Festival au MAC VAL

Présentation

Photo © Cynthia Chung

« Bis repetita placent » est ce célèbre aphorisme inspiré par l’Art poétique d’Horace (circa 13 ap. J.-C.), dans lequel le poète déclare que telle œuvre ne plaira qu’une fois, tandis que telle autre répétée dix fois plaira toujours. La question est donc d’emblée liée au croisement du plaisir esthétique, des processus de création et de transmission, de la reprise et de la répétition. Reprendre (ses esprits) pour résister à l’ennui de la répétition. Reprendre pour déplacer, faire éclater, réparer, corriger le tir, reprendre quelqu’une, réveiller, redire avec d’autres mots, refaire, recréer, faire du même un autre, et non pour plaire, séduire les appétits bourgeois et perpétuer les archaïsmes. Offrir au regardeur, au lecteur, au spectateur, au public, la possibilité d’être repris, de revivre une expérience, de jouer, en tant qu’interprète, avec les mécanismes mémoriels et d’inscription de l’œuvre dans le temps.

Le Festival « Bis repetita placent », articulé autour d’un colloque, de rencontres, de projections et de performances, propose de réfléchir sur les processus de création, de médiation et de transmission de l’art contemporain à partir de la reprise, l’un des fils rouges tendus par l’exposition des œuvres de la collection « L’Effet Vertigo », à l’occasion des 10 ans du MAC VAL.
« C’est le sujet de l’interprète qui est au cœur des œuvres et qui interpelle dans un même mouvement, celui qui regarde et qui fait exister toute l’œuvre d’art. » (Alexia Fabre, conservatrice en chef du MAC VAL).

Face à leur récurrence dans les pratiques artistiques, la reprise et ses avatars – répétition, remake, reenactment, reconstitution, réappropriation - ont fait l’objet d’expositions et de nombreuses recherches. Largement étudiée et théorisée dans les domaines de la création où la notion de répertoire constitue le socle de leur développement et historiographie, à savoir le cinéma et la musique, la reprise est également pour le champ chorégraphique, un puissant terreau de travail et de réflexion. Le danseur et chorégraphe Boris Charmatz, en a notamment fait le point d’ancrage du Musée de la danse à Rennes, déplaçant ainsi les problématiques patrimoniales au domaine des arts vivants, de leur transmission, de leur conservation par leur réitération.

Pratique historique séculaire dans les processus de création et de transmission, pourquoi ces pratiques de la reprise sont-elles pourtant si souvent questionnées, attaquées ou suspectées dans le champ de l’art contemporain ? Peut-être parce qu’elles flirtent avec l’autorité des faits historiques, l’anachronisme, le plagiat, l’aura de l’original, l’amateurisme, la répétition, la liberté de création ? Peut-être aussi et surtout parce qu’elles mettent à mal l’idée d’une histoire de l’art linéaire où l’emprunt et autres procédés citationnels furent jugés de manière morale et souvent péjorativement [1] ? L’idée du remake cinématographique ou de la reprise musicale peuvent-ils être transposables dans les arts plastiques ? Comment le musée, instance de patrimonialisation et de rémanence peut-il conserver un geste, une performance, une pratique culturelle voués au mouvement, sans le répéter au risque de sa désactivation ou de sa folklorisation ? La copie, l’imitation furent les modèles de transmission académique des beaux-arts. La modernité a bousculé cette pratique prônant l’invention et une table-rase du passé. La reprise, entre répétition active et relecture post-moderne, propose une expérience de l’art basée sur un nouvel usage de son histoire, une conception de l’œuvre comme matériau, document, événement, partition, nécessairement dynamique.

[1Voir l’article de Thierry Davila « Histoire de l’art, histoire de la répétition », in Fresh Theory II, Editions Léo Scheer, 2006, p. 189-205.

 

Programme complet

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« Bis repetita placent »