MACVAL

Le MACVAL est ouvert tous les jours de la semaine sauf le lundi:
du mardi au vendredi de 10 h à 18 h
le week-end et jours fériés de 12 h à 19 h.

Fermeture les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

tél. : 01 43 91 64 20
fax : 01 79 86 16 57

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Morgane Tschiember

Présentation

« Six soleils »
Exposition de Morgane Tschiember
du 17 septembre 2016 au 5 mars 2017

Le MAC VAL invite l’artiste Morgane Tschiember à occuper la Nef du musée, à imaginer un environnement immersif pour une expérience de la matière (du sable, donnant la brique et le verre), de la couleur (oscillant dans l’ombre et la lumière), du mouvement (celui de l’air, des corps) et enfin, surtout de l’espace, révélé notamment par la bande sonore composée par Fred Léonard pour accompagner le mouvement du visiteur.
Suivant un processus de travail empirique, Morgane Tschiember modèle le musée pour en révéler les qualités intrinsèques (lumière, espace, circulation) et ouvrir en son sein un espace de perception visuelle et physique sous forme d’une installation monumentale prétexte à la déambulation. Nourrie de philosophie, et notamment de la pensée de Jacques Derrida ou encore de René Descartes, dont l’essai Les Météores lui a inspiré le titre de l’exposition, Morgane Tschiember s’intéresse aux glissements opérés entre la physique et la métaphysique, entre les phénomènes naturels et leurs interprétations infinies élaborées l’être humain pour les comprendre.

Texte de la commissaire

Morgane Tschiember est artiste, sculpteur mais aussi peintre, presque à son corps défendant. Elle est beaucoup de choses et c’est pour cela que son œuvre et sa force vitale impressionnent et nous entraînent. Elle n’a peur de rien, elle prend à bras le corps les matériaux, les formes, les espaces et les couleurs.

Invitée à créer une œuvre dans l’impressionnant volume de la Nef du MAC VAL, Morgane Tschiember a désiré rendre à l’espace sa vérité, sa lumière et sa réverbération, avant de se lancer dans un projet d’invention de formes et d’occupation de l’espace. C’est une salle d’exposition que nous sommes souvent tentés d’éteindre, pour neutraliser son immensité et le mettre ainsi à notre mesure, parfois à la faveur d’œuvres nocturnes. C’est justement cette respiration, la révélation de cette vastitude que Morgane souhaite prendre, dévoiler et rendre à la lumière et au public ! Situées plein ouest, les baies vitrées inondent l’espace de soleil, le rendant ainsi changeant, perméable aux variations de la lumière, sensible aux heures du jour, aux saisons et au cycle du temps. C’est dans le désir de nouer un lien à la vie que réside l’œuvre de Morgane Tschiember, « Six soleils ».

Au centre, le soleil. Astre rayonnant, il donne la vie. Pourtant, dans de très nombreuses cultures, il est masculin, il s’énonce n.m. Ici cette divinité (re)devient féminine, solei(lle) convoqué-e pour sa joie, sa force, sa puissance, sa beauté, sa douceur, sa violence, sa lumière !
Pour le révéler, Morgane Tschiember a « inventé » un matériau, un matériau de l’industrie, ni encore reconnu ni validé par le monde de l’art : du sable aggloméré, du temps sédimenté, des particules du sol, de la Terre en poussière.

Elle en fait des briques, aux formes également puisées dans l’épaisseur des temps, le triangle et le cercle ; une femme qui fabrique des briques, comme celles immémoriales qui formaient les tuiles sur leurs cuisses ; le cercle et le triangle, formes de la féminité, de la fertilité, symboles maçonniques et universels aux résonnances infinies.
Elle en fait des murs, qui serpentent et s’élèvent, cherchant un itinéraire comme une ville qui s’étend, aussi haut que possible.

On voit à travers. Cachées, masquées, retirées derrière les moucharabiehs, des générations de femmes n’ont vu le monde qu’en détails et en morceaux, découpés par le dessin de marbre, de plâtre ou de bois. Leur vision était tronquée, limitée, réduite à ce que l’architecture des hommes leur laissait comme espace - de vision.
Que de parts manquantes, que de blancs et de silences à l’abri de ces barreaux déguisés en œuvres d’art, de cette machine à voir le monde en fragments.
Dans « Six soleils », les deux faces des murs sont offertes aux visiteurs, le côté « sol » et le côté « sombra ». L’ombre et la lumière, la joie et la tristesse, la vie et la mort, le cycle est ici représenté, animé, tournoyant. Le visiteur, acteur et sujet à la fois de l’œuvre est invité à traverser et explorer ce territoire de formes inondées de lumière, à jouer avec cette proposition « cinétique » de perspectives, de trouées, de surfaces qui dessinent dans l’espace jeux et illusions optiques, « l’incorporation réciproque de la lumière dans l’œil et de l’œil dans la lumière ». (1)

