MACVAL

Le MACVAL est ouvert tous les jours de la semaine sauf le lundi:
du mardi au vendredi de 10 h à 18 h
le week-end et jours fériés de 12 h à 19 h.

Fermeture les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

tél. : 01 43 91 64 20
fax : 01 79 86 16 57

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94400 Vitry-sur-Seine

  015/023  

Laurent Tixador et Abraham Poincheval

Notice

Entre voyages improbables et isolements
volontaires, le travail de Laurent Tixador
et Abraham Poincheval fait usage de
situations inhabituelles. Imaginant
des aventures à fortes contraintes, ils
mettent en jeu leur corps mais aussi leur
psyché sous forme d’explorations et
d’expériences : rester enfermés une nuit
en compagnie de centaines de moustiques
(Arène, 2008), relier Saint-Nazaire à
Fiac – un village du Tarn, homonyme de
la Foire internationale d’art contemporain
de Paris – à la rame contre vents, marées
et courants contraires (Plus loin derrière
l’horizon
, 2004) ou encore vivre une semaine
sans provisions, à la manière d’hommes
préhistoriques, sur l’île du Frioul
(Total Symbiose, 2001). Chaque aventure
est l’occasion d’une production, la source
d’oeuvres protéiformes déclinées
en installations, maquettes, tableaux, films,
objets et autres trophées.

Journal d’une défaite résulte d’un
projet de tour de France en vélo selon
un parcours en cercle géométriquement
parfait, partant d’une résidence au Fonds
régional d’art contemporain des Pays de la
Loire, à Carquefou. L’installation restituant
cette expérience se compose de trois
éléments distincts et complémentaires.
Une vidéo en mode subjectif constitue
un véritable journal de bord de l’aventure.
Une bouteille, rappelant les objets souvenirs
fabriqués par les marins lors de voyages
au long cours, contient une représentation
en miniature du terme de l’aventure.
Une toile blanche, enfin, porte le tracé
étape par étape du périple qui reste
et restera inachevé. En effet, comme son
titre l’indique, les artistes n’ont pas été
au bout de leur projet initial, ne traçant sur
la toile qu’un arc et non un cercle complet.
Ce sont donc la défaite, la déroute et
l’inachèvement qui auront été productifs à
l’occasion de cet étrange voyage.

Aux confins de l’absurde et du burlesque,
le résultat des expérimentations de Tixador
et Poincheval n’est jamais la découverte
scientifique, mais plutôt l’inauguration de
gestes inédits et le défrichage de nouveaux
territoires plastiques. Loin des processus
conceptuels du land art, s’ils travaillent le
plus souvent en extérieur, dans la nature,
c’est parce que leurs performances servent
de générateur d’œuvres pour l’espace
d’exposition. Sous l’influence de l’aventure,
on décèle dans la pratique de ces deux
artistes la volonté de « faire un pas de
côté » pour questionner notre relation à
la réalité dans un monde contemporain
ultracartographié, balisé, peut-être parfois
trop douillet et confortable.

M.G.

C’est pas beau de critiquer ?

« Carte blanche au critique d’art qui nous offre un texte personnel,
subjectif, amusé, distancié, poétique… critique sur l’oeuvre de son
choix dans la collection du MAC/VAL.. C’est pas beau de critiquer ? Une
collection de « commentaires » en partenariat avec l’AICA/Association
Internationale des Critiques d’Art. »

Laurent TIXADOR & Abraham POINCHEVAL, Journal d’une défaite, 2006

Dans les notes d’intention concernant cette oeuvre, on
peut lire que ces deux artistes « avaient prévu de faire le
tour de France à vélo (en suivant) un cercle parfait ».
Un itinéraire allant de Nantes à Nantes, puisque ce projet
devait se réaliser dans le cadre d’une résidence de nos
deux compères au FRAC Pays de la Loire. Las, au bout de
quinze jours de périple, apprend-on, ils abandonnent, car
« l’expérience quotidienne du vélo leur est vite apparue
aussi déprimante qu’abêtissante ». Gageons, pour qui
suit leurs tribulations et leurs expériences depuis qu’ils
se sont lancés dans de telles entreprises, que ce n’est pas
une surprise en soi, le tour de France on le laisse à des
professionnels des deux roues et non à des amateurs dans
leur genre … Gageons, pour être un peu plus analytique
dans le commentaire de cette « défaite », qu’elle est plutôt
conforme à leurs engagements, et qu’à lire le titre tel quel,
on a le sentiment amusé d’une redondance parfaitement
« réussie » et totalement bien menée à terme. Une
« défaite » réussie ? Alors là, on frôle le paradoxe intégral
et ça requière quelques explications !!

