MACVAL

Le MACVAL est ouvert tous les jours de la semaine sauf le lundi:
du mardi au vendredi de 10 h à 18 h
le week-end et jours fériés de 12 h à 19 h.

Fermeture les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

tél. : 01 43 91 64 20
fax : 01 79 86 16 57

Comment venir au musée ?

Place de la Libération
94400 Vitry-sur-Seine

Facebook Twitter Instagram Vimeo Snapchat

Jean-Christophe Norman

Terre à terre
Installation de Jean-Christophe Norman
À partir du 20 mai 2017
Processus de création visible à partir du 23 mars 2017

Présentation

Performeur, plasticien, Jean-Christophe Norman explore l’écriture à travers le monde, recopie extrait ou totalité de romans illustres à même l’asphalte. Dans un projet d’écriture personnel, Grand Mekong Hotel, il relate son récent séjour à Phnom Penh, animé d’un projet fou, reproduire les plans de l’appartement parisien de Marguerite Duras sur le fleuve Mékong.
Invité par le MAC VAL à poursuivre ses arpentages, il s’affronte à la plus haute cimaise du musée, fait corps avec cette paroi pendant des jours entiers pour réécrire son propre récit, page à page. Par ce geste, cette action de recouvrement, il immerge le visiteur dans la dimension plastique, picturale de l’écriture. Si notre première envie est de décrypter le texte, nous sommes vite confrontés à la réalité. Nous naviguons au cœur du récit, voyageons à travers les mots, dérivons parmi les pans de lignes. L’écriture est associée au temps, à l’espace, au corps et au déplacement. Cette performance est une invitation au voyage, à l’évasion, au souvenir, d’une terre à l’autre.

Cette installation est créée in situ, le public peut donc observer le processus de création et l’artiste à l’œuvre, à partir du 23 mars dans la Nef.

Feuilles volantes de J. Emil Sennewald

Ces feuilles volantes sont publiées durant la création in situ de Terre à terre de Jean-Christophe Norman, et régulièrement actualisées. Une édition complète sera présentée lors du vernissage, le 23 juin 2017.
Vendues sur les marchés dès le XIIe siècle, les feuilles volantes ont été l’un des premiers médias de masse. Avant de prendre leur forme moderne – le tract et le manifeste – elles colportaient des histoires spectaculaires, des faits divers et curieux.
Ce projet réitère cet état d’esprit, en lien avec la démarche de l’artiste, pour rendre compte du processus de son travail.
J. Emil Sennewald

Grandes attentes.
Au début d’une montée d’envergure, on se file des lignes

J. Emil Sennewald

Un brouillard dense s’est posé au-dessus de la cime. Nous sommes au pied du mur, les yeux levés. Excités, presque fiévreux. Les promesses sont grandes, les attentes aussi. Personne ne peut voir ce qui se passe en hauteur, la main gauche devenue toute noire par l’effort, les traces laissant leur empreinte sur le corps qui les produit. Pas encore.
Les regards cachés se baladent. Arrivés spectateurs, nous devenons témoins. À la différence des petits attroupements dans les rues de New York, Tokyo, Vilnius ou Phnom Penh, nous ne pouvons pas lui adresser la parole. Pas encore. Nous sommes un public et, de ce fait, ce qui se passe se transforme en scène. Nous sommes exposés, au pied du mur, terre à terre. Préparons les lignes, rappelons l’histoire.
Au milieu de l’année 2015, Jean-Christophe Norman a eu une conversation avec Alexia Fabre, directrice du MAC VAL : « L’idée est venue naturellement, un peu comme une évidence », dit-il. Écrire le mur : « Errer – Tracer – Écrire ». Il vient de parcourir un mur à Neuchâtel, au cours d’une dizaine de jours passés au Centre Dürrenmatt. Une autre cime conquise, encourageant l’alpiniste à aller encore plus loin. Norman, un homme droit et sec aux yeux bruns habités d’un regard perçant et calme en même temps, n’a plus besoin d’autres pics. « À une époque, l’escalade était la chose centrale de ma vie. Une période de crise, puis un coma m’ont fait basculer du côté de l’art, passant de la verticalité à l’horizontalité. »
Nous sommes témoins aujourd’hui d’un autre tournant. Comme tous ceux qui l’ont vu écrire sur les sols du monde, s’inscrire sur la croûte terrestre. Un genre d’empreinte, explique-t-il. Ici, nous sommes en attente d’un horizon, cela renforce l’attrait propre au dessin. « Le texte génère des textes, les fait surgir. » Norman rappelle que le mot grec graphein signifie « faire des incisions ».
Or, lui, il ne coupe pas la surface. Plutôt faudrait-il dire, en regardant ce qu’il a fait avec l’Ulysse de James Joyce, les fins de livres de la bibliothèque de Friedrich Dürrenmatt ou les pavés comme Moby Dick, qu’il l’effleure. En recopiant le texte à la craie en une ligne continue sur l’asphalte des rues, en produisant un nouveau texte, en recouvrant d’encre de Chine puis de crayon les pages d’un livre, il faufile des lignes, fait des corps apparentés.
Le brouillard se lève un peu, donnant un aperçu de ce qui pourrait apparaître. Difficile à dire : est-ce un corps ? Une vie plongée dans le noir de l’écriture ?

