Les cours d’histoire de l’art

Organisés en deux sessions sur l’année, les cours se tiennent à Vitry-sur-Seine, aux EMA (Écoles municipales artistiques), à la Galerie municipale Jean-Collet et au MAC VAL. Cours dispensés par Alexandra Fau, historienne de l’art et commissaire d’exposition. Les séances se déroulant aux EMA adoptent la forme traditionnelle de cours avec projection, celles à la Galerie municipale Jean-Collet et au MAC VAL invitent à la rencontre des œuvres et des artistes.

Gratuit et ouverts à tous sur inscription, les mardis à 18h

Session 1 : « L’animal que donc je suis »

Le temps des Lumières avait déconsidéré les animaux et les plantes et niait leurs capacités cognitives. De telles pensées ne sont aujourd’hui plus tenables, à l’heure où toutes les formes d’existence, y compris les fleuves, font valoir leurs droits. Avec l’entrée dans l’ère de l’Anthropocène, une pleine conscience de l’interrelation entre les espèces invite à réévaluer la place de chacun et chacune. À l’instar de l’auteur Jean-Christophe Bailly (Le Versant animal, Bayard, 2007), des artistes ont cherché à combattre les préjugés existants entre l’humain et l’animal et à sortir ainsi de la suprématie humaine. L’animal que donc je suis est le titre d’une conférence prononcée par Jacques Derrida en 1997 et publiée à titre posthume en 2006 aux éditions Galilée.

- Mardi 25 septembre 2018 18h–19h30
L’animalité 1 – Un face à face déconcertant
Aux EMA

Ce premier cours dédié à la relation homme-animal engage une réflexion sur notre faculté à toujours penser l’animal en référence à nous-même. Dans le tableau Le repos pendant la fuite en Egypte (1596) du Caravage, l’oeil de l’âne semble étrangement humain. Que dire de La Raie de Chardin ? Pour Anri Sala, l’animal c’est celui qui, contrairement à l’homme, ne sait plus « habiller son regard au bout d’un certain temps ». Et face à ce regard vide, déconcertant pour le spectateur, il est plus facile de projeter des ressentis humains comme le sentiment d’abandon plutôt que de chercher à pénétrer le monde animal, à voyager dans « leurs bulles » (James Mollisson).
Pour Jean-Christophe Bailly dans Le parti pris des animaux (éditions Christian Bourgeois, 2013), « il s’agit d’aller au-devant de leurs silences et de tenter d’identifier ce qui s’y dit ».

- Mardi 9 octobre 2018 18h–19h30
L’animalité 2 – La parodie humaine
– Le double décalé
Au MAC VAL

Dans leurs grandes natures mortes, Frans Snyders, Jean-Baptiste Oudry ou François Desportes dépeignent avec emphase les animaux ou toutes formes d’attributs exotiques d’une société qui se plaît à valoriser ainsi l’étendue de son savoir. Le singe - tour à tour figure du diable et symbole du pécheur-,a endossé plus particulièrement les travers humains. Mû par le seul appétit de ses sens, à la fois glouton et lubrique, il incarne également la sottise (Les Singeries de l’Hôtel de Rohan, 1749 par Christophe Huet). « Je sculpte des lièvres parce qu’ils ont des choses à dire qui m’intéressent » souligne Barry Flanagan. Mais avoir des choses à dire n’est pas forcément parler (Les Fables de La Fontaine). Tout comme être debout (La Chienne de William Wegman) ne signifie en rien la supériorité de l’homme sur les autres espèces !

- Mardi 23 octobre 2018 18h–19h30
Rapport ambivalent au sauvage
Au MAC VAL

Plusieurs œuvres à controverses (Adel Abdessemed, Huang Yong Ping, Wim Delvoye) reproduisent à gros renforts symboliques des rapports de forces qui s’exercent dans la société humaine. Mais il importe de s’interroger sur l’animalité dans ce qui nous constitue fondamentalement, dans notre rapport à l’environnement spatial et social : être au ras du sol, se faire vorace (Virginie Yassef et Julien Prévieux, L’arbre, 2008) percevoir autrement l’espace, aiguiser les sens, se rassembler ou se diviser. Mais cette dimension instinctive et sensorielle est-elle compatible avec le format des expositions ou engage-t-elle une prise de risque maximale (Stéphane Thidet et la meute de loups dans le parc du Château des Ducs de Bretagne) ? Dans une tentative salutaire d’éducation, les dioramas - ces mises en scène de situations ou environnements factices (Kent Monkman), placées sous vitrine – ont par trop codifié et domestiqué notre rapport au sauvage.

