MACVAL

Le MACVAL est ouvert tous les jours de la semaine sauf le lundi:
du mardi au vendredi de 10 h à 18 h
le week-end et jours fériés de 12 h à 19 h.

Fermeture les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

tél. : 01 43 91 64 20
fax : 01 79 86 16 57

Comment venir au musée ?

Place de la Libération
94400 Vitry-sur-Seine

-10/000

Raymond Hains

C’est pas beau de critiquer ?

Carte blanche au critique d’art qui nous offre un texte personnel,
subjectif, amusé, distancié, poétique… critique sur l’oeuvre de son
choix dans la collection du MAC/VAL.
C’est pas beau de critiquer ? Une collection de « commentaires » en
partenariat avec l’AICA/Association internationale des Critiques d’Art.

Affiches lacérées sur tôle découpée
Raymond HAINS, Sans titre, 1977

Quelques notes sur R. Hains,
Sans-titre, 1977

Raymond Hains, affiche déchirée. Un « genre » qu’il
pratique dès les années 1950, et le fait connaître aux côtés
de Jacques Villeglé, François Dufrêne, Mimmo Rotella.
Exposent des affiches en lambeaux, prélevées dans la rue,
tantôt en les maintenant sur leur support d’origine
(comme c’est le cas ici), parfois en reportant la masse
de papier sur un autre support pour la pérenniser.
Présupposé que les affiches sont trouvées telles quelles,
et que l’« œuvre » obtenue est le résultat des gestes
de passants, d’une foule. Raymond Hains n’opère qu’un
prélèvement, un déplacement. L’affiche déchirée entre
le collage trouvé, le document ?
L’affiche comme emblème ambivalent de la ville moderne :
un moyen de communication public (ou publicitaire) qui
a déjà une longue histoire, mais qui donne l’impression
d’un présent perpétuel, par son renouvellement constant.
L’affiche doit toujours « être à la page », le déchirement
montre a contrario les couches d’images, à la limite de
leur destruction.

Portée critique : cf. exposition d’affiches déchirées de
Hains & Villeglé en 1957, galerie Colette Allendy, Paris,
« Loi du 29 juillet 1881 ou le Lyrisme à la sauvette ».
Idée d’un expressionnisme de la rue / rapport à la loi,
au droit, en l’occurrence celle sur la liberté de la presse,
le droit d’afficher et les sanctions prévues contre
quiconque vandalise les placards administratifs.
1961 : autre exposition des deux artistes, « la France
déchirée » : exclusivement des affiches de campagne
électorale, liées principalement à la guerre d’Algérie.
Les deux artistes ne sont pas que des flâneurs, ils
recueillent aussi les tensions de la ville.

Cf. l’idée du « lacéré anonyme » (texte de Villeglé publié
en 1977) : l’acte de vandalisme comme rejet de l’autorité,
y compris celle de l’artiste.

Hains anticonformiste, qui aime moquer le monde
de l’art, ses conventions : après ses premières affiches
déchirées, il expose une simple palissade de chantier,
puis explique à qui voudrait y voir un geste théorique
qu’il n’y a là qu’une « lapalissade », une vérité de
La Palisse, qui est aussi le nom d’un bonbon, spécialité
d’une ville de l’Allier…
Une dimension essentielle du travail de Hains :
raconter des histoires, susciter des associations d’idées,
des rapports de sens nouveaux à partir d’éléments
simples, banals, communs.

La rue, lieu d’improvisation et de hasard, comme lieu
privilégié d’apparition de gags visuels et d’invention
de calembours, mais aussi de mémoire, de souvenirs.
Dans cette « optique », les affiches déchirées permettent
aux mots et aux images de changer de sens (comme
les images « hypnagogiques » que Hains obtient grâce
à des verres déformants). Jeu visuel sur la lisibilité
des signes, des photographies, des slogans une fois mis
en pièces, décollés et recollés. Ici, les motifs ont quasiment
complètement disparu : ne restent que des taches
de couleurs, quelques bribes de lettres, et le placard
de métal rouillé. L’affiche ne devient pas pour autant
un tableau abstrait : c’est un plan indéterminé où flottent
des morceaux de papier restés collés au hasard. L’effet
de cadrage, dû au support métallique, suffit à délimiter
une aire de jeu pour l’oeil, l’esprit et l’imagination.

Humour / gravité : « Chaque fois que je vois des chantiers,
je pense aux ruines de Saint-Malo en 1944 »
.

Benjamin Thorel