Le PEROU (Pôle d’Exploration des Ressources Urbaines)

En septembre 2018, le MAC VAL accueille le PEROU (Pôle d’Exploration des Ressources Urbaines) à l’occasion des journées européennes du Patrimoine pour une lecture performance de « Tout autour. Une œuvre commune », inventaire des actes d’hospitalité ayant lieu aujourd’hui en France. S’ouvre alors une réflexion sur la valeur de ces actes et sur les modalités de reconnaissance et de transmission de cette valeur. Les mois qui suivent consistent à travailler sur l’hypothèse d’une procédure auprès de l’Unesco visant à faire inscrire l’acte d’hospitalité au Patrimoine culturel immatériel, et sur le rôle qu’un musée d’art contemporain tel que le MAC VAL peut avoir dans une telle démarche que le PEROU engage effectivement en établissant une résidence à la Villa Médicis.
Le compagnonnage qui s’invente ainsi entre MAC VAL et PEROU porte sur l’hospitalité ayant lieu dans le quartier de la Chapelle à Paris en tant que « œuvre commune », et sur les techniques de reconnaissance, d’inventaire, de transmission, de valorisation de cette œuvre. Se dessinent alors les contours d’une collection potentielle, immatérielle et hors les murs.
Le compagnonnage entre le musée et l’association doit permettre de définir les modalités de sa désignation, de son « exposition », et les techniques de sa transmission, de sa « médiation ». En septembre 2019, lors des journées européennes du Patrimoine, une première présentation d’un fragment de cette collection potentielle des « actes d’hospitalités de la Chapelle à Paris » est proposée au MAC VAL.

Depuis 2012, le PEROU – Pôle d’Exploration des Ressources Urbaines – œuvre dans bidonvilles, jungles, squats, refuges, et autres situations habitées par des personnes ayant officiellement vocation à être placées et déplacées. Partant de l’hospitalité qui s’affirme ici et maintenant malgré tout, s’efforçant d’en faire retentir la puissance et d’en augmenter la portée, ses gestes artistiques et architecturaux visent à créer d’autres formes de mobilisation. D’action et de recherche, les projets du PEROU visent à rénover le répertoire des savoirs sur ce qui fait lieu et sur ce qui pourrait avoir lieu. Ils tracent ainsi les perspectives d’un agir renouvelé visant à cultiver ce qui nous rapproche, en riposte aux politiques d’éloignement qui gouvernent encore.

Publications : Considérant qu’il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir. Sur l’art municipal de détruire un bidonville, Post-éditions, 2013 ; Des Actes. À Calais et tout autour, Post-éditions, 2018.

www.perou-paris.org

Quelques notes autour de l’inscription de l’acte d’hospitalité au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco

Aujourd’hui même tout autour de la Méditerranée, nombre de nos concitoyens se mobilisent auprès de celles et ceux qui cherchent refuge parmi nous. Sur les fronts comme dans les confins de nos territoires s’inventent et se réinventent des gestes, des espaces, des relations, des histoires qui rendent le présent de nous tous respirable. C’est que ces actes d’hospitalité font effectivement abri et sol pour la collectivité tout entière, non seulement pour les exilés. Nous le savons : leur extinction ébranlerait nos existences, leur disparition atteindrait jusqu’à notre raison. _ C’est pourquoi ils demeurent, ici comme ailleurs, le quotidien d’innombrables anonymes solidaires, en dépit de lois les criminalisant, en dépit de dispositifs de contrôle visant à les neutraliser, en dépit de tout ce qui fait violence et terrorise aujourd’hui.
À Lesbos, Calais, Tunis, Lampedusa, Izmir, Ndjamena, on tient à l’hospitalité comme si elle constituait une part de ce qui nous fait tenir. À Bruxelles, Rome, Tel-Aviv, Bayonne, et Abuja on la soutient comme si l’on en dépendait, on la maintient vive comme si sa vitalité elle-même nous soutenait. Alors des actes d’hospitalité démultipliés s’affirment et s’affichent malgré la violence qui gouverne, malgré tout ce qui commande de renoncer. Ils s’imposent avec la force de l’évidence aux yeux de celles et ceux qui les risquent, comme si demeurait agissante à travers le geste d’accueil la mémoire d’un autre geste, l’histoire lointaine de l’hospitalité faite ailleurs à un homme que chacun aurait pu être. Une communauté contemporaine qui ne se compte pas, ni ne se conte, se constitue ainsi et se trouve en charge de ce qui s’avère un considérable héritage. Ces femmes et ces hommes d’Afrique et d’Europe se font aujourd’hui les passeurs de cette mémoire auprès des générations futures qui connaîtront au centuple migrations et brassages planétaires. Leurs actes d’hospitalité ordinaires et quotidiens constituent un inestimable bien commun non encore reconnu comme tel, menacé de ne pas l’être.
L’actualité nous en témoigne : il s’agit d’un vulgaire délit, non d’un patrimoine, pour de multiples juges qui condamnent et non protègent ; il s’agit de ce qui menace notre identité, non de ce qui la constitue, selon tant d’autorités plaçant sous scellés des navires de sauvetage œuvrant en Mer Méditerranée ; il s’agit d’un trouble à l’ordre public, non d’un trésor public, selon nombre de municipalités saturant places et trottoirs de dispositifs de dissuasion. Nous le voyons venir ces derniers mois, en Europe particulièrement : des organisations politiques de plus en plus puissantes font de l’écrasement de l’hospitalité faite aux exilés leur axe programmatique.
Considérant l’ampleur de ce que nous sommes sur le point de perdre, considérant l’extrême urgence de la situation politique contemporaine, nous engageons une procédure auprès de l’Unesco afin que soit inscrit l’acte d’hospitalité qui s’invente aujourd’hui autour de la Méditerranée au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Alors, avec la complicité de multiples amis d’ici et d’ailleurs, nous constituerons entre septembre 2019 et septembre 2020 l’archive au présent de tout ce qui sur le chemin des exilés se bâtit de lieux et de relations, de gestes de bienveillance et de langues inouïes. Alors, à partir de la Villa Médicis constituée ambassade de ce projet, nous remplirons le formulaire ICH-01 de l’Unesco, y adjoindrons les 10 images haute résolution ainsi que le film de 5 à 10 minutes nécessaires à telle procédure. Alors, déposerons-nous en mars 2021 sur le bureau de l’Unesco les pièces à convictions permettant que soient engagées tout autour de la Méditerranée les mesures nécessaires à la sauvegarde de l’acte d’hospitalité.