MACVAL

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Judit Reigl

Notice

Judit Reigl suit des cours de peinture à l’Académie des beaux-arts de Budapest de 1941 à 1946. Fin 1946, elle obtient une bourse d’études de deux ans à Rome. Elle y séjourne et parcourt le pays : elle est profondément marquée par Ravenne, Florence, Sienne, Milan, Arezzo et la Biennale de Venise. De retour en Hongrie, elle refuse une bourse officielle de trois ans de séjour à Moscou et décide de fuir. Elle y parvient lors de sa neuvième tentative et s’installe en France en 1950. Par l’intermédiaire de Simon Hantaï, elle fait la connaissance d’André Breton, qui écrit un texte du catalogue accompagnant son exposition à la galerie L’Étoile scellée, à Paris, en 1954. Mais l’onirisme de ses toiles surréalistes laisse rapidement place à des tableaux abstraits, où elle conserve le principe de l’écriture automatique. Les séries se succèdent avec des allers-retours entre abstraction et figuration. L’aspect technique de son travail revêt une importance particulière : Judit Reigl peint des toiles de grand format, posées à même le sol, avec un geste très vigoureux. Elle emploie une brosse ou des instruments qu’elle se fabrique et étale parfois la peinture directement à la main.

Jaillit rouge est l’une des toiles de la série « Homme » réalisée entre 1966 et 1972, dans laquelle l’artiste fait réapparaître des fragments de corps humain – en particulier des torses – à travers des formes abstraites colorées. Ici, sur un fond beige, se détache une grande forme d’encre orangée surlignée de larges et puissantes traces de peinture noire. Comme le suggère le titre, les grands cernes noirs évoquent le jaillissement d’une forme : un torse. On retrouve sur cette peinture très gestuelle un des passages de l’abstraction à la figuration et la frontière ténue qu’il existe entre les deux : seul un examen attentif permet d’entrevoir une figure à travers l’étalement de la couleur. Le plan cinématographique en plongée et les deux extrémités inférieures évoquant des jambes créent un effet de mouvement : l’homme marche, avance vers le spectateur. Celui-ci surplombe un corps fragmenté – le sommet de la tête et les bras sont hors du cadre – et l’effet de mouvement est renforcé par la taille monumentale de la toile. Judit Reigl a été particulièrement marquée par son séjour en Italie et les musculatures puissantes sculptées en taille directe par Michel-Ange. Avec l’étalement de la peinture noire, la forme abstraite devient sculpturale et provoque cet effet optique de surgissement. On peut comparer le traitement de la musculature par le noir aux dessins d’Eugène Dodeigne également présentés dans ce parcours muséographique. Le geste des deux artistes est énergique, mais ici le corps est davantage suggéré et ce sont les contrastes d’orange et de noir qui en laissent deviner le modelé viril.

New York (11 septembre 2001) fait partie de la série éponyme réalisée en 2001 et 2002. Sur un fond rouge se détache un corps bleu tombant dans le vide. Le titre et le sujet se réfèrent directement aux attentats terroristes à New York, lorsque les Twin Towers percutées par deux avions se sont embrasées puis effondrées. Les images spectaculaires ont marqué les esprits dans le monde entier, vécues quasiment en direct et repassées en boucle à la télévision. Elles ont fait basculer dans le réel les images des films catastrophes des superproductions hollywoodiennes, dont les titres mêmes, comme par exemple La Tour infernale, ont immédiatement ressurgi dans la mémoire collective. Judit Reigl retient ici le moment où des individus prisonniers des tours en flammes ont préféré se jeter dans le vide plutôt que de périr par le feu. Les corps tombants renvoient à un motif récurrent dans sa peinture : le corps en apesanteur, en lévitation, dans le vide. Cette figure est déjà présente dans les séries précédant la tragédie : « Face à » (1988-1990), « Un corps au pluriel » (1990-1994), « Hors » (1994-1999) et « Corps sans prix » (1999-2001). Cette thématique rappelle le mythe grec d’Icare qui, ayant voulu voler, se rapprocha trop du soleil et chuta par la fonte de ses ailes de cire. La série « New York (11 septembre 2001) » explore les mêmes motifs mais ajoute la chute, unique sujet de cette toile.

Le corps bleu en « chute libre » se détache sur un fond rougeoyant évoquant l’incendie et la violence de la folie meurtrière. Il est modelé par des coups de pinceau violets, les taches bleues à côté de lui, l’absence du sommet de la tête et des bras déjà hors du cadre renforcent l’impression d’une chute extrêmement rapide, d’un plongeon dans le vide. Un repentir apparaît à droite du corps, les jambes courbées ont été recouvertes de peinture rouge : à une posture cambrée, l’artiste a préféré une chute droite, directe et fulgurante pour évoquer le drame du suicide. Au-delà de la détresse individuelle, Judit Reigl donne une portée universelle au tragique de l’événement.

V.D.-L.