MACVAL

Le MACVAL est ouvert tous les jours de la semaine sauf le lundi:
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94400 Vitry-sur-Seine

  003/023  

David Balula

Notice :

Multipliant les figures possibles de
l’artiste – producteur, musicien, plasticien,
compositeur dont les créations sonores
sont diffusées sous le label français Active
Suspension –, Davide Balula mélange
sans hiérarchie les disciplines au travers
des dispositifs sonores et électroniques,
visuels et plastiques.

Le monde existe-t-il bien comme on nous
l’a décrit ? Comment déjouer les idéologies
qui ambitionnent de nous donner une
image standardisée du réel. Davide Balula
fait partie de cette génération qui a grandi
avec les progrès technologiques, sans
angoisse. La question n’est plus celle de
l’identité, du « qui suis-je ? », mais du réel et
de ses limites.

Concrete Step, Memory Recorder,
que l’on pourrait traduire littéralement
par « marche concrète, enregistreur de
mémoire », est une sculpture mobile,
sonore et fonctionnelle – une boîte noire
pour piéton – autour de laquelle gravitent
quatre photomontages, un disque vinyle
et une radiographie en noir et blanc.
Voué à l’archivage de l’environnement
sonore, cet objet à la forme familière se
révèle être un ingénieux système portatif
d’enregistrement et de diffusion des
déplacements et des paysages traversés,
accompagné de sa documentation. Du
fait de la mobilité même de l’objet (c’est
une valise !), la diffusion sonore peut se
faire dans différents espaces : espace
d’exposition, jardin, chambre, rue. La
valise, naturellement associée à la notion
de voyage, de déplacement, est ici
modifiée et hybridée à une boîte noire (ou
Flight Data Recorder) utilisée en aviation
pour enregistrer les informations liées au
vol et déterminer les causes
d’un accident éventuel (explosion,
destruction, immersion). Équipée d’un
émetteur sous-marin, la boîte noire
produit un signal à ultrason permettant
sa localisation en cas de disparition.
Comme son illustre et fascinante cousine,
Concrete Step, Memory Recorder
reproduit ce double mouvement –
enregistrement/diffusion –, conservant
l’espace acoustique dans son volume
de valise pour le restituer à l’écoute
de chacun [1]. Cependant, Davide Balula tire
la science du côté de la fiction.
La boîte est-elle ici branchée en mode
enregistrement ou diffusion ? D’où
proviennent les sons que nous entendons ?
De paysages traversés par l’artiste ?
De souvenirs de voyage inscrits
dans notre mémoire, effacés par le temps ?
De l’air et des voix qui circulent dans
l’espace d’exposition qui l’entoure ?
De ces incertitudes, l’oeuvre devient
énigmatique, poétique.

Ajoutant au sentiment d’angoisse et de
doute sur la nature de cet objet, Concrete
Step, Memory Recorder (Through X
Memories)
, une photo radiographique,
offre comme à la douane d’un aéroport
l’image inédite du contenu de la valise
modifiée, possiblement dangereuse !
Un système d’enregistrement numérique,
un micro binaural, un VU-mètres,
un amplificateur, un haut-parleur,
une batterie, un transformateur
et un enchevêtrement de fils électriques.
Un disque vinyle, Memory on Replay
(2005, « mémoire en boucle »), porte une
bande-son originale d’une durée de 3’08,
la durée standard d’une chanson pop,
dont la musique et les paroles de Davide
Balula racontent l’histoire de cette valise à
fabriquer de la mémoire. Cet autre support
fixation du son nous fait remonter à la
préhistoire de l’enregistrement analogique.
Son format contraste fortement
avec la sculpture-valise, certes mobile
mais étonnamment volumineuse à l’ère
des micro- et nano-technologies.
Enfin, les photomontages qui accompagnent
la pièce maîtresse de cette installation
fonctionnent tels des indices pour la
résolution de l’énigme. Warren’s Blackbox
Prototype
(« le prototype de boîte
noire de Warren ») rend hommage à
l’un des promoteurs de cette invention,
symptomatique d’une époque qui
banalise les voyages en avion, annule les
distances et le temps du déplacement.
Comme par magie.

Par magie encore (ou téléportation),
l’artiste atteste sa présence à Las Vegas,
aux Pays-Bas ou à Paris. Avec ces images
à l’esthétique « photo-souvenir » ou carte
postale, Davide Balula semble dire
« j’y étais ». La déambulation produit une
attitude ou une forme. En effet, la valise,
en consignant une dérive, transforme
l’archive (ou la mémoire) en matériau
sonore et produit une posture spécifique
dans la lignée des artistes marcheurs,
explorateurs, ethnologues, flâneurs
ou touristes. Marcher est un moyen
privilégié pour écouter le monde,
proche du tourisme dont le transport est
constitutif de son identité.

En 2003, Davide Balula inventait avec
la pièce Ganattack une cartographie
sonore ou phonogéographie en
enregistrant sur le parcours d’un passant
les sons des espaces parcourus,
entretenant le brouillage des pistes entre
musique et art plastique initié dès les
années 1950 par John Cage, compositeur,
poète et plasticien américain, qui érigea
les sons concrets, non intentionnels,
de la rue, du corps ou du vent au statut
de musique.

S.A

[1Dans l’exposition « Le lac, le mensonge » (16 mai-31 août
2008), Davide Babula utilisait sa « valise modifiée » pour archiver
la mémoire sonore de l’espace d’exposition et pour la traduire
ensuite en impulsions lumineuses. Elle était reliée à une installation
lumineuse intitulée 1/24, qui variait en fonction du son. Concrete
Step, Memory Recorder
se révèle alors être une sculpture
ouverte dans ses usages et fonctionnalités. L’artiste expérimente
grâce à ses dispositifs les multiples modifications de la matière
sonore, en lumière, en formes, en souvenirs à partager.

 

Écouter ou télécharger l’intégralité de l’audioguide du parcours#3