a de plus marquant dans notre histoire auditive.

Le patchinko a bien évidemment également inspiré l’idée
des boules disposées sur les barreaux des lits façon boulier.
Et le boulier renvoie lui aussi à l’idée du temps…

 

PDF - 1 Mo
cqfd
Télécharger la version PDF

PDF - 431 ko