« Marcher, tisser, chanter, raconter une histoire, dessiner et écrire, tous ces aspects de l’activité quotidienne de l’homme sont englobés dans la fabrication de lignes. »
Tim Ingold, Une brève histoire des lignes, Bruxelles, Zones sensibles, 2011, p. 7.

L’abîme aux pieds
Béant s’ouvre le noir pendant que l’on gravit le versant à pic

J. Emil Sennewald

La tête penchée en arrière, le doute circule comme jadis entre les camarades partant gravir le Mont Analogue [1] : sommes-nous une compagnie soudée, comme un chœur antique ? Pourtant, ce qui nous réunit se déploie devant nos yeux. « Il y aura une ligne de départ, dit Jean-Christophe Norman, là-haut, une ligne droite comme l’horizon que nous ne voyons pas. » De cette ligne part sa marche. Tantôt elle ressemble à une danse, tantôt elle insiste, devient staccato. Des lignes mouvantes, rythmées, qui oscillent.
La fréquence de leurs pics, vue d’ici-bas, en fait des vibrations. Celles-ci se réunissent, comme les liens entre nous, donnant lieu à la montée. Il faut rester à ses côtés, ne pas lâcher, jusqu’au bout. Il faudrait en parler, raconter…
Ce que semblait du brouillard se retire à la façon d’une mue, descendue par Jean-Christophe Norman. C’est une skénè, au sens de l’arrière-scène du théâtre de Dionysos, sur les flancs de l’Acropole, dans l’Athènes antique. Elle faisait écran au chœur qui y projetait ses héros, déplorait la rage des dieux. L’artiste est « prêt à bondir pour littéralement avaler l’espace ».
Écrire, c’est avaler la langue. Au Moyen Âge, les moines lisaient à haute voix : sur les parchemins, les mots n’étaient pas distingués, ils apparaissaient comme une seule ligne, d’affilée. Cela prenait la forme d’un phylactère sortant de la bouche, de ce trou noir menaçant. Impossible de dire s’il en sortait ou s’il y entrait. « De récit en récit, de fiction en fiction », un flux constant. A man of constant sorrow [2] auquel échappe ce qu’il tient dans la main. Chanté, avalé pour être recraché, pour arriver à l’oreille de l’autre.
Écoutez ! Entendez le feutre : Pshhhh-schshhh-zzzz. Puis le bruit des crayons sur les pages de l’Ulysse, que Jean-Christophe Norman recouvre de lignes. « Une pratique presque méditative, explique-t-il, une emprise du corps par l’écriture et la mémoire. » Il fait allusion à l’artiste allemande Hanne Darboven, qui déployait ses lignes comme une corde ondulante pour se tenir suspendue au-dessus du gouffre de la raison.
La méditation des moines, leurs voix, nous les retrouvons en tendant l’oreille au mouvement de la ligne. Ce qui visuellement se fond, indiscernable, se fait entendre par le souffle, haletant en montant vers le pic.
Mais quel sommet ? Alors qu’il était parti grimper, son écriture le fait descendre. Soudain, nous comprenons que cette montée ouvrira le ciel sous nos pieds. Un ciel noir, l’abîme du creux des traces.

« « Lenz avançait avec indifférence, sans souci de la route, tantôt montant, tantôt descendant. Il n’éprouvait aucune fatigue ; il lui était seulement parfois désagréable de ne pouvoir marcher sur la tête. »
Georg Büchner, Lenz [1839], trad. fr. Auguste Dietrich, Paris, L. Westhausser, 1889. »

[1René Daumal, Le Mont Analogue, Paris, Gallimard, 1952.