- Mardi 13 novembre 2018 18h–19h30
Visite de l’exposition « Persona grata »
Au MAC VAL

« Persona grata » est une exposition en deux lieux, au MAC VAL et au Musée national de l’histoire de l’immigration qui interroge la notion d’hospitalité à travers le prisme de la création contemporaine. Les deux institutions - un musée de société qui valorise la création contemporaine et un musée d’art contemporain qui questionne les phénomènes de société – proposent ensemble une exposition et une large programmation, dans lesquelles les artistes abordent avec leurs propres vision et sensibilité toutes les dimensions de ce qui construit ou bouscule les notions d’accueil et d’altérité.

- Mardi 27 novembre 2018 18h–19h30
Hybridations multiples
Aux EMA

En 1671, le peintre Charles Le Brun s’appuie sur les études de Gianbattista della Porta inventeur de la « physiognomonie » - une technique qui permet de reconnaître le caractère de la personne par son faciès - pour faire converger les traits humains avec ceux des animaux. Lors de ses conférences à l’Académie, il présente des dessins où l’animal est vu avec naturalisme, mais avec une « recherche d’expression [qui] lui donne comme un accent d’intelligence humaine ». Les hommes ont « les traits grossis et déformés… les nez et les bouches reprennent les formes… des museaux avec le maximum d’exactitude. [Pourtant…] tout est sérieux, tout est calculé et raisonné avec application » (J. Baltrušaitis, Aberrations. Essai sur la légende des formes, Paris, 1983, p. 26).
La parenté entre les espèces se brouille davantage lors de récentes performances où Matthew Barney joue au faune, Marion Laval Jeantet se fait transfuser du sang de cheval ou de panda pour « vivre » l’expérience de l’espèce menacée ou encore Rebecca Horn qui se métamorphose en oiseau ou licorne. Le film La Tanière (2009) d’Alain Della Negra et Kaori Kinoshita fait écho à ces communautés underground de « furies » qui ont fait le choix d’une existence alternative en s’identifiant sur les réseaux sociaux et dans leur quotidien à un animal totem, comme ce qui advient lors de rituels chamaniques.

- Mardi 11 décembre 2018 18h–19h30
L’intrusion de l’animal dans le musée et les collections publiques
Aux EMA

Depuis quelques années déjà, les galeries d’art et les musées accueillent d’étranges visiteurs. L’animal y fait son entrée, vivant ou flottant dans le formol (Damien Hirst). Les chevaux de Janis Kounellis sont appelés à parodier les « Écuries d’Augias » dans ce qui semble bien un affront au monde de l’art.
Cette « intrusion » vise aussi à repousser les limites de l’acceptable en art et tente de mettre sur un pied d’égalité l’homme et l’animal à qui l’on peut raconter l’histoire de l’art (Joseph Beuys) ou même partager son autorité d’artiste. Après le facétieux tableau de Boronali peint par un âne avec sa queue en 1910, ce sont aux oiseaux de produire de la musique (Céleste Boursier-Mougenot) ou de cohabiter tout simplement avec les œuvres (Braco Dimitrijevic, Pierre Huyghe, Carsten Höller). Mais les menaces se faisant plus pressantes à l’égard de la protection des animaux, les « animaux peintres » sont devenus persona non grata dès lors qu’il s’agit de franchir l’entrée du musée (Nøne Futbol Club).

- Samedi 12 janvier 2019
Visite du musée de la Chasse et de la Nature, Paris
Horaire communiqué lors de l’inscription.

- Mardi 22 janvier 2019 18h–20h30
Courts sur l’art
Projection à 18h30, précédée d’une visite du musée à 18h et suivie d’un cocktail
Au MAC VAL

« Courts sur l’art » est une programmation régulière de films proposée par Tous les Docs, association créée en 2018 et dédiée à la promotion et à la diffusion du film sur l’art.

Sur la terre d’Ariane Michel, 13’, France, 2005 Sur un rivage arctique, dans un calme si absolu que l’eau ondule comme de l’huile, une respiration profonde s’élève. Hors du temps et du monde humain, le sommeil des morses est vieux comme la pierre et se laisse à peine troubler par l’approche d’un intrus.

White Skin Closed Eyes de Mira De Boose 24’, 2016 White Skin Closed Eyes propose une approche du travail de l’artiste belge Berlinde De Bruyckere, reconnue pour la force visuelle des corps suppliciés d’êtres humains et de chevaux, qu’elle crée et meten scène. Sans discours, Mira De Boose s’attache avant tout aux lieux, aux gestes précis et minutieux, au travail. Il ne s’agit pas simplement d’entrer dans un atelier d’artiste, mais de partir du réel pour mettre en résonance l’art et la vie.

