8002-9891
Du 28 mars au 22 juin 2008

Mot du commissaire de l’exposition

Le texte de l’œuvre

Partant d’une analyse des moyens et des fins de l’art, Claude Closky
examine, depuis maintenant une vingtaine d’années, les systèmes
d’information, de représentation et d’organisation du monde. Poussant
leurs logiques internes jusqu’à leur propre point d’effondrement
et d’anéantissement, il agence, classe, répertorie, ordonne, désordonne,
désorganise de l’intérieur. Il met véritablement en oeuvre une théorie
subjective de l’information et des médias qui obéit à deux mouvements
apparemment contradictoires : l’ellipse et l’accumulation. Cette navigation
entre les objets, les signes et les images qui codifient et informent
notre univers prend au piège les techniques de la communication
par infiltration. Les clichés et autres mots d’ordre ainsi véhiculés
sont détournés et retournés pour une réflexion sur la construction
de l’identité, tant individuelle que collective.

Dans une tradition post-structuraliste, le langage est son instrument de
prédilection. Héritier oulipien de Magritte et de l’art conceptuel, l’économie
du signe (désignation, signifiant et signifié…) constitue une de ses matières
premières. Claude Closky utilise la stratégie même des systèmes
qu’il questionne par une mise à l’épreuve et en abyme subtiles et implacables
de leurs logiques internes. Il travaille les potentialités descriptives
et constructives que le langage contient dans un mouvement concomitant,
très précisément là où le mot est la chose.

Décodeur de signes et messages, il s’empare des modes d’organisation
du monde (mathématiques, alphabétiques, temporels et autres),
des liens capitalistes entre l’être, l’avoir et le vouloir, des mots d’ordres
émis par la société de consommation, où richesse, beauté, jeunesse sont
les conditions du bonheur, des injonctions d’usages du monde...
Les superposant, il produit de la vacance dans les agencements machiniques,
les grilles de lecture et d’analyse. Véracité et efficacité des énoncés sont
mises en crise (Que se passe-t-il quand l’on classe les 10 premiers nombres
par ordre alphabétique ?). Au travers de ces dérèglements des systèmes
d’information, c’est bien d’énonciation dont il est question, d’usage
(cf. Michel de Certeau).
Cette première rétrospective se propose comme un moment d’arrêt
et de retour sur l’oeuvre et envisage de mettre en relief les cohérences
thématiques et procédurales de cet univers polymorphe. Si l’oeuvre
de Claude Closky adopte plusieurs formes, de la peinture au site Internet
en passant par le dessin, le collage, la photographie, la vidéo ou le diaporama, son champ d’interrogations est constant.
Cette exposition proposera une relecture d’un ensemble de pièces balisant
son oeuvre. Partant de cette capacité essentielle qu’a le texte à exister
tant dans sa forme écrite que parlée, certaines oeuvres, véritables partitions,
seront transposées. Du visible au sonore, le visiteur devenu auditeur
se trouvera au coeur d’un parcours allant de 1989 à 2008.

Frank Lamy

 

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