[2« Un homme au chagrin constant », chanté par Everett McGill qui incarne Ulysse dans le film de Joel et Ethan Coen O Brother, Where Art Thou ?, 2000.

Présentation

Performeur, plasticien, Jean-Christophe Norman explore l’écriture à travers le monde, recopie extrait ou totalité de romans illustres à même l’asphalte. Dans un projet d’écriture personnel, Grand Mekong Hotel, il relate son récent séjour à Phnom Penh, animé d’un projet fou, reproduire les plans de l’appartement parisien de Marguerite Duras sur le fleuve Mékong.
Invité par le MAC VAL à poursuivre ses arpentages, il s’affronte à la plus haute cimaise du musée, fait corps avec cette paroi pendant des jours entiers pour réécrire son propre récit, page à page. Par ce geste, cette action de recouvrement, il immerge le visiteur dans la dimension plastique, picturale de l’écriture. Si notre première envie est de décrypter le texte, nous sommes vite confrontés à la réalité. Nous naviguons au cœur du récit, voyageons à travers les mots, dérivons parmi les pans de lignes. L’écriture est associée au temps, à l’espace, au corps et au déplacement. Cette performance est une invitation au voyage, à l’évasion, au souvenir, d’une terre à l’autre.

Cette installation est créée in situ, le public peut donc observer le processus de création et l’artiste à l’œuvre, à partir du 23 mars dans la Nef.

Feuilles volantes de J. Emil Sennewald

Ces feuilles volantes sont publiées durant la création in situ de Terre à terre de Jean-Christophe Norman, et régulièrement actualisées. Une édition complète sera présentée lors du vernissage, le 23 juin 2017.
Vendues sur les marchés dès le XIIe siècle, les feuilles volantes ont été l’un des premiers médias de masse. Avant de prendre leur forme moderne – le tract et le manifeste – elles colportaient des histoires spectaculaires, des faits divers et curieux.
Ce projet réitère cet état d’esprit, en lien avec la démarche de l’artiste, pour rendre compte du processus de son travail.
J. Emil Sennewald

Grandes attentes.
Au début d’une montée d’envergure, on se file des lignes

J. Emil Sennewald

Un brouillard dense s’est posé au-dessus de la cime. Nous sommes au pied du mur, les yeux levés. Excités, presque fiévreux. Les promesses sont grandes, les attentes aussi. Personne ne peut voir ce qui se passe en hauteur, la main gauche devenue toute noire par l’effort, les traces laissant leur empreinte sur le corps qui les produit. Pas encore.
Les regards cachés se baladent. Arrivés spectateurs, nous devenons témoins. À la différence des petits attroupements dans les rues de New York, Tokyo, Vilnius ou Phnom Penh, nous ne pouvons pas lui adresser la parole. Pas encore. Nous sommes un public et, de ce fait, ce qui se passe se transforme en scène. Nous sommes exposés, au pied du mur, terre à terre. Préparons les lignes, rappelons l’histoire.
Au milieu de l’année 2015, Jean-Christophe Norman a eu une conversation avec Alexia Fabre, directrice du MAC VAL : « L’idée est venue naturellement, un peu comme une évidence », dit-il. Écrire le mur : « Errer – Tracer – Écrire ». Il vient de parcourir un mur à Neuchâtel, au cours d’une dizaine de jours passés au Centre Dürrenmatt. Une autre cime conquise, encourageant l’alpiniste à aller encore plus loin. Norman, un homme droit et sec aux yeux bruns habités d’un regard perçant et calme en même temps, n’a plus besoin d’autres pics. « À une époque, l’escalade était la chose centrale de ma vie. Une période de crise, puis un coma m’ont fait basculer du côté de l’art, passant de la verticalité à l’horizontalité. »
Nous sommes témoins aujourd’hui d’un autre tournant. Comme tous ceux qui l’ont vu écrire sur les sols du monde, s’inscrire sur la croûte terrestre. Un genre d’empreinte, explique-t-il. Ici, nous sommes en attente d’un horizon, cela renforce l’attrait propre au dessin. « Le texte génère des textes, les fait surgir. » Norman rappelle que le mot grec graphein signifie « faire des incisions ».
Or, lui, il ne coupe pas la surface. Plutôt faudrait-il dire, en regardant ce qu’il a fait avec l’Ulysse de James Joyce, les fins de livres de la bibliothèque de Friedrich Dürrenmatt ou les pavés comme Moby Dick, qu’il l’effleure. En recopiant le texte à la craie en une ligne continue sur l’asphalte des rues, en produisant un nouveau texte, en recouvrant d’encre de Chine puis de crayon les pages d’un livre, il faufile des lignes, fait des corps apparentés.
Le brouillard se lève un peu, donnant un aperçu de ce qui pourrait apparaître. Difficile à dire : est-ce un corps ? Une vie plongée dans le noir de l’écriture ?