Dans cette matière douce et friable qui contient l’histoire de la planète, dans ce sable de couleurs qui prend la lumière et en porte l’ombre sur les murs, les surfaces et les êtres sont dessinés, insolés et impressionnés.
Les boules de verre accueillies dans les plis et les interstices des formes matricielles dessinent un paysage astral mouvant et changeant au gré de la lumière du soleil. Six soleils, six visions, six possibilités en un seul cercle décrits par René Descartes, tels une cosmologie de la création artistique.
Œuvre éphémère par essence, les murs tomberont, mais l’œuvre survivra, riche de ses promesses à venir et de sa force vitale, dans la mémoire et les souvenirs de ceux qui auront vécu, « cette pure intensité tactile qu’est la lumière en flots sur notre visage offert – notre visage vu par elle comme par une mère qui nous enfante ». (2)

Si le travail de sculpteur de Morgane Tschiember est profondément ancré dans la matière, dans ce qui existe, ce qui se touche, se façonne, se fabrique ou se manipule, son œuvre est aussi empreinte de ce qui la dépasse, d’une dimension spirituelle qui irrigue sa culture personnelle comme sa nature ; non pas écartelée entre ces deux dimensions, mais au contraire équilibrée par elles, forgée par cette double puissance qui l’ancre dans le monde, tellurique et celui, vertigineux, des « forces de l’esprit ».

Depuis les origines de son travail entamé dès ses études aux Beaux-arts de Quimper puis de Paris où elle propose pour son diplôme de DNSAP une campagne d’images sur des panneaux Decaux dans la ville, elle fait image de la matière, de la forme et de la couleur. La photographie l’attire mais c’est la troisième dimension qui l’emporte car y réside le véritable rapport au monde, fait de matière, de tentatives, d’expériences, de mouvement, de vérification de sa présence même au présent, dans l’instant.
En construisant des murs, en tordant des tôles, en dansant devant les toiles d’Ellsworth Kelly (3), en chauffant l’acier ou encore en coulant le béton, Morgane est présente dans ce corps à corps avec l’espace-temps par la chorégraphie de ses gestes et de ses déplacements comme par la dimension spirituelle de chacun de ces rituels de fabrication des œuvres.

Alexia Fabre
Conservatrice en chef

(1) Didi-Huberman, Georges, Phasmes, essais sur l’apparition, « Celui qui inventa le verbe « photographier », Tome 1, Paris, éditions de Minuit, 1998, p.54.
(2) Op cit. p.56
(3) Three Movements, Happening. New York, Museum of Modern Art – 2009

Présentation

« Six soleils »
Exposition de Morgane Tschiember
du 17 septembre 2016 au 5 mars 2017

Le MAC VAL invite l’artiste Morgane Tschiember à occuper la Nef du musée, à imaginer un environnement immersif pour une expérience de la matière (du sable, donnant la brique et le verre), de la couleur (oscillant dans l’ombre et la lumière), du mouvement (celui de l’air, des corps) et enfin, surtout de l’espace, révélé notamment par la bande sonore composée par Fred Léonard pour accompagner le mouvement du visiteur.
Suivant un processus de travail empirique, Morgane Tschiember modèle le musée pour en révéler les qualités intrinsèques (lumière, espace, circulation) et ouvrir en son sein un espace de perception visuelle et physique sous forme d’une installation monumentale prétexte à la déambulation. Nourrie de philosophie, et notamment de la pensée de Jacques Derrida ou encore de René Descartes, dont l’essai Les Météores lui a inspiré le titre de l’exposition, Morgane Tschiember s’intéresse aux glissements opérés entre la physique et la métaphysique, entre les phénomènes naturels et leurs interprétations infinies élaborées l’être humain pour les comprendre.

Texte de la commissaire

Morgane Tschiember est artiste, sculpteur mais aussi peintre, presque à son corps défendant. Elle est beaucoup de choses et c’est pour cela que son œuvre et sa force vitale impressionnent et nous entraînent. Elle n’a peur de rien, elle prend à bras le corps les matériaux, les formes, les espaces et les couleurs.

Invitée à créer une œuvre dans l’impressionnant volume de la Nef du MAC VAL, Morgane Tschiember a désiré rendre à l’espace sa vérité, sa lumière et sa réverbération, avant de se lancer dans un projet d’invention de formes et d’occupation de l’espace. C’est une salle d’exposition que nous sommes souvent tentés d’éteindre, pour neutraliser son immensité et le mettre ainsi à notre mesure, parfois à la faveur d’œuvres nocturnes. C’est justement cette respiration, la révélation de cette vastitude que Morgane souhaite prendre, dévoiler et rendre à la lumière et au public ! Situées plein ouest, les baies vitrées inondent l’espace de soleil, le rendant ainsi changeant, perméable aux variations de la lumière, sensible aux heures du jour, aux saisons et au cycle du temps. C’est dans le désir de nouer un lien à la vie que réside l’œuvre de Morgane Tschiember, « Six soleils ».

