Festival au MAC VAL

Notre danse in situ

16h30
Mylène Benoit, performance
Salles d’exposition, vestibule

Présentation

Il s’agit de retourner vers le lieu d’où vient la danse, pour s’interroger sur son pouvoir lorsqu’elle se pratique comme un geste essentiel : quelle danse emporterions-nous sur une île déserte ? Quels gestes, quels chants, pourront tous nous rassembler, nous ressembler, nous représenter ? NOTRE DANSE sera celle de nos ritournelles intimes, de notre folklore intérieur : une langue, une danse chorale et sonore qui vient de loin, comme tirée d’un fond commun. Un folklore inédit. Notre danse.

Conception : Mylène Benoit
Interprétation : Julien Andujar, Maeva Cunci, Alexandre Da Silva, Célia Gondol, Nina Santes
Assistanat artistique : Magda Kachouche
Production : Contour Progressif
Avec le soutien de l’ADAMI et de la SPEDIDAM. Réalisé avec l’aide du Ministère de la Culture et de la Communication / DRAC Nord-Pas de Calais. Contour Progressif est soutenue par la DRAC Nord-Pas de Calais, par la région Nord – Pas de Calais au titre de l’aide au programme d’activité et par la ville de Lille.

Biographie de Mylène Benoit

A l’issue d’une formation universitaire (Beaux Arts & Pratique des médias contemporains) à Londres et à Paris, Mylène Benoit développe un travail plastique parallèlement à ses activités de muséographe pour la Cité des sciences et de l’industrie (de 1997 à 2006). Elle expose à Londres, Paris, Shanghai, Nantes, Tourcoing. En 2003, elle fonde la compagnie Contour Progressif à Lille, à l’issue de 2 années de formation / résidence au Fresnoy, Studio national des arts contemporains. En 2008-2009, elle est chorégraphe-stagiaire dans le programme Transforme (dir. Myriam Gourfink) à l’Abbaye de Royaumont.

Source : http://www.contour-progressif.net/compagnie

Entretien avec Mylène Benoit

Notre danse, nouvelle création de Mylène Benoit dont la pratique artistique est à la rencontre de la danse et des arts plastiques, interroge le pouvoir de la danse lorsqu’on la pratique comme un geste essentiel. Épouser, mettre à distance, déconstruire et reconstruire ce qui s’imprime dans la chair… Notre danse invite cinq danseurs et un musicien à créer une langue née d’un fonds commun.

Nadia Chevalérias : Vous vous êtes formée à l’image, aux arts plastiques et aux Beaux-Arts. À l’issue de votre formation, vous avez toutefois créé une compagnie de danse. En tant que plasticienne, en quoi la danse a t-elle nourri voire déplacé votre travail de création ?

Mylène Benoit : J’ai fondé en 2004 la compagnie Contour Progressif parce qu’après avoir beaucoup travaillé l’image j’avais besoin de faire le "poisson volant", de considérer les techniques contemporaines de représentation depuis un autre médium. J’étais inquiète de la prolifération des images et de la façon dont elles nous « chorégraphient ». Je cherchais à développer des dispositifs plastiques dans lesquels l’image et le corps pourraient s’interroger mutuellement, essentiellement, substantiellement. Dans mes premières pièces, j’ai utilisé la danse et l’espace du plateau comme des révélateurs des artifices de la représentation du corps dans notre société médiatisée. Ces pièces confrontaient directement les corps à l’image à travers le jeu vidéo dans Effet Papillon (2007), les images de guerre dans La chair du monde (2009), le double scopique dans ICI (2010 – co-réalisée avec Olivier Normand). Avec d’une création à l’autre, un même leitmotiv : comment les images informent / déforment-elles nos corps ? Les pièces qui ont suivi (Wonder 2012, Le Renard ne s’apprivoise pas 2012, Cold Song 2013), ont ouvert de nouvelles pistes de travail, plus réflexives ; mais la dimension empirique et exploratoire y reste très présente. Dans ces trois soli, le plateau est un champ de fouille, le corps un objet archéologique, la danse un lieu de « visitation ». J’ai compris, en fabriquant ces trois « études chorégraphiques », que mon choix de la danse comme médium est aussi porté par le désir de mêler étroitement l’exercice du corps et l’exercice de l’esprit : la danse est pour moi un moyen d’établir un rapport tactile entre le lieu de la pensée et le lieu du corps. De mettre en scène, et en commun, le mouvement de la pensée (de l’interprète, du (de la) chorégraphe). Mon travail de création est donc une façon d’émettre des hypothèses, et à travers la danse, de donner cette pensée en partage. La dimension plasticienne de mon travail se manifeste certainement dans la choralité de mon écriture : je considère le phénomène spectaculaire dans son ensemble, sans séparer ce qui en lui est mouvement, corps, matière sonore, vibration lumineuse, événements optiques ou textuels. Cette écriture synesthésique me permet de mettre le corps en rapport, d’interroger son essence.

N. C. : Le titre de votre nouvelle pièce, Notre danse, est d’une nature fictive au sens où le Notre exprime « qui est à nous, qui nous appartient, qui nous concerne ». Comment avez-vous travaillé ce point de vision, d’intersection et d’adhésion avec vos interprètes ?

