Le grand sommeil Episode 1
19 Mai au 10 Septembre 2006

Mot du commissaire de l’exposition

Pour cette exposition inaugurale, carte blanche
est donnée à deux artistes majeurs de la scène
artistique française et internationale. Pour une
rencontre en deux temps : deux expositions,
deux publications. Deux volets d’un même
projet. Ces deux artistes aux parcours
singuliers, ont investi, chacun à sa manière,
l’espace dévolu aux expositions temporaires.
Après Détour de Jacques Monory, au tour
de Claude Lévêque de nous entraîner dans
Le Grand Sommeil du 19 mai au 10 septembre 2006

Au-delà des liens formels et chromatiques,
l’œuvre de ces deux artistes, romantiques
et dandys, est traversé et structuré par une
énergie poétique similaire.

Leurs œuvres, expériences sensibles du monde, s’ancrent dans
des questionnements très autobiographiques
et prennent forme de manières radicalement
différentes.

Claude Lévêque propose des
installations in situ qui en appellent à des
émotions élémentaires par le biais de mises
en scène, d’ambiances fortes et chargées,
lestées pourrait-on dire, bien que très souvent
immatérielles. Il invente à chaque exposition de
nouveaux scénarios d’exploration de l’espace.

La peinture de Jacques Monory, quant à elle, se
déploie dans le temps selon un principe sériel,
non linéaire, de reprises et de re-visitations
permanentes, de remises en jeu. Avec Détour ,
il avait imaginé ce dispositif conçu comme un
film, un montage complexe d’une cinquantaine
de tableaux, accrochés dans cette spirale
colorée qui déroulait un parcours chromatique
s’achevant sur une pirouette ricanante, un vaste
autoportrait en quelque sorte.

Malgré leurs différences, les projets de
ces deux artistes entretiennent des points
d’accroches : le visiteur dans les deux cas est
immergé totalement dans des environnements
englobants conçus véritablement pour le lieu
qui les accueille.

La construction de l’image (du tableau au
paysage mental) est une de leurs préoccupations
centrales, suivant des logiques distinctes et
singulières de fragmentation et de liberté.
Le temps qui passe, la mort, l’effacement, la
mémoire, mais l’être au monde, la jubilation aussi… sont autant de thématiques récurrentes
de ces univers, graves et légers en même
temps. L’exploration subjective du réel, le
questionnement métaphysique sont des
ressorts majeurs de leurs œuvres.

Tous deux s’ancrent dans le monde, ne le
fuient pas, mais véritablement « font avec », en
questionnent les représentations. Leurs regards
critiques prennent des formes poétiques
faisant preuve d’un grand classicisme. Il y a
chez ces deux là quelque chose qui pourrait
s’apparenter au grand guignol. Une fascination
pour le grandiloquent, l’artifice démonté, le
too much.

L’un comme l’autre mettent en place des
climats narratifs, des amorces d’histoires,
laissant une très large part aux interprétations
et aux appropriations des visiteurs. Leurs
œuvres se construisent par l’utilisation
récurrente, quasi-obsessionnelle, d’objets et de
couleurs qui fonctionnent comme des indices
(transformant la contemplation de l’œuvre
en véritable enquête policière, en « Énigme »)
qui deviennent symboles. Le symbole étant
entendu, selon son étymologie, comme ce qui
unit des individus, le ciment d’un lien social.

Il n’est pas anodin à cet égard que tous deux
s’emparent de motifs issus de la culture dite
populaire (musique, cinéma, romans policiers)
qui sont autant de « lieux communs ». Se
positionnant à la croisée de ces clichés et de
l’idiosyncrasie autobiographique, ils bâtissent
des zones de réactivités, ils produisent des
mythes.

Frank Lamy

 

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Petit Journal
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