Deman la tonda de Nicolas Tubéry, 10 min, 2015 Un paysan procède à la tonte annuelle des brebis. La planche de bois sur laquelle les bêtes sont installées sert de cadre à l’opération, tandis les barrières métalliques qui scandent le bâtiment deviennent le dispositif de tournage. Les caméras sont fixées sur les éléments mobiles de la structure : l’action de filmer fait corps avec l’action filmée.

- Samedi 26 janvier 2019 15h–16h30
Étude de l’œuvre de Gilles Aillaud
À la Galerie municipale Jean-Collet

Gilles Aillaud (1928-2005) a contribué à L’Encyclopédie de tous les animaux, y compris les minéraux avec Jean-Christophe Bailly et Franck Bordas. Ce peintre de la figuration narrative se consacra uniquement dès 1966 à la représentation d’animaux en cage dans des zoos. Plus qu’un oeil exercé aux mouvements comme le serait un habile sculpteur animalier (Jacques-Louis Barye), c’est une fusion de l’esprit avec les bêtes qui s’exprime dans les toiles. Gilles Aillaud va peindre ces zoos et ces vues d’animaux jusque dans les années 80 mais se refusera toujours à en faire une métaphore de la condition humaine. En contre-point, les peaux tendues et retournées d’Étienne Chambaud (Contre-Dépouilles) convoquent et enferment le regard dans la fameuse « zone » dans laquelle Aillaud incluait le spectateur.
Ces trophées de chasse réveillent les plaisirs coupables des chasseurs comme ce témoignage d’un ancien guide de safari, feuilletant son livre de souvenirs dans lequel ses clients posent aux côtés de leurs cadavres, dépouilles de fauves et cornes d’éléphants (Marie Voigner).

Session 2 : Les nouvelles corporéités

À une époque marquée par une instabilité identitaire, de nouvelles corporéités se font jour, parfois réduites à la surface. La peau, en tant qu’enveloppe du corps, détermine les conditions de visibilité et de présence de l’homme.
« Ce qu’il y a de plus profond en l’homme, c’est la peau, – en tant qu’il se connaît »
Extrait de L’Idée fixe, Paul Valéry (1931).

Mardi 5 février 2019 18h–19h30
Visite de l’exposition de Melanie Manchot, « Open Ended Now »
Au MAC VAL

L’œuvre de Melanie Manchot articule des réflexions aiguës autour des relations entre individus et collectifs. Comment se crée une communauté ? Quelles tensions entre espace public et intimité ? Elle met en place des situations, des dispositifs à produire des images (fixes ou animées) dans la grande tradition du portrait de groupe. Compagne de route du MAC VAL depuis l’ouverture du musée, Melanie Manchot a participé à des expositions collectives (« Emporte-moi », « Let’s Dance », « Situation(s) », « Tous, des sang-mêlés »).

Mardi 19 février 2019 18h–19h30
Corps en majesté et corps déchus
Aux EMA

À la fin du 16e siècle, le naturalisme de Caravage – son désir de rendre fidèlement la nature – rompt avec les conventions d’une peinture centrée sur la représentation d’une beauté « idéale » telle que la défend Annibale Carrache. Le réalisme de ses corps et la violence du clair-obscur offrent une vérité que peu de contemporains sont en mesure de comprendre et d’apprécier à l’époque. Il se laisse guider par son intuition pour répondre aux exigences de la Contre-Réforme tournées vers une peinture plus immédiate, et émotionnelle afin de séduire les foules égarées.
Cette « crudité » dans la représentation renvoie aux sculptures contemporaines de Berlinde De Bruyckere. Ses peaux cireuses d’écorchés constituent l’ultime preuve de l’incarnation humaine.

Mardi 12 mars 2019 18h–19h30
La représentation du corps souffrant
Aux EMA

L’esprit de la Contre-Réforme condamne les nus de la fresque de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine. Dans le même temps, une nouvelle représentation du corps sacré se met en place, privilégiant l’adoration des plaies et des souffrances, notamment dans les tragédies de martyrs. Cette vulnérabilité s’exprime étrangement par un excès de chairs pour les peintres majeurs de l’école anglaise (Jenny Saville). Chez Francis Bacon, la chair est vivante par les plaies que lui infligent ses débordements expressionnistes. Chez Lucian Freud, ce sont les traces du temps qui s’inscrivent indélébilement sur la surface de la peau.