M. B. : Notre danse repose sur le désir de produire, et de partager, un geste collectif, un acte collectif. Je voulais que la pièce soit la danse de tous les corps et de tous les inconscients réunis autour du projet. Pour cela, il nous a fallu fabriquer notre "souche" commune, inventer nos usages du plateau, nos paysages, nos soins, nos chants, nos mythes. L’équipe artistique au complet a conçu et partagé des rituels inédits, qui ont constitué le terreau fictionnel de Notre danse. La constitution de ce patrimoine commun a été un axe important du travail : écouter nos penchants individuels et collectifs, observer ce que nous conservions. Certains d’entre nous ont choisi des chants - qui sont devenus nos ritournelles, des danses traditionnelles existantes - « trésors » collectifs, dont nous sommes les garants, les émissaires. Nous rendons ainsi hommage à d’autres gestes, à d’autres corps, à d’autres époques. Le plateau est visité par des danses qui ont précédé les nôtres, et qui nous traversent.

N. C. : Vous parlez de « danses traditionnelles existantes » et de « rituels inédits ». Quel a été le protocole de travail que vous avez mis en place pour accompagner vos interprètes dans cette approche anthropologique du geste, de la danse ? À quel moment le glissement vers « une danse inédite » est-il apparu ?

M. B. : La danse a été pratiquée comme geste social et religieux bien avant qu’elle n’émerge comme un des Beaux-Arts, et ce qu’on appelle aujourd’hui la danse folklorique ou traditionnelle porte le témoignage du caractère rituel de la danse. On peut comprendre le folklore comme ce qui reste d’une danse “performative” : une danse non “artistique”, dont le statut n’est pas de montrer, de représenter, ou de séduire, mais d’être efficace, presque magique. Accomplir un geste (et non seulement une danse) qui rend possible un événement, ou la présence d’une force surnaturelle. Dans Notre danse nous dansons pour faire advenir. Notre leitmotiv a été : pourquoi on danse ? Ou encore : pour quoi on danse ? La pièce s’appuie sur la poursuite d’un mouvement impulsé par une nécessité : par exemple, effectuer le geste du chasseur… Ou bien faire danser la lumière, ou bien accomplir un geste en vue d’une célébration, d’une effectuation, plutôt que d’une représentation.
L’intérêt des interprètes pour la dimension anthropologique du geste ou d’un acte, était sans doute un prérequis pour la pièce, mais je n’ai pas eu à le formuler : lors de notre toute première rencontre, j’ai fait travailler les danseurs sur le geste ou la danse qu’ils emporteraient sur une île déserte. Cette entrée dans le travail a suffi à relier nos corps et nos inconscients à l’essentiel, et peut-être à l’origine de la danse. Je crois en effet que nos corps se rappellent des choses que nos consciences ont oubliées. Je crois à la dimension phylogénétique du geste : danser nous relie instantanément à des pratiques ancestrales et à des figures archaïques. Les rituels que nous avons inventés - des soins pour les corps, ou pour l’espace du plateau, des danses de célébration accompagnées par des chants chorals ou des récits - nous sont apparus par pure nécessité, mais je suis certaine, sans pour autant être allée le vérifier, que nous ressuscitons là, avec beaucoup de liberté, des pratiques rituelles existantes.

N. C. : Quel rôle a joué l’improvisation dans ce processus de création artistique ? Avez-vous, d’une manière plus générale, avant d’y requérir réfléchit à l’organisation « sociale » du travail sur le plateau ou est-ce cette méthode qui détermine ce qui va advenir ?

La part de l’improvisation dans mon travail est variable selon les projets. À la manière d’une artiste plasticienne, je redéfinis le dispositif de création à chaque nouvelle pièce. Je réinvente le cadre et les contraintes de travail en fonction de mon hypothèse de départ. Notre danse est née d’une nécessité individuelle, embrassée collectivement, de retourner vers le lieu d’où vient la danse, pour s’interroger sur son pouvoir lorsqu’elle se pratique comme un geste essentiel. J’ai cherché, durant la création, à retenir les mouvements, les sons, les actes absolument nécessaires, indissociables de chaque individu, au sein du groupe que nous formions. Ce postulat m’a naturellement poussée à proposer aux danseurs des improvisations, destinées à les mettre en contact avec les danses – leurs danses – indispensables, absolument nécessaires. Puis, il a fallu articuler ces intuitions individuelles avec la capacité du groupe et de la pièce à intégrer tel ou tel élément. Notre danse a surgi de cet aller-retour entre l’individu et le groupe. Un peu comme dans une micro-société, ou une tribu, nous avons généré notre histoire, nos règles, nos protocoles de recherche et, sans aucun doute, notre organisation « sociale ».

Novembre 2014

Mylène Benoit a été accueillie au Centre chorégraphique national de Tours / direction Thomas Lebrun dans le cadre de l’accueil studio du 22 septembre au 2 octobre 2014.

Notre danse a été créé les 14 et 15 novembre 2014 au phénix, Scène nationale de Valenciennes dans le cadre du festival Next.
Prochaines dates : Mercredi 7 janvier, jeudi 8 et vendredi 9 janvier 2015 à 20h30 au Centre National de la Danse à Pantin ; Lundi 2 février 2015 à 20h30 au Théâtre de Vanves ; Dimanche 19 avril 2015 à 15h à La Gaîté lyrique à Paris ; Mardi 16 juin 2015 au Vivat à Armentières.

Infos : www.contour-progressif.net