Au centre, le soleil. Astre rayonnant, il donne la vie. Pourtant, dans de très nombreuses cultures, il est masculin, il s’énonce n.m. Ici cette divinité (re)devient féminine, solei(lle) convoqué-e pour sa joie, sa force, sa puissance, sa beauté, sa douceur, sa violence, sa lumière !
Pour le révéler, Morgane Tschiember a « inventé » un matériau, un matériau de l’industrie, ni encore reconnu ni validé par le monde de l’art : du sable aggloméré, du temps sédimenté, des particules du sol, de la Terre en poussière.

Elle en fait des briques, aux formes également puisées dans l’épaisseur des temps, le triangle et le cercle ; une femme qui fabrique des briques, comme celles immémoriales qui formaient les tuiles sur leurs cuisses ; le cercle et le triangle, formes de la féminité, de la fertilité, symboles maçonniques et universels aux résonnances infinies.
Elle en fait des murs, qui serpentent et s’élèvent, cherchant un itinéraire comme une ville qui s’étend, aussi haut que possible.

On voit à travers. Cachées, masquées, retirées derrière les moucharabiehs, des générations de femmes n’ont vu le monde qu’en détails et en morceaux, découpés par le dessin de marbre, de plâtre ou de bois. Leur vision était tronquée, limitée, réduite à ce que l’architecture des hommes leur laissait comme espace - de vision.
Que de parts manquantes, que de blancs et de silences à l’abri de ces barreaux déguisés en œuvres d’art, de cette machine à voir le monde en fragments.
Dans « Six soleils », les deux faces des murs sont offertes aux visiteurs, le côté « sol » et le côté « sombra ». L’ombre et la lumière, la joie et la tristesse, la vie et la mort, le cycle est ici représenté, animé, tournoyant. Le visiteur, acteur et sujet à la fois de l’œuvre est invité à traverser et explorer ce territoire de formes inondées de lumière, à jouer avec cette proposition « cinétique » de perspectives, de trouées, de surfaces qui dessinent dans l’espace jeux et illusions optiques, « l’incorporation réciproque de la lumière dans l’œil et de l’œil dans la lumière ». (1)

Dans cette matière douce et friable qui contient l’histoire de la planète, dans ce sable de couleurs qui prend la lumière et en porte l’ombre sur les murs, les surfaces et les êtres sont dessinés, insolés et impressionnés.
Les boules de verre accueillies dans les plis et les interstices des formes matricielles dessinent un paysage astral mouvant et changeant au gré de la lumière du soleil. Six soleils, six visions, six possibilités en un seul cercle décrits par René Descartes, tels une cosmologie de la création artistique.
Œuvre éphémère par essence, les murs tomberont, mais l’œuvre survivra, riche de ses promesses à venir et de sa force vitale, dans la mémoire et les souvenirs de ceux qui auront vécu, « cette pure intensité tactile qu’est la lumière en flots sur notre visage offert – notre visage vu par elle comme par une mère qui nous enfante ». (2)

Si le travail de sculpteur de Morgane Tschiember est profondément ancré dans la matière, dans ce qui existe, ce qui se touche, se façonne, se fabrique ou se manipule, son œuvre est aussi empreinte de ce qui la dépasse, d’une dimension spirituelle qui irrigue sa culture personnelle comme sa nature ; non pas écartelée entre ces deux dimensions, mais au contraire équilibrée par elles, forgée par cette double puissance qui l’ancre dans le monde, tellurique et celui, vertigineux, des « forces de l’esprit ».

Depuis les origines de son travail entamé dès ses études aux Beaux-arts de Quimper puis de Paris où elle propose pour son diplôme de DNSAP une campagne d’images sur des panneaux Decaux dans la ville, elle fait image de la matière, de la forme et de la couleur. La photographie l’attire mais c’est la troisième dimension qui l’emporte car y réside le véritable rapport au monde, fait de matière, de tentatives, d’expériences, de mouvement, de vérification de sa présence même au présent, dans l’instant.
En construisant des murs, en tordant des tôles, en dansant devant les toiles d’Ellsworth Kelly (3), en chauffant l’acier ou encore en coulant le béton, Morgane est présente dans ce corps à corps avec l’espace-temps par la chorégraphie de ses gestes et de ses déplacements comme par la dimension spirituelle de chacun de ces rituels de fabrication des œuvres.

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Conservatrice en chef

(1) Didi-Huberman, Georges, Phasmes, essais sur l’apparition, « Celui qui inventa le verbe « photographier », Tome 1, Paris, éditions de Minuit, 1998, p.54.
(2) Op cit. p.56
(3) Three Movements, Happening. New York, Museum of Modern Art – 2009

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