Voici plusieurs années en effet que Poincheval et Tixador
s’obstinent dans le déceptif, dans le loupé, dans une sorte
d’insensé. Or, a priori, à lire les bases de leurs projets et
de leurs aventures, on pourrait croire à la mise en oeuvre - et en route - d’expériences semblables à celles menées
par une large cohorte de scientifiques ayant comme point
commun de se lancer dans de l’exploration, dans de la
découverte et dans de l’inédit, dont les buts avoués sont
de faire avancer les connaissances que nous avons du
monde. Pourtant, à constater les relevés de leurs notes -
et « compteurs » ! - chez eux, ça dysfonctionne toujours,
c’est systématiquement voué à vau l’eau, ça donne le
sentiment qu’on s’est énormément dépensé pour rien, ou
presque, et on peut alors s’interroger sur le pourquoi de
telles prestations.
Prenons Total Symbiose par exemple : les voilà décidés à
aller vivre dans des conditions quasi néolithiques sur l’île
du Frioul, alors qu’ils ne savent ni chasser ni pêcher !
Absurde n’est-ce pas ? Ou encore L’Inconnu des grands
horizons
, projet ayant consisté à aller de Nantes à Metz,
avec comme seul indicateur une boussole. Outre qu’ils
se sont bien « égarés » dans leurs orientations, ils ont
beaucoup souffert de l’odeur des bouses de vache dans
les granges où on les a laissés parfois dormir. Ils ont eu
froid et sommeil et n’ont pas toujours mangé à leur faim.
Epique sans doute, mais pas loin de débile également …
Et il en est bien sûr de même pour cette fameuse
« Défaite » qui les a vu s’abîmer à Verdun, tiens donc.
Parce que bien entendu, la défaite et la déroute, en ce coin
de Lorraine, on a beaucoup donné … Ça leur a permis
d’ailleurs d’en tirer de belles images - comme on se fait
« tirer le portrait » si l’on peut dire - et de nous livrer quelques
documents d’une opportunité explicite : un obus
estampillé véritable sur lequel ils ont découpé en laiton
leur découpe pédalant ; une bouteille du type de celles
qu’on jette à la mer mais emplie ici d’un peu de terre
prélevée sur la colline mythique, de figurines/portraits qui
les voient affalés et harassés sur le bord de la route et de
bouts de pneus de bicyclette sales et élimés ; et
d’autres bibelots et photographies type « carnets de
voyage » que l’on range nostalgiquement dans un tiroir de
souvenirs …
Pas très monumental tout ça, au mieux, juste mémorable.
C’est très exactement à leur image et à leurs ambitions :
faire dans le décalé, dans une sorte d’absurde, dont les
finalités ne peuvent qu’interroger la marge étroite entre
le lard et le cochon. Que les artistes se coltinent la nature,
ce n’est pas forcément très nouveau ; qu’ils parodient ou
reproduisent les gestes des explorateurs, c’est assez fréquent
aussi ; mais qu’ils s’évertuent à n’en livrer que des
résultats ratés et des faillites évidentes, c’est heureusement
finement et ironiquement calculé pour que ça ne laisse ni
indifférent, ni interloqué. Voici quelques siècles, on aurait
pu nommer ça des « vanités », soit ce regard introspectif
qui nous renvoie sainement à notre relative condition
humaine qui n’est avide, paraît-il, que de sublime …
Non, pas tout à fait, et ainsi exposé, c’est convaincant et
c’est tant mieux !

Ramon Tio Bellido

 

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