Mardi 26 mars 2019 18h–19h30
Courts sur l’art
Au MAC VAL

Projection proposée par Tous les Docs à 18h30, précédée d’une visite du musée à 18h et suivie d’un cocktail. En présence de la réalisatrice Fanny Dal Magro.

Mardi 2 avril 2019 18h–19h30
Réalismes du corps
Au MAC VAL

Lorsqu’il présente sa Danseuse de 14 ans, coiffée de vrais cheveux, vêtue d’un tutu et de véritables chaussons, à l’exposition impressionniste de 1881, Degas touche à un vérisme poussé à l’extrême. En peinture comme en littérature, les artistes se voient reprocher leur manque de « goût », la vulgarité, voire l’obscénité de leurs œuvres. Or cette œuvre fidèle aux moindres détails tend plus vers une objectivation du réel. Avec le mouvement hyperréaliste (1965-1975) la représentation se veut plus vraie que nature. Duane Hanson emprunte à George Segal (Man seating at a table, 1960) sa technique de sur-moulage pour traquer la condition humaine dans toute sa détresse et sa fragilité. John De Andrea tente quant à lui de redonner un souffle à des sculptures inspirées de l’Antiquité (du Galate mourant à Pygmalion), de la Renaissance (les Vénus du Titien ou de Vélasquez) et jusqu’à la peinture française du 19e siècle (de Manet à Courbet et Cabanel).

Mardi 16 avril 2019 18 h – 19 h 30
Reformulations
Au MAC VAL

L’art contemporain révèle les démarches poussives exercées sur le corps, de celles imposées par les diktats de la société. La femme s’affirme puissante et dominatrice, à force d’épaulettes dans les années 80 (Charles Ray). Dans le même temps, Helmut Newton convoque la place du vêtement dans ses deux images Big Nudes. Des mannequins prennent exactement la même pose dans le studio photo en étant tour à tour habillés et déshabillés. Camisoles chimiques, implants invasifs, traitements hormonaux (Lucy Beech), chirurgies esthétiques (ORLAN), régimes outranciers (Erwin Wurm) sont d’autres reformulations acharnées nées de profonds tiraillements entre les exigences de son propre corps et celles de la société. Sur le modèle d’Alan Turing (film de Fabien Giraud et Raphaël Siboni), l’inventeur de l’Intelligence Artificielle soumis à un traitement hormonal forcé pour contrer son inclinaison homosexuelle, les artistes dressent une famille de figures inadaptées (Romain Juan).

Mardi 14 mai 2019 18 h – 19 h 30
Visite de l’exposition collective
Au MAC VAL

Poursuivant l’exploration des modalités de construction des identités (facteurs économiques, émotions, genres, identités culturelles), il s’agit, dans cette exposition collective, d’interroger les relations entre l’art et la vie au travers de postures artistiques qui mettent en œuvre (entre illustration et activation) la dissolution de cette supposée frontière. Considérant que l’identité est une fiction, un récit multiple et fragmenté, se raconter, faire de sa biographie, de sa geste, une matière première est donc un acte de déconstruction, d’affirmation, d’« empuissancement », de révolution moléculaire. Un geste politique de reprise en main de la narration de sa propre légende.

Mardi 28 mai 2019 18h–19h30
La performance
Aux EMA

L’art de la performance touche aux limites des genres, des formes, des espaces, de la pensée mais surtout des corps. Dans des actions aux accents christiques (Michel Journiac) ou jusqu’au-boutistes, les artistes se mettent à l’épreuve physiquement face à un public sensibilisé (Gina Pane, Marina Abramović). Le corps, espace de vérité, est aussi celui auquel on recourt pour saisir la mesure de toute chose (La Ribot, Esther Ferrer). La nudité, à savoir le dénuement ou la mise à nu, reste centrale dans la performance de Valie Export Tapp and Taskino 1968 (une boîte en carton sur ses seins nus que les hommes sont invités à palper après avoir ouvert un rideau). Il en est de même des vastes compositions scénographiées de Vanessa Beecroft où « des femmes jamais complètement nues conservent la trace du vêtement », la trace de la grâce (Giorgio Agamben, Nudités, Bibliothèque Rivages, 2009).

Samedi 22 juin 2019
Visite de galeries
Horaire communiqué lors de l’inscription

Renseignements

Inscription recommandée pour la session entière :
reservation@macval.fr ou 01 43 91 64 23
Pensez à bien vérifier le lieu de chaque cours

— Écoles municipales artistiques (EMA)
71 rue Camille Groult
94400 Vitry-sur-Seine
01 55 53 14 90

— Galerie municipale Jean-Collet
59 avenue Guy Môquet
94400 Vitry-sur-Seine
01 43 91 15 33

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