« Marcher, tisser, chanter, raconter une histoire, dessiner et écrire, tous ces aspects de l’activité quotidienne de l’homme sont englobés dans la fabrication de lignes. »
Tim Ingold, Une brève histoire des lignes, Bruxelles, Zones sensibles, 2011, p. 7.

L’abîme aux pieds
Béant s’ouvre le noir pendant que l’on gravit le versant à pic

J. Emil Sennewald

La tête penchée en arrière, le doute circule comme jadis entre les camarades partant gravir le Mont Analogue [1] : sommes-nous une compagnie soudée, comme un chœur antique ? Pourtant, ce qui nous réunit se déploie devant nos yeux. « Il y aura une ligne de départ, dit Jean-Christophe Norman, là-haut, une ligne droite comme l’horizon que nous ne voyons pas. » De cette ligne part sa marche. Tantôt elle ressemble à une danse, tantôt elle insiste, devient staccato. Des lignes mouvantes, rythmées, qui oscillent.
La fréquence de leurs pics, vue d’ici-bas, en fait des vibrations. Celles-ci se réunissent, comme les liens entre nous, donnant lieu à la montée. Il faut rester à ses côtés, ne pas lâcher, jusqu’au bout. Il faudrait en parler, raconter…
Ce que semblait du brouillard se retire à la façon d’une mue, descendue par Jean-Christophe Norman. C’est une skénè, au sens de l’arrière-scène du théâtre de Dionysos, sur les flancs de l’Acropole, dans l’Athènes antique. Elle faisait écran au chœur qui y projetait ses héros, déplorait la rage des dieux. L’artiste est « prêt à bondir pour littéralement avaler l’espace ».
Écrire, c’est avaler la langue. Au Moyen Âge, les moines lisaient à haute voix : sur les parchemins, les mots n’étaient pas distingués, ils apparaissaient comme une seule ligne, d’affilée. Cela prenait la forme d’un phylactère sortant de la bouche, de ce trou noir menaçant. Impossible de dire s’il en sortait ou s’il y entrait. « De récit en récit, de fiction en fiction », un flux constant. A man of constant sorrow [2] auquel échappe ce qu’il tient dans la main. Chanté, avalé pour être recraché, pour arriver à l’oreille de l’autre.
Écoutez ! Entendez le feutre : Pshhhh-schshhh-zzzz. Puis le bruit des crayons sur les pages de l’Ulysse, que Jean-Christophe Norman recouvre de lignes. « Une pratique presque méditative, explique-t-il, une emprise du corps par l’écriture et la mémoire. » Il fait allusion à l’artiste allemande Hanne Darboven, qui déployait ses lignes comme une corde ondulante pour se tenir suspendue au-dessus du gouffre de la raison.
La méditation des moines, leurs voix, nous les retrouvons en tendant l’oreille au mouvement de la ligne. Ce qui visuellement se fond, indiscernable, se fait entendre par le souffle, haletant en montant vers le pic.
Mais quel sommet ? Alors qu’il était parti grimper, son écriture le fait descendre. Soudain, nous comprenons que cette montée ouvrira le ciel sous nos pieds. Un ciel noir, l’abîme du creux des traces.

« « Lenz avançait avec indifférence, sans souci de la route, tantôt montant, tantôt descendant. Il n’éprouvait aucune fatigue ; il lui était seulement parfois désagréable de ne pouvoir marcher sur la tête. »
Georg Büchner, Lenz [1839], trad. fr. Auguste Dietrich, Paris, L. Westhausser, 1889. »

# Téléchargez les Feuilles volantes

PDF - 450.8 ko
Feuille volante n°1
PDF - 1.1 Mo
Feuille volante n°2
 

Téléchargez les Feuilles volantes

PDF - 450.8 ko
Feuille volante n°1
PDF - 1.1 Mo
Feuille volante n°2