Du 15 janvier 2010 au 28 mars 2010

Mot du commissaire de l’exposition

Je rêve

Longtemps, j’en ai rêvé ; Il y a eu un avant, il y aura un après. C’est un passage.
Avec Après, second acte d’un « opéra » dont le premier, Personnes, se déroule au Grand Palais dans le cadre de Monumenta, Christian Boltanski nous fait passer, de l’autre côté. Il réconcilie dans cette installation, à l’échelle du MAC/VAL, les différents temps.
Il nous immerge dans sa vision de l’au-delà, matérialisé, existant, presque rassurant car calqué en négatif sur un réel abandonné. Un au-delà familier grâce aux voix amicales qui nous accueillent, inquiétant enfin par le dessin d’une errance infinie.

Entre les murs d’une ville noire, nous marchons, dans un présent frémissant, entre ces « kaaba » lourdes d’histoires, animées du souffle des projets compactés, des souvenirs biens rangés, enfermés.

Si « le temps qui reste » est chez Christian Boltanski sujet à pari, le temps à venir se déroule, construit du passé qui fait masse, animé de l’histoire de chacun qui peut se déployer en récit. Celui-ci est à écrire, à chaque pas, au fil de ces rues fantômes, où la lumière surgit de chaque personnage, de chaque rencontre.
Car voilà le programme, et il n’est pas triste, loin de là ! Errer, certes, mais ensemble ! Au détour d’un carrefour, de l’autre côté d’un mur un personnage, une vie à écouter.

Christian Boltanski aime raconter des histoires. Avec Après, il nous invite à fabriquer notre propre récit, « Les choses de la vie », qui sont sensées apparaître, fulgurantes, à l’aube de la mort, où se conjuguent le passé, le présent et le futur.
Le Temps est sa matière, son sujet. C’est avec lui qu’il nous embrasse, nous immerge et nous retient, dans cette œuvre polyphonique, vertigineuse.

Alexia Fabre

Extrait du Petit Journal

Christian Boltanski crée pour le MAC/VAL une oeuvre, une exposition, un environnement dans lequel le visiteur est invité à vivre une expérience
extraordinaire, car réversible, celle de l’« après ». En parallèle à son invitation
au Grand Palais dans le cadre de la manifestation Monumenta 2010, où son projet parle encore de la vie, c’est à la visite de la mort qu’il nous entraîne ici. Le visiteur traverse l’image d’un visage, anonyme, et se retrouve soudainement dans une ville obscure, où les éléments architecturaux géométriques, pleins et noirs, dessinent un chemin qui peut figurer l’errance à venir.

Dans cet environnement sombre et inquiétant, la lumière (au sens propre comme au figuré) surgit des rencontres. Seuls des hommes qui marchent,
référence à la quête existentielle de l’humain si magnifiquement figurée par Alberto Giacometti, portent cette lumière en posant aux visiteurs des questions sur la raison de leur présence, sur leur mort donc. Gaiement.
Christian Boltanski a fait de la mémoire, de l’histoire collective comme de la plus intime sa matière. Il réconcilie ces deux expressions de l’humanité si souvent face à face, pour mieux raconter des histoires construites sur un réel inventé, parfois évoqué, jamais décrit. La vie et son revers la mort
sont le sujet de son oeuvre : elles s’expriment par leurs traces, les photographies, les archives, les objets comme les vêtements qui en sont les pelures, par les monuments qui les célèbrent, par les voix qui les rappellent.

Se rapprochant du théâtre par la création d’un environnement et par la mise en scène de l’espace comme du visiteur, il invente ici un monde à venir, constitué de mémoire compactée dans les structures architecturales, animé par le vent, par le souffle de la vie et par les voix, humaines, réconfortantes,
dédramatisant ce futur inconnu. Le visiteur n’est donc qu’en visite, il repart dans le monde présent, marqué par cette expérience éphémère et vertigineuse…

Alexia Fabre,
conservateur en chef du MAC/VAL, commissaire de l’